La résistance à l’esprit du monde

(1ère partie)

Nous sommes heureux de reproduire un texte important paru dans la revue «La Bonne Nouvelle» (n°4/2000 et 1/2001 - 21 Rue de la Patinoire - CH - 2504 - BIENNE) et remercions la rédaction de son aimable autorisation de le publier ici. Il enseigne et exhorte le chrétien à résister à l’esprit du monde sous toutes ses formes modernes. Son auteur, le pasteur Paul- André Dubois, ancien directeur de l’Ecole Biblique de Genève, souligne dans son premier article l’importance de ce combat contre l’esprit du siècle en établissant un parallèle avec l’exemple de Daniel et de ses trois compagnons.

Dans son second article, il expose les différentes facettes de ce modèle culturel unique patronné par le prince de ce monde, sous forme de divers cultes, pour exalter l’homme. En conclusion, il nous montre comment résister au monde.

La société «sans Dieu» qui nous entoure et dans laquelle nous vivons exerce une pression sur notre esprit, notre intelligence, par la philosophie qui l’imprègne et s’en dégage, ses valeurs, ses «dieux», ses cultes, ses credos, son programme.

De là, l’exhortation de Jean : «Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la Parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin. N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement» (1 Jean 2.14b-17).

Au verset 14 b, Jean mentionne «le malin», et juste après vient l’exhortation à résister au monde. Le lien de pensée est évident: il faut résister au monde parce qu’il est le système idéologique, la sphère entièrement «patronnée» par Satan et d’où le Père est absolument absent: «Tout ce qui est dans le monde… ne vient point du Père, mais vient du monde»(v. 16).

Le Saint-Esprit que Dieu a fait habiter en nous dès notre conversion – et Jean le mentionne à plusieurs reprises, 1 Jean 2.20,21; 3.24; 4.13 – est esprit d’obéissance au Père (comme dans la vie de Jésus- Christ, le Fils parfait), mais aussi et tout autant de résistance au monde, à ses dieux, à ses cultes, à ses credos.

I - La résistance au monde dans le livre de Daniel

A) Un parallèle

Chacun se rappelle la scène qui s’est déroulée il y a douze ans à Pékin sur la place Tien-An-Men: des étudiants protestataires affrontant les chars d’un régime dictatorial et oppresseur. Ils s’opposaient au «rouleau compresseur» d’un Parti au pouvoir absolu.

Eh bien! Si l’on fait un saut en arrière dans le temps, nous voyons dans le livre de Daniel quatre jeunes Hébreux de lignée royale, ou, en tout cas, de familles nobles (emmenés captifs à Babylone à la fin du VIIe siècle avant Jésus-Christ par le roi Nebucadnetsar), faire face, non à un parti politique, mais à un système religieux au service d’un pouvoir totalitaire.

Daniel et ses trois compagnons (le nom de chacun d’eux a une connotation religieuse israélite et contient le nom de Dieu, du seul vrai Dieu), affrontent le paganisme de la Chaldée ou Mésopotamie, suggéré dès les premiers versets du chapitre 1.1,2.

Menacés d’écrasement spirituel par le «rouleau compresseur» de l’idolâtrie païenne, ils manifestent aussitôt un remarquable esprit de résistance. Malgré leur jeunesse, cf. 1.4,17, ils sont résolus à ne plier les genoux que devant le Dieu unique, celui qu’ils servent, leur Dieu, cf. Phil 2.1-11.

B) Trois épisodes de la résistance à la pression du paganisme

- L’épisode des mets et du vin du roi, 1.1-9

La première manifestation de résistance est déclenchée par une occasion apparemment triviale, v.3-5, 8 et 9. La loyauté de Daniel envers la foi juive et son Dieu se révèle dans la décision ferme de ne pas contracter une souillure spirituelle en absorbant des mets et du vin associés à des rites païens, offerts à de faux dieux. Or, selon l’apôtre Paul, ce que l’on offre à des idoles est, en fait, offert à des démons, cf. 1 Cor 10.14-22.

Daniel ne veut faire aucune concession à la superstition païenne, ni compromettre sa pureté.

Ce premier acte de résistance spirituelle est capital: il donne le ton, il fixe la ligne qui sera suivie, il révèle la trempe du combattant. En même temps, il reçoit l’approbation immédiate et active de Dieu, cf. v.9.

Dans un milieu spirituellement contraire, hostile, nos premiers gestes ont une importance stratégique. Ils nous démarquent, ils clarifient les positions. Mais le fait de nous démarquer doit s’accompagner de sagesse et de courtoisie, cf. v.8-13.

- L’épisode de la dédicace de la statue, ch. 3

Cette fois ce sont les compagnons de Daniel qui sont au premier plan dans la résistance à la pression despotique de l’idolâtrie païenne.

Suite à l’interprétation donnée par Daniel au songe de Nebucadnetsar (la grande statue d’or, d’argent, d’airain, de fer et d’argile représentant la succession des grands empires païens jusqu’à l’avènement du royaume messianique, cf. ch. 2), les compagnons de Daniel ont été élevés par le roi à la dignité d’intendants de la province de Babylone, cf. 2.49. Cela en fait des personnages très en vue et donne par conséquent un grand retentissement à leurs actes publics.

C’est alors que le roi, peut-être inspiré par son récent songe, élève une imposante statue d’or, convoque tous les dignitaires de l’empire en vue de la dédicace solennelle, et intime à tous ses sujets l’ordre d’adorer l’idole, sous peine du supplice du feu, cf. 3.4-6.

Cette fois la confrontation avec l’idolâtrie païenne est directe et redoutable, publique même, puisque le culte de la statue est imposé par le roi en personne. Daniel avait déjà pris de gros risques en décidant par-devers soi de ne pas se souiller avec les mets royaux. L’affaire aurait pu mal tourner. Mais, cette fois, un refus de s’aligner expose à un risque tangible, immédiat et mortel.

On sait la suite du récit. Par fidélité à leur Dieu, les trois Hébreux ignorent purement et simplement l’ordre du roi. Dénoncés, ils ne peuvent éviter le choc frontal avec le souverain en fureur. La menace du feu ne les ébranle pas dans leur détermination et la réponse qu’ils font au roi est un modèle de sérénité et de fermeté : «Voici, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et Il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue que tu as élevée » (3.17,18).

C’est une «fin de non-recevoir» d’une extrême fermeté, mais polie. Ces Hébreux intrépides, qui ne se laissent pas intimider, n’oublient pas toutefois à qui ils s’adressent. Ils reconnaissent la dignité du roi, mais appliquent avant l’heure le principe énoncé par les apôtres devant les autorités religieuses juives, un peu plus de six siècles plus tard : «Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu; car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu»(Act 4.19). Les trois jeunes Hébreux sont immédiatement jetés dans la fournaise, mais Dieu honore leur foi par une délivrance miraculeuse, cf. 3.24- 26, Héb 11.34.

- L’épisode de l’édit royal sur la prière, ch. 6

Les années se sont écoulées, le royaume babylonien a passé sous la puissance des Mèdes et des Perses, cf. 5.30-31. Cela s’est produit en 539 av. J-C., le conquérant s’appelle Cyrus, mais c’est Darius qui gouverne le royaume en son nom, cf. 6.1.

Entre-temps, Daniel a accédé «à la troisième place dans le gouvernement du royaume», 5.29. Darius songe même à l’établir sur tout le royaume, cf. 6.3.

Excités à la jalousie par la supériorité inexplicable de Daniel, «en lui il y avait un esprit supérieur», 6.3, les deux autres chefs du royaume et les cent vingt gouverneurs sous leurs ordres résolvent de le perdre, non sur la base de son administration des affaires de l’Etat - car Daniel était absolument irréprochable, - mais sur celui de sa piété juive : «Et ces hommes dirent: Nous ne trouverons aucune occasion contre ce Daniel, à moins que nous n’en trouvions une dans la loi de son Dieu», 6.5. Quel magnifique témoignage!

Et c’est ainsi qu’ils amènent le roi à publier un édit interdisant formellement - avec menace de mort, «la fosse aux lions» -, pendant l’espace d’un mois, toute prière adressée à quelque Dieu ou à quelque homme excepté au roi, cf. 6.7. Ils jouent bien sûr sur l’orgueil royal.

Daniel est tout aussi résolu que dans l’affaire des mets et du vin du roi, cf. ch. 1, quand il arrête dans son cœur de ne pas se souiller avec l’idolâtrie ambiante. Cette fois, défié dans sa piété envers l’Eternel son Dieu, il passe outre à l’interdiction: Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, où les fenêtres de la chambre supérieure étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem ; et trois fois le jour il se mettait à genoux, il priait et il louait son Dieu, comme il le faisait auparavant, 6.10.

Rien n’ébranle Daniel dans sa fidélité envers Dieu. Selon une expression d’Apoc 2.10, il est fidèle jusqu’à la mort. L’issue de cette épreuve nous est bien connue: jeté dans la fosse aux lions, Daniel en sort sans une égratignure grâce à l’intervention surnaturelle du Dieu qu’il adore, cf. Héb 11.33.

II - Leçons tirées de ces trois récits

• Ces quatre jeunes Hébreux, transportés brusquement dans un grand empire païen, nous fournissent un modèle de résistance à l’esprit du monde, spécifiquement du monde religieux. Dans l’affrontement avec l’idolâtrie, ils ne reculent pas d’un pouce, même si derrière la fausse religion il y a le pouvoir étatique absolu.

• Plus extraordinaire encore, c’est l’idolâtrie qui recule et cela est perceptible dans l’évolution du concept de Dieu chez les rois païens qu’ils affrontent, comme aussi dans l’attitude intime de ceux-ci vis-à-vis du vrai Dieu. Après ses interventions extraordinaires en faveur de ses serviteurs fidèles et éprouvés, les rois païens ne peuvent que louer le Dieu des Hébreux dans des termes de plus en plus proches de la vérité biblique, de la pure tradition juive. Leur conception de Dieu se perfectionne et se précise. C’est comme si les ténèbres du paganisme perdaient de leur emprise. Un seul exemple: «Car Il est le Dieu vivant, et Il subsiste éternellement… C’est Lui qui délivre et qui sauve» (6.25-27). Cette mention de l’action salvatrice est importante. Rappelons que YAHVÉ est le Dieu de l’alliance et de la rédemption et que le nom de Jésus (Joshua ou Jéoshua) signifie: «L’Eternel est salut».

• La résistance au monde et à son idolâtrie suppose une formidable énergie spirituelle, surtout quand la fausse religion fait corps avec le pouvoir en place. En ce qui concerne les jeunes Hébreux, cette énergie cachée ne pouvait venir que de leur foi au seul vrai Dieu, si présent dans ces six premiers chapitres de Daniel. Au ch. 3, Nebucadnetsar lui-même rend témoignage à la foi des Hébreux, cf. v. 28. Et que la foi soit le «moteur» de la vie pieuse et l’«artisan de la victoire », c’est ce que nous dit l’épître aux Hébreux: «C’est par la foi que les murailles de Jéricho tombèrent, après que l’on en eut fait le tour pendant sept jours… Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephté, de David, de Samuel, et des prophètes qui, par la foi, vainquirent des royaumes…, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu…» Héb 11.30-34.

C’est Dieu qui sauve – Lui seul – mais Il le fait en réponse à la foi. Et remarquez cette expression extraordinaire: «…qui, par la foi, vainquirent des royaumes… » v. 33.

Oui, Daniel et ses compagnons ont vaincu, par leur foi, des royaumes politiques et spirituels, ils n’ont pas reculé devant le pouvoir royal ni celui de la fausse religion, et de leur coalition.

Luther, à la Diète de Worms, en 1521, en présence de l’empereur Charles-Quint et des cardinaux de l’Eglise Romaine («des royaumes»), tout seul, a été capable de résister à tous, à l’énorme pression qui pesait sur lui : «Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien». Et tout cela «par la foi». Celle-ci, fondée en Dieu et en sa Parole vivante, a un pouvoir offensif et conquérant, comme l’affirme Jean: «Car l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles, parce que tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde; et la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi. Qui est celui qui a triomphé du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?» 1 Jean 5.3-5.

Il n’y a qu’une alternative: ou nous sommes vaincus par le monde, ou nous triomphons du monde par notre foi en Christ

 

LA RÉSISTANCE À L’ESPRIT DU MONDE

(2ème partie)

Cet article comprend la deuxième et dernière partie du thème «la résistance à l’esprit du monde». Son auteur, Paul-André Dubois, expose les différentes facettes du culte de l’homme et, dans sa conclusion, nous donne le secret pour résister à l’esprit du monde régi par son prince. Les deux articles ont paru dans la revue trimestrielle «La Bonne Nouvelle», 21, rue de la Patinoire, CH-2504 Bienne (n° 4/2000 et 1/2001). Nous les avons reproduits avec l’aimable autorisation de sa rédaction.

Dans la première partie de cet article - «La résistance à l’esprit du monde» -, nous avons illustré ce combat par l’exemple donné au VIIe siècle avant Jésus-Christ par Daniel et ses trois compagnons, dans leur confrontation avec l’idolâtrie païenne: Daniel ch. 1, 3, 6. Puis nous avons dégagé trois leçons:

– Il incombe au croyant, quelle que soit l’époque, de ne pas reculer d’un pouce dans la lutte contre l’esprit du siècle.
– C’est l’erreur qui doit reculer; les rois païens ont fini par «louer» le Dieu des Hébreux, cf. Dan 6.25-27. L’emprise de l’idolâtrie sur eux s’est relâchée.
– Cette victoire spirituelle n’est possible que par la foi, cf. Héb 11.30-34; 1 Jean 5.3-5, qui est capable de vaincre des royaumes, à savoir la coalition de la puissance politique et religieuse.

III – La résistance au monde aujourd’hui

A chaque époque de l’histoire, les croyants ont été et sont confrontés à l’esprit du siècle, à ce qui émane de la société sans Dieu. La culture du jour, les modes de penser, de sentir, de vivre, voudraient s’imposer à l’enfant de Dieu, le modeler, et pour la simple raison qu’il y a, derrière tout cela, une puissance spirituelle invisible en conflit irréductible avec Dieu et avec le peuple de Dieu. Le diable, appelé par Jésus- Christ le prince de ce monde, Jean 12.31; 14.30, et par Paul le dieu de ce siècle, qui aveugle l’intelligence des incrédules afin qu’ils ne voient pas briller la splendeur de la gloire de l’Evangile de Christ, cf. 2 Cor 4.3,4, patronne la société sans Dieu. Il est le «chef d’orchestre» invisible derrière le rideau.

Nous aussi, nous sommes exposés, soumis à d’énormes pressions dans notre intelligence, notre âme, notre sensibilité, nos sens. Nous aussi, nous devons affronter un rouleau compresseur culturel qui cherche à «niveler» les conceptions, les émotions, les réactions, les aspirations. Ce rouleau compresseur agit avec d’autant plus d’efficacité qu’il dispose d’un appareil médiatique perfectionné et de la puissance grandissante des images. L’homme moderne ne court-il pas le risque d’être un jour enseveli sous les images et les moyens d’information et de communication toujours plus développés et performants?

Le danger est d’être peu à peu conformés à un modèle culturel unique conçu par le diable, d’être embrigadés à notre insu dans de nouvelles formes d’idolâtrie, dans des cultes adaptés à notre époque, cf. Rom 12.2.

Ce modèle culturel unique se reflète dans le langage, de plus en plus impersonnel, uniforme et d’une pauvreté effrayante! Les cultes dominants sont facilement repérables et ils vont dans le sens d’une nouvelle «paganisation » de notre société. Je vais partir de ce qui est le plus tangible et choquant.

A) Le culte du sexe

Avec ce culte, de plus en plus agressif et envahissant, on est tout près de la pourriture morale de la Grèce et de la Rome antiques. Il suffit pour s’en rendre compte de lire les dénonciations de Paul et de Pierre, cf. Rom 1.18-32; 1 Pi 4.1-6.

Après la seconde guerre mondiale, on a beaucoup parlé de révolution sexuelle et de libération des mœurs. Mais le dernier mot, «libération», est terriblement trompeur. L’apôtre Pierre ne dit-il pas: Ils leur promettent la liberté, quand ils sont euxmêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui, 2 Pi 2.19?

Les idéaux de pureté, chasteté, discipline dans le domaine des sens, ont été mis au rancart. On a prôné et prêché «l’amour libre », hors mariage, avant le mariage (pour ceux qui donnaient encore une valeur à cette institution divine), sans cadres, sans frontières, sans contraintes, sans tabous!

La pression du sexe, de l’érotisme, de la sensualité, de l’hédonisme (recherche du plaisir, cf. 2 Tim 3.4), se fait sentir partout, et les chrétiens n’y échappent pas. Ce «moule » culturel veut s’imposer. L’idolâtrie du sexe pénètre tout: les journaux, les livres, certains festivals, un certain type de musique, le cinéma, la télévision, les bandes dessinées, la publicité et, bien sûr, la mode!

On peut dire de la société moderne «sans dieu», et sur tous les continents: Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre, Phil 3.19.

B) Le culte du corps

Voilà encore un relent de paganisme, et il y a forcément connexion entre ce culte et le précédent.

Plus l’homme moderne se vend au péché, aux plaisirs de la chair, autrement dit plus «il se vide de son âme», plus aussi son corps prend de la place.

Il est légitime de se préoccuper de la santé corporelle, mais l’attention et les soins apportés au corps – enveloppe de l’âme – ne doivent pas tourner à l’obsession. Pour la santé, le bien-être, la forme physique, les exercices, les disciplines et thérapies de tout genre se multiplient. Il suffit de penser à la prolifération des établissements de «fitness »!

Pour la beauté du corps, les produits et les soins cosmétiques sont légion; l’étalage publicitaire donne la nausée…

Le rite sacré du bronzage – malgré tous les risques qu’il comporte – montre que le corps est devenu le centre de tout et jusqu’où certains sont prêts à sacrifier à sa beauté.

C) Le culte de l’exploit ou de la performance

Peut-être pour se prouver à lui-même qu’il est quelqu’un, l’homme veut se dépasser, se surpasser. Il se lance des défis. A un présentateur de télévision qui lui demandait le pourquoi de sa tentative, une jeune Bretonne qui a traversé l’Atlantique à la rame a fait cette réponse significative: «Le dépassement de moi». Il semble que l’homme moderne soit hanté par l’image du «surhomme ».

Il y a les défis et les exploits d’ordre scientifique et technologique, comme la conquête de l’espace, le génie génétique… Mais Rabelais nous avertit que: «Science, sans conscience, n’est que ruine de l’âme». Cet écrivain du XVIe siècle a pressenti les dangers qui guettaient ceux qui veulent aller toujours plus loin dans la recherche de la connaissance.

Il y a les défis et les exploits sportifs: on tente aujourd’hui les épreuves les plus extrêmes, les plus risquées, les plus osées, les plus coûteuses aussi: il n’est que de penser au fameux «Paris Dakar», qui se répète chaque année, malgré son caractère scandaleux.

On se pâme devant des records qui se comptent en quelques centièmes de seconde!

De plus, les champions deviennent de vrais dieux: un joueur de basket-ball a même été qualifié de «dieu vivant». C’est du blasphème, de l’idolâtrie et de la pure folie collective.

Cette rage de l’exploit révèle le vide profond de l’homme moderne, orphelin de Dieu. Quel contraste avec le profond rassasiement intérieur de l’homme qui adore Dieu, devenu son Père en Jésus-Christ, cf. Phil 4.11 b, 12; Ps 131!

Que veut dire «se dépasser, repousser ses limites», si, en définitive, l’on passe toujours à côté du but suprême: Dieu Lui-même?

Ne s’agit-il pas de vains records et de vaines tentatives? L’homme se dépasse pour le vide et pour le néant, ce qui est tout à fait irrationnel. N’est-ce pas là ce que Jean appelle l’orgueil – ou la fanfaronnade – de la vie? (1 Jean 2.16)

D) Le culte du délire

Le trafic et l’usage de la drogue dans notre culture sont emblématiques. Ils révèlent que, dans ce domaine aussi, l’homme veut «s’éclater», dépasser ses limites. Mais il y a toutes sortes de drogues et toutes sortes de délires, de transes et d’extases.

A côté de la drogue chimique qui altère les états de conscience, qui «dilate» le psychisme et les perceptions sensorielles (le poète Rimbaud parlait déjà d’un «dérèglement de tous les sens»), il y a aujourd’hui le délire de la musique. Dans certains concerts l’on assiste à un phénomène d’hystérie collective, que le dictionnaire définit comme un «délire nerveux». Or, l’hystérie – la perte de contrôle – est contraire à la volonté de Dieu, cf. Eph 5.18, et l’inverse du résultat de l’action du Saint-Esprit. Dans Gal 5.22, «la tempérance», un des fruits de l’Esprit, signifie l’auto-contrôle.

Il y a aussi le délire mystique ou religieux. A Delphes, la pythie vouée au culte d’Apollon et qui rendait des oracles, entrait en transe en mâchant des feuilles de laurier.

Aujourd’hui, une frange importante de la chrétienté s’est laissé envahir, depuis le milieu du XXe siècle, par une série de vagues mystiques accompagnées de phénomènes bizarres extraordinaires: visions, prophéties, parler en langues, souvent dans une atmosphère survoltée. C’est un signe certain de paganisation, bien que tout cela soit attribué à l’action du Saint-Esprit, malgré le fait que la Bible le caractérise comme un Esprit d’ordre et de paix, cf. 1 Cor 14.33,40. Dans un livre paru en 1981 (Labor & Fides), intitulé «Le Mouvement Charismatique », l’auteur, Françoise Van der Mensbrugghe, enseignante et sociologue, a ajouté au-dessous du titre une double question: «Retour de l’Esprit? Retour de Dionysos?» Nous avons reconnu dans ce nom grec l’équivalent de Bacchus, dieu de l’ivresse et du délire.

E) Le culte de l’argent

La cupidité sans frein, taxée d’idolâtrie par l’Ecriture, cf. Col 3.5, est une des marques ignominieuses de notre société matérialiste, où les «affaires» (détournements, abus des biens publics, profits scandaleux, corruption), pullulent.

La poursuite frénétique du gain, du profit, accompagne l’exploitation du sexe, du sport et même du délire mystique. Ne connaissons- nous pas des «gourous» qui se remplissent les poches?

F) Le culte du nombre

Le nombre, la majorité, l’opinion majoritaire, semblent avoir une auréole. Voyez la course aux records d’audience à la télévision!

Un jour, une religion majoritaire, basée sur une unité de façade, factice, humaine et diabolique parce que fondée sur le compromis et la confusion, exigera la soumission des minoritaires, soit des chrétiens attachés à la pureté et à l’unité authentique de l’Eglise.

Serons-nous impressionnés, ébranlés, écrasés par le prestige du nombre, et allonsnous fléchir les genoux devant l’idéologie religieuse dominante et menaçante? Il en est aujourd’hui, hélas, et même dans le monde évangélique, qui ontdéjà succombé et qui ont fait des alliances honteuses avec l’immense machine œcuménique (cf. la Célébration œcuménique du 23 janvier 2000 à la cathédrale de Lausanne, où une fédération d’églises évangéliques (1) a pris publiquement et officiellement des engagements qui déshonorent Dieu et constituent une trahison de l’Evangile).

G) Le culte de la nature

Quand l’adoration du vrai Dieu cède place à une perversion du sentiment religieux - par le rejet de la vérité révélée dans la création, cf. Rom 1.18-32, dans la conscience, Rom 2.14-16, et dans l’Ecriture - le sens du sacré doit se loger ailleurs que dans son objet légitime. «La créature» (les chose créées) se substitue au Créateur: … Ils ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen! Rom 1.25.

Aujourd’hui, la déesse «nature» a remplacé le Dieu vivant et vrai. Ne lisons-nous pas souvent, sous la plume de scientifiques, que «la nature a bien fait les choses»? C’est une façon commode d’escamoter Dieu, d’occulter l’action du Dieu personnel infiniment sage et puissant.

Lors des dernières et toutes récentes catastrophes en Europe (tempêtes), les médias se sont référés à la fragilité de l’homme face… à la nature, aux éléments déchaînés. Je n’ai entendu personne faire allusion à Celui à qui la nature obéit, au Maître absolu de toutes choses, au Souverain de l’univers qui tient tout dans Sa main. Qui a élevé son regard au-dessus du monde naturel, vers Dieu qui siège dans les cieux? (Ps 123.1; Dan 4.34)

La majesté de Dieu est anachronique, une notion rétrograde! On en drape la nature, qui est «sacralisée».

Il peut y avoir, chez les écologistes, si épris et jaloux des équilibres naturels, un respect louable et utile des choses créées. Mais, le mal, c’est que la plupart d’entre eux ont complètement oublié le Créateur et qu’ils voient la nature presque comme une entité divine. Leur respect tourne à l’idolâtrie, la divinisation.

H) Le culte de l’homme

Sur un fond d’oubli volontaire de Dieu (dans ses rubriques religieuses, le Figaro a parlé «d’Europe apostate», de «paganisation de la France» et de «panthéisme qui revient au galop»), se développe le culte abominable de la confiance en l’homme, en ses capacités extraordinaires, en son génie «prométhéen », en son pouvoir à changer son destin, à infléchir le cours des événements.

Quelques esprits lucides, ici et là, discernent le côté dramatique de notre situation, voient que l’humanité va tout droit «dans le mur», entrevoient avec terreur la catastrophe finale. Mais ce qui prévaut, en général, c’est une confiance folle, aveugle et obstinée en l’homme, un optimisme buté, suicidaire, et cela malgré les coups de boutoir des deux grandes guerres mondiales, et les preuves accumulées au cours des siècles - «erreurs et horreurs» - de la misère morale de l’homme. Même s’il reste «grand» par certains côtés comme créature faite à l’image de Dieu, l’homme a amplement démontré sa faillite, son impuissance totale à maîtriser les forces du mal et de la destruction, à commencer par le mal qui est en lui et ronge son propre cœur.

En dépit de tout, la confiance, l’assurance, l’arrogance continuent à prévaloir, et l’on s’acharne sans états d’âme à élever «une statue d’or» à la gloire de l’homme. C’est la répétition de l’Histoire.

A l’aube de l’an 2000, j’ai été frappé d’entendre deux discours présidentiels allant exactement dans le même sens, celui de l’optimisme à tous crins nourri aux sources de la foi en l’homme. Cela fait frémir… surtout après des avertissements divins (catastrophes naturelles) comme ceux que nous avons eus récemment!

La forme individualisée de cette foi démente en l’homme, c’est «le culte de soi» que promeut et nourrit la psychologie, si omniprésente dans notre culture: Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes… 2 Tim 3.1,2. Egoïstes signifie littéralement épris d’eux-mêmes.

Un narcissisme effrayant sévit dans notre société, y compris dans une chrétienté décadente.

IV – Le secret pour résister au monde

Vers la fin du livre de Daniel, nous trouvons l’annonce prophétique de la venue d’un roi syrien, Antiochus Epiphane («l’illustre »), dont le règne se situe au début du IIe siècle avant Jésus-Christ (175 - 164). Ce roi impie cherchera à détruire en Palestine le culte du vrai Dieu, défiera la foi juive et les fidèles en Israël en dévalisant le Temple et en érigeant une statue de Jupiter dans le Lieu Très Saint. Il ordonnera aussi d’offrir des porcs en holocaustes et détruira tous les écrits sacrés qu’il trouvera. Ces profanations suscitèrent la révolte des Maccabées, cf. livre apocryphe du même nom.

C’est à propos de cette résistance héroïque à un paganisme provocateur et persécuteur que le livre de Daniel nous révèle le secret spirituel de la victoire: CEUX QUI CONNAITRONT LEUR DIEU agiront avec fermeté, Dan 11.32.

Pas de fermeté sans connaissance personnelle, intime, profonde de Dieu.

Les quatre Hébreux connaissaient intimement et clairement leur Dieu: sa gloire, sa puissance, souveraineté, fidélité, justice, miséricorde, bonté, etc. (cf. Dan 9, la prière du prophète).

C’est pourquoi ils ont pu, par la foi, résister à l’idolâtrie païenne et à ses menaces, et même la vaincre.

Cette connaissance est source de convictions inébranlables, et c’est d’hommes et de femmes convaincus dont l’Eglise a besoin, de chrétiens profondément enracinés dans la connaissance de leur Dieu à travers l’action de la Parole et de l’Esprit.

Notes :
(1) FREOE, «Fédération Romande d’Eglises et Oeuvres Evangéliques»