COMMENT PRIER (R.A. Torrey)

Introduction

I- Importance de la Prière

II- Adresser les prières «à Dieu»

III- Obéissance et Prière

IV- Prier au nom de Christ et en accord avec la volonté de Dieu

V- Prier par l'Esprit

VI- Toujours prier et ne point se relâcher

VII- Demeurer en Christ

VIII- Prier avec actions de grâces

IX- Obstacles à la Prière

X- Quand Prier

XI- Nécessité d'un Réveil universel

XII- Rôle de la Prière avant et pendant les Réveils

Note d'Edition

INTRODUCTION

    L’auteur de cet ouvrage est l’évangéliste américain bien connu Reuben A. Torrey qui, au début de ce siècle, a été entre les mains de Dieu l’instrument de nombreux réveils à travers le monde.

    Homme ferme et sans détours, bourru de manières, saisissant les foules par sa logique irréfutable et le solide fondement scripturaire de ses enseignements, Torrey refusa toujours de laisser écrire sa biographie par crainte de détourner au profit de l’homme quelque chose de la gloire qui ne revient qu’à Dieu.

    Nous nous bornerons donc à dire que, reçu Docteur en Théologie, il fut consacré à l’âge de vingt-deux ans dans une église congrégationaliste, puis partit pour l’Allemagne après quatre ans de ministère afin d’y compléter et approfondir ses études. Il y fut séduit quelque temps par la théologie nouvelle et par l’apparence et les prétentions scientifiques de la critique moderne, mais il reconnut bientôt que l’ancienne et simple conception absolument évangélique du christianisme est la seule qui change la vie, apporte la pleine, satisfaction de l’intelligence et du coeur, et soit efficace pour triompher du péché.

    Il a résumé lui-même son message en disant: «Je prêche quatre grandes vérités: je prêche la Bible entière, de la première à la dernière page, acceptant tout et ne rejetant rien; —je prêche la doctrine de l’expiation, c’est-à-dire le salut par la puissance du sang de Jésus-Christ; —je prêche que le Saint-Esprit est une personne; —je prêche la puissance de la prière.» 

    A son retour d’Allemagne, il fonde à Minneapolis une église congrégationaliste, mais semble appelé au ministère d’évangéliste plutôt qu’à celui de pasteur {Eph 4:11} et organise dans cette ville même, pendant six ans des réunions dans de vastes salles et dans des théâtres. Ce travail lui vaut l’affection du célèbre évangéliste Moody qui l’appelle, en 1889, à diriger son Institut biblique de Chicago. Cinq ans plus tard une importante église de Chicago le place à sa tête; déjà florissante, elle prend entre ses mains un splendide essor. Tout en menant de front ces deux activités, il consacre chaque année cinq mois à de grandes tournées d’évangélisation, au cours desquelles des centaines d’âmes entrent dans la vie et la joie du Seigneur. 

    En 1898, un petit groupe de chrétiens commence à se réunir à l’Institut biblique, le samedi soir, de 9 à 10 heures, pour prier, leur nombre s’accroît progressivement jusqu’à ce que trois à quatre cents personnes s’assemblent chaque semaine pour demander à Dieu un grand réveil mondial. Ce fardeau devint si lourd, au coeur du Dr Torrey et de quelques autres, qu’après cette réunion ils continuaient, en petit comité, à crier à Dieu jusque tard dans la nuit. Une nuit, le Dr Torrey se surprit, au sein de ce petit noyau, à prier Dieu de l’envoyer prêcher l’Evangile autour du monde afin que des milliers d’âmes se donnent à Christ en Chine, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Tasmanie, aux Indes, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Allemagne et en Amérique même. Cette prière pouvait sembler insensée de la part d’un homme placé à la tête d’une importante église et directeur d’un Institut biblique, mais le Seigneur n’allait pas tarder à la justifier. Moins d’une semaine après, l’exaucement survint, aussi extraordinaire que la prière elle-même. A l’issue d’une réunion de prière de son église, Torrey fut abordé par deux étrangers qui, au nom des églises unies de Melbourne, l’invitèrent à entreprendre là-bas une campagne de réveil. Depuis plusieurs mois on les avait envoyés à’ la recherche d’un homme qui put mener une telle campagne et ils étaient maintenant persuadés d’avoir trouvé en Torrey le serviteur que Dieu avait désigné.

    Saisi d’un si prompt exaucement, Torrey hésita, objecta l’impossibilité où il était de délaisser ses responsabilités à Chicago, mais la réponse fut catégorique: «Vous viendrez. Nous vous y amènerons par la prière». 

    Effectivement, après quelques mois, le Dr Torrey reçut un télégramme par lequel on lui demandait de câbler sa réponse; de cette réponse, affirmative, allait dépendre le destin éternel de près de cent mille âmes!

    C’est en Avril 1902 que le Dr Torrey et son compagnon, le chanteur Charles M. Alexander, commençaient cette mission à Melbourne au cours de laquelle, en quatre semaines, huit mille âmes se donnèrent à Jésus Christ. Pendant six mois, ils passèrent de ville en ville jusqu’à ce que l’Australie entière fut évangélisée et l’Eglise australienne, sanctifiée tout à nouveau.

    Mais la semence d’une moisson plus grande encore allait être jetée parmi cette population exultante de la joie du salut. Torrey avait déjà publié le présent ouvrage qui rassemble une série d’instructions familières destinées à introduire des réunions de prière et dans lequel revient à plusieurs reprises une locution merveilleusement expressive et malheureusement intraduisible: «Pray through». Cette expression évoque le forage d’un tunnel ou le lent travail d’un outil qui perce une plaque d’acier. «To pray through» c’est prier avec cette persévérance inlassable qui use l’obstacle, avec cette puissance irrésistible qui se fraye un passage au travers de montagnes de difficultés, jusqu’à se faire jour de l’autre côté sur le pur azur de la communion avec Dieu, là où tous les exaucements sont rendus possibles.

    Une dame de Melbourne ayant lu ce livre, fut saisie par la force de l’expression et commença à organiser ses amis en cercles de prière déterminés à prier ainsi. Le mouvement s’étendit à travers la ville et bientôt il y eut, à Melbourne, plus de mille sept cents de ces cercles. Peu après, cette dame rentra en Angleterre. et y rapporta l’histoire des groupes de prière. L’idée fut adoptée avec enthousiasme et bientôt l’Angleterre et l’Irlande en furent aussi parsemées. En 1904, il y avait, à travers le monde, trente mille chrétiens dont la prière quotidienne était «Réveille ton oeuvre, ô Dieu!». C’est certainement là le principal secret du merveilleux réveil qui éclata au pays de Galles et des grands mouvements de l’Esprit qui produisirent d’authentiques réveils de Pentecôte à travers de monde vers cette époque. De proche en proche, des invitations parvinrent au Dr Torrey et c’est ainsi qu’il parcourut effectivement la Chine, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie, l’Inde, puis l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse, le Pays de Galles, pour finalement atteindre l’Amérique, soit à peu près exactement le plan qu’il s’était tracé dans cette prière des premières heures d’un certain dimanche matin!

    On comprendra maintenant pour quelles raisons il nous a paru que c’est par cet ouvrage qu’il convenait d’inaugurer la série des publications de la Mission «Prière et Réveil», dont le but est d’aider par tous les moyens à l’éclosion d’un réveil, encore plus impérieusement nécessaire à notre époque qu’il pouvait l’être il y a cinquante ans.

    Au début de ce siècle, une traduction française, libre et abrégée de cet ouvrage, a déjà été donnée en Suisse par le pasteur Ed. Thouvenot, mais les deux éditions parues en sont depuis fort longtemps épuisées. Nous avons voulu donner ici un texte nouveau, aussi près que possible de l’original dont nous reproduisons les répétitions et les accumulations d’arguments. Qu’on veuille bien nous en excuser. Nous ne prétendons pas faire oeuvre littéraire, mais nous avons voulu respecter la forme même d’expression du Dr Torrey qui, si elle est empreinte du génie particulier à la langue anglaise, est plus encore marquée du sceau de l’Esprit qui inspire l’auteur. Celui-ci ne se propose pas, en effet, d’écrire un traité édifiant sur la prière, mais de fournir aux chrétiens, à partir de la Parole de Dieu, des mobiles puissants qui les incitent à prier avec foi et persévérance, selon la ligne même des desseins de Dieu.

    Nous pensons que Dieu peut à nouveau se servir de ce livre pour susciter, parmi les chrétiens de langue française, un mouvement analogue à ceux qu’il a déjà suscités à travers le monde, et c’est la prière que nous formons au moment où nous le mettons entre les mains du public.

    SEPTEMBRE 1948. 

«PRIERE ET REVEIL». 

I- IMPORTANCE DE LA PRIÈRE

    Au sixième chapitre de l’épître aux Ephésiens, verset 18, {Eph 6:18} nous lisons des paroles qui mettent en évidence l’extrême importance de la prière avec une force qui nous saisit et nous subjugue: 

    «Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints.» 

    L’enfant de Dieu avisé qui s’arrête pour peser le contenu des mots et pour considérer le contexte est poussé à s’écrier: «Je dois prier, prier, prier. Je dois mettre toute mon énergie et tout mon coeur à la prière. Quoi que je fasse d’autre, je dois prier.» 

    La version de Lausanne, {1} plus forte encore s’il est possible que la précédente, donne: 

    «Priant en tout temps dans l’Esprit, par toutes sortes de prières et de supplications, et veillant à cela avec toute persévérance et avec supplications au sujet de tous les saints.» 

   Remarquez les «en tout temps», «toutes sortes de prières», «avec toute persévérance», «pour tous les saints». Notez l’accumulation et la répétition des mots «priant», «prières», «supplications», «persévérance», «supplications» encore. Pesez enfin la force de l’expression, «veillant à cela»: plus exactement «sans vous endormir». Paul connaissait la paresse naturelle de l’homme spécialement dans le domaine de la prière. Comme il est rare que nous priions sans relâche jusqu’à l’exaucement final{2} Que de fois il arrive qu’une église ou un individu parvienne dans la prière jusqu’aux abords immédiats d’une grande bénédiction et, à ce moment précis, laissant aller, tombe dans l’assoupissement et abandonne le combat! Je souhaite que ces mots: «sans vous endormir», que le verset tout entier brûlent au-dedans de nos coeurs. 

    Mais pourquoi donc cette prière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est-elle si nécessaire?

    1.—C’est avant tout parce que le diable existe.

    Il est rusé, il est puissant, il ne s’accorde aucun repos, il est sans cesse en train de comploter contre l’enfant de Dieu pour le faire tomber, et si l’enfant de Dieu se relâche dans la prière, le diable réussira à le prendre au piège. 

    C’est la pensée même exprimée par le contexte. Nous lisons au verset 12: {Eph 6:12} «parce que ce n’est pas contre le sang et la chair qu’est notre lutte, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs universels des ténèbres de ce siècle, contre les puissances spirituelles de la méchanceté dans les lieux célestes». (L.). Puis au verset 13: {Eph 6:13} «C’est pourquoi, prenez l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez résister dans le mauvais jour, et, après avoir tout accompli, tenir ferme». (L.). Suit alors une description des différentes parties de l’armure du chrétien que nous devons revêtir si nous voulons tenir bon contre le diable et ses puissants artifices. Enfin Paul couronne son exposé en disant au verset 18 {Eph 6:18}, qu’à tout le reste nous devons ajouter la prière constante, persévérante, infatigable et éveillée, prière dans l’Esprit-Saint sans laquelle tout le reste ne compte pas! 

    2.—Une seconde raison pour prier de cette manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est que la prière est le moyen établi par Dieu pour obtenir toute chose et que la cause secrète de toute lacune dans notre expérience, notre vie et notre travail est la négligence de la prière.

    Jacques met ceci vigoureusement en évidence au chapitre 4 et au verset 2 de son épître: «Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas». {Jas 4:2} Ces paroles nous révèlent la vraie cause de la pauvreté et de l’impuissance de la plupart des chrétiens: la négligence de la prière. 

     Maint enfant de Dieu se demande: «Pourquoi donc fais-je si peu de progrès dans la vie spirituelle?»—Dieu répond: «Négligence de la prière, vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas!». Maint serviteur de Dieu se demande: «Pourquoi donc mon labeur porte-t-il si peu de fruit?»—A nouveau Dieu répond: «Négligence de la prière. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas.» 

    Maint moniteur d’Ecole du Dimanche se demande: «Pourquoi vois-je si peu de conversions parmi mes élèves?» Et Dieu répond toujours: «Négligence de la prière. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas.» 

    Pourquoi donc, se demandent ensemble les assemblées et leurs conducteurs, l’Eglise de Christ gagne-t-elle si peu de terrain sur l’incrédulité, l’erreur, le péché et la mondanité? 

    Une fois de plus nous entendons Dieu répondre: «Négligence de la prière. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas».

    3.—Une troisième raison pour prier de cette manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est que les Apôtres, établis par Dieu pour servir de modèles aux Chrétiens, considéraient la prière comme l’affaire la plus importante de leur vie.

    Quand les responsabilités de l’Eglise primitive commencèrent à se multiplier et à fondre en foule sur eux, «les douze ayant convoqué la multitude des disciples, dirent: Il ne convient pas que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Voyez donc, frères, parmi vous, sept hommes de bon témoignage, pleins d’Esprit saint et de sagesse, que nous établirons pour ce besoin. Quant à nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole.» {Ac 6:2-4}, (L.). 

    D’après ce que Paul écrit aux assemblées et aux individus, relativement à ses prières pour eux, il est évident qu’une très grande partie de son temps, de sa force et de sa pensée était consacrée à la prière. {Ro 1:9-10 Eph 1:15-16 Col 1:9 1Th 3:10 2Ti 1:3}

    Tous les hommes de Dieu puissants, en dehors même de ceux dont nous parle la Bible, ont été des hommes de prière. Ils ont différé les uns des autres en bien des choses, mais sur ce point ils se sont tous ressemblé. 

    4.—Mais il est une raison encore plus importante à cette prière constante, persévérante, éveillée et victorieuse. C’est que la prière a occupé une place de tout premier plan et joué un rôle capital dans la vie terrestre de notre Seigneur.

    Prenons par exemple Mr 1,5:35{Mr 1:35} Nous lisons: «Le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où. il pria». La journée précédente avait été très remplie et très mouvementée, mais Jésus écourta les nécessaires heures de sommeil afin de se lever tôt pour s’adonner à la prière, plus impérieusement nécessaire encore. 

    Prenons encore Lu 6,5:12{Lu 6:12} où nous lisons: «En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu». Notre Sauveur trouvait donc nécessaire, en certaines circonstances, de consacrer une nuit entière à la prière. 

    Les mots «prier» et «prière» sont appliqués au moins vingt-cinq fois au Seigneur dans le récit abrégé de Sa vie que nous donnent les quatre Evangiles et le fait qu’il priât est mentionné en plusieurs endroits où ces mots ne figurent pas. De toute évidence, la prière absorbait une grande partie du temps et des forces de Jésus; aussi un homme ou une femme qui ne consacre pas beaucoup de temps à la prière ne saurait être appelé à juste titre disciple de Jésus-Christ. 

    5.—Il est, à la prière constante, persévérante, éveillée et victorieuse, une autre raison qui semble plus puissante encore que la précédente; la voici: la prière est la partie la plus importante du ministère actuel de notre Seigneur ressuscité.

    Le ministère de Christ ne s’est par terminé à Sa mort. Là s’acheva seulement Son oeuvre expiatoire, mais lorsqu’il ressuscita et fut élevé à la droite du Père, Il entreprit, à la place, une autre oeuvre tout aussi importante pour nous que Son oeuvre d’expiation. Cette oeuvre ne peut être séparée de Son oeuvre d’expiation; elle repose sur celle-ci comme sur son fondement même, mais elle n’en est pas moins nécessaire à l’accomplissement de notre salut. 

    Nous lisons ce qu’est cette grande oeuvre par laquelle Il conduit notre salut à son achèvement dans Heb 7:25: «C’est aussi pour cela qu’il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur». Ce verset nous dit que Jésus est capable de nous sauver parfaitement, ce qui ne signifie pas seulement qu’il peut nous sauver de l’extrême perdition, mais jusqu’àl’extrême perfection, jusqu’à l’entière plénitude du salut, l’absolue sainteté, parce qu’il n’est pas mort seulement mais qu’il est aussi «toujours vivant». Ce verset nous dit encore pour quel dessein Il vit maintenant et c’est «d’intercéder pour nous», de prier. La prière est Sa principale activité durant cette ère et c’est par Ses prières qu’il nous sauve chaque jour. 

    La même pensée se retrouve dans le remarquable et triomphant défi de Paul: «Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie! Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous!». {Ro 8:34}

    Si donc nous voulons être unis à Jésus-Christ dans son oeuvre actuelle, il nous faut passer beaucoup de temps en prière, nous consacrer à la prière sérieuse, constante, persévérante, éveillée et victorieuse. Rien ne m’a fait sentir aussi vivement combien il importe de prier en tout temps, d’être constamment en prière, que cette pensée: c’est la principale occupation présente de mon Seigneur ressuscité! Pour moi, je veux être uni à Lui, et à cette fin j’ai demandé au Père, quels que puissent être Ses autres desseins à mon égard, de faire de moi en tout cas un intercesseur, un homme qui sache prier et qui consacre beaucoup de temps à la prière. 

    Ce ministère de l’intercession est un glorieux et puissant ministère et tous nous pouvons y avoir part. L’homme ou la femme retenus par la maladie loin des cultes publics peuvent y avoir part; la mère de famille affairée, la femme qui doit gagner sa vie en lavant le linge des autres, peut y avoir part, elle peut faire monter ses prières pour les saints, pour son pasteur, pour les perdus et pour les missions lointaines tandis qu’elle se penche sur la lessive, savonne et rince, et la lessive n’en sera pas plus mal faite pour cela. L’homme d’affaires surmené peut aussi y avoir part et prier tout en se hâtant d’une obligation à l’autre. Mais il va sans dire que si nous voulons conserver cet esprit de constante prière, nous devons prendre le temps—et le prendre largement—de nous enfermer seuls avec Dieu dans le secret pour ne rien faire d’autre que prier. 

    6.—Une sixième raison pour prier d’une manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est que la prière est le moyen établi par Dieu pour nous permettre d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, d’être secourus dans nos besoins.

    Heb 4:16 est l’un des versets les plus simples et les plus doux de la Bible. «Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins». Ces paroles nous montrent clairement que Dieu a établi un moyen par lequel nous pouvons rechercher et obtenir miséricorde. Ce moyen est de nous approcher avec audace, confiance, hardiesse d’expression, du trône de la grâce, le lieu très saint de la Présence de Dieu, où notre compatissant Souverain Sacrificateur Jésus-Christ est entré pour nous. {Heb 4:14-15}

    C’est de miséricorde que nous avons besoin, c’est la grâce qu’il nous faut obtenir, sinon toute notre vie et tous nos efforts aboutiront à une faillite totale. Or, la prière est le moyen d’obtenir l’une et l’autre. Il y a, à notre disposition, une infinie richesse de grâce que nous pouvons expérimentalement nous approprier par la prière. Oh! si seulement nous nous représentions la plénitude de grâce divine mise en réserve pour que nous la demandions, sa hauteur, sa profondeur, sa largeur et sa longueur, je suis sûr que nous passerions plus de temps en prière car la mesure de grâce que nous nous approprions est à la mesure de nos prières. 

    Qui donc ne sent pas qu’il a besoin de plus de grâce? Eh bien! demandez-la donc! Soyez constants et persévérants, soyez importuns et ne vous fatiguez pas de demander. Dieu prend plaisir à nous voir mendier sa grâce avec «effronterie» car cela montre notre foi en Lui. Or, la foi Le réjouit puissamment. A cause de notre «importunité», Il se lèvera et nous donnera tout ce dont nous avons besoin. {Lu 11:8} Nous ne connaissons, pour la plupart, que de petits ruisseaux de miséricorde et de grâce tandis que nous pourrions en connaître des fleuves débordants. 

    7.—La raison suivante en faveur de la prière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est que la prière au nom de Jésus-Christ est le moyen que Jésus-Christ Lui-même a établi pour que ses disciples obtiennent la plénitude de la joie.

    Il déclare cela en quelques paroles simples et belles: «Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite». {Jn 16:24} Parfaite: pleine et entière! Qui donc ne désire pas être tout entier rempli de joie? Eh bien! le moyen d’être tout rempli de joie, c’est de prier au nom de Jésus-Christ! Nous connaissons tous des chrétiens qui sont remplis de joie, qui en sont même débordants, elle rayonne de leurs yeux, elle sort en bouillonnant de leurs lèvres et s’échappe de l’extrémité de leurs doigts quand ils vous serrent la main; entrer en contact avec eux, c’est entrer en contact avec une machine électrique chargée d’allégresse. Eh bien! les chrétiens de cette sorte sont toujours des chrétiens qui passent beaucoup de temps en prière. 

    Comment se fait-il que la prière au nom de Christ apporte une telle plénitude de joie? C’est en partie parce que nous obtenons par elle ce que nous demandons. Mais ce n’est pas là la seule raison, ni même la principale. La prière nous révèle la réalité de Dieu. Quand nous demandons à Dieu quelque chose de précis et qu’il nous le donne, oh! combien Dieu devient réel! Il est vraiment là! C’est une bénédiction d’avoir un Dieu qui soit une réalité et non pas seulement une idée. Je me rappelle avoir été soudain et sérieusement saisi par la maladie alors que j’étais tout seul dans mon bureau. Je me laissai tomber à genoux et criai à Dieu pour qu’il me secourût. Instantanément toute douleur me quitta: j’étais parfaitement rétabli. Ce fut comme si Dieu se fut tenu là, debout et qu’ayant étendu la main il m’eût touché. La joie d’être guéri ne fut certes pas aussi intense que la joie de rencontrer Dieu. 

    Il n’y a pas, sur la terre ou dans le ciel, de joie plus grande que celle de la communion avec Dieu, et la prière au nom de Jésus nous met en communion avec Lui. Le psalmiste ne parlait sûrement pas seulement d’une bénédiction future, mais aussi d’une bénédiction présente quand il disait: «Il y a d’abondantes joies devant ta face». {Ps 16:11} Oh! la joie inexprimable de ces moment où, dans nos prières, nous nous introduisons jusqu’en la présence de Dieu! 

    «Je n’ai jamais connu une telle joie dans la prière», dites-vous? 

    Prenez-vous assez le temps de prier pour parvenir réellement jusqu’en la présence de Dieu? Et pendant le temps que vous y consacrez vous livrez-vous vraiment tout entier à la prière? 

    8.—Une huitième raison pour prier d’une manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse est que, dans tous les soucis, les angoisses et les besoins de l’existence, la prière avec actions de grâces est le moyen que Dieu a établi pour que nous obtenions la délivrance de toute anxiété et la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence.

    «Ne vous inquiétez de rien»—dit Paul—«mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ». {Php 4:6-7} Pour beaucoup ceci semble à première vue la description d’une vie belle, certes, mais hors de la portée du commun des mortels. Il n’en est rien. Le verset nous dit comment cette vie peut être réalisée par tout enfant de Dieu: «Ne vous inquiétez de rien» ou encore «en aucune chose n’éprouvez de l’anxiété». Le reste du verset nous dit comment, et c’est très simple: «Mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces». Quoi de plus clair et de plus simple que cela? Vous n’avez qu’à vous tenir constamment en contact avec Dieu et sitôt qu’une peine ou une contrariété grande ou petite se présente, parlez-Lui en sans jamais oublier de Lui rendre grâces pour ce qu’il a déjà fait. Quel en sera le résultat? «La paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ». 

    C’est merveilleux, et aussi simple que merveilleux! Beaucoup en font l’expérience, Dieu soit béni. Ne connaissez-vous pas quelqu’un qui soit toujours serein? Peut-être est-ce un homme très violent de son naturel, mais les difficultés, les conflits, les revers, les privations peuvent tourbillonner autour de lui, «la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde son coeur et ses pensées dans le Christ, Jésus». 

    Nous connaissons tous de telles personnes. Comment s’y prennent-elles? 

    Elles prient, voilà tout. Ces personnes qui connaissent la paix profonde de Dieu, l’insondable paix qui surpasse toute intelligence sont toujours des hommes et des femmes qui prient beaucoup. 

    Quelques-uns d’entre nous laissent une activité fiévreuse refouler la prière hors de leur vie. Et quelle perte de temps, d’énergie et de force nerveuse entraîne cette perpétuelle agitation! Une nuit de prière nous épargnera beaucoup de nuits d’insomnie. Le temps passé en prière n’est pas du temps perdu, mais du temps placé à gros intérêts. 

    9.—Une neuvième raison pour prier d’une manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse, est que la prière est la méthode établie par Dieu Lui-même pour que nous obtenions le Saint-Esprit.

    Sur ce point, la Bible est très claire. Jésus dit: «Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le Lui demandent». {Lu 11:13} Des hommes de notre époque, et d’excellentes personnes entre autres, nous disent: «Il ne faut pas prier pour obtenir le Saint-Esprit». Mais que font-ils donc de la claire déclaration de Jésus-Christ: «à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le Lui demandent?» 

    Il y a quelques années, comme j’avais annoncé une allocution sur le baptême du Saint-Esprit, un frère vint à moi et me dit d’un ton pénétré: 

    -Ayez bien soin de leur dire qu’il ne faut pas prier pour obtenir le Saint-Esprit. 

    -Je ne leur dirai certainement pas cela car Jésus déclare: «A combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le Lui demandent». 

    -Oh! oui, répliqua-t-il, mais c’était avant la Pentecôte. 

    -Et Actes 4:31 Etait-ce avant ou après la Pentecôte? 

    -Après, bien sûr!—Eh bien! lisez. 

    -«Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla; ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient l’a Parole de Dieu avec assurance». 

    -Après. 

    -Lisez s’il vous plaît. 

    -«Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit». 

    Il ne répondit rien. Qu’aurait-il pu répondre? Il est clair comme le jour, dans la Parole de Dieu, qu’avant la Pentecôte et après, le premier baptême comme les expériences ultérieures de plénitude du Saint-Esprit furent accordés en réponse à la prière qui les réclamait d’une façon précise. L’expérience l’enseigne également. 

    Sans doute, beaucoup ont reçu le Saint-Esprit au moment même où ils se sont livrés à Dieu, avant d’avoir eu le temps de prier pour cela. Mais combien en est-il qui savent que leur première expérience précise du baptême du Saint-Esprit eut lieu tandis qu’ils étaient à genoux ou prosternés devant Dieu, seuls ou en compagnie d’autres frères et qui, maintes et maintes fois depuis lors, ont été remplis du Saint-Esprit tandis qu’ils priaient. 

    Je sais cela d’une manière aussi certaine que je sais que ma soif a été étanchée lorsque j’ai bu de l’eau. Un matin de bonne heure, dans la salle de prière de l’Eglise de l’Avenue de Chicago où plusieurs centaines de personnes avaient prié ensemble plusieurs heures durant, le Saint-Esprit descendit d’une manière si évidente et ce lieu fut si rempli de Sa présence que personne ne put plus parler ni prier mais qu’on n’entendit plus que des sanglots de joie. Des hommes quittèrent la salle pour différents endroits, prenant le train ce matin même, et des nouvelles nous revinrent bientôt d’effusions de l’Esprit de Dieu en réponse à la prière. D’autres se répandirent dans la ville et la bénédiction de Dieu reposa sur eux. Ceci n’est qu’un fait d’expérience personnelle parmi tous ceux que je pourrais citer. Si seulement nous passions plus de temps en prière, on verrait davantage dans notre travail la plénitude de la puissance de l’Esprit. 

    Bien des hommes qui naguère ont travaillé manifestement dans la puissance du Saint-Esprit remplissent aujourd’hui l’air de leurs exclamations creuses et l’agitent de leurs gesticulations vaines parce qu’ils ont laissé refouler la prière hors de leur vie. Si nous voulons continuer dans la puissance de l’Esprit Saint, il nous faut passer beaucoup de temps sur nos genoux devant Dieu. 

    10.—Une dixième raison pour prier d’une manière constante, persévérante, éveillée et victorieuse, est que la prière est le moyen établi par Christ pour que nos coeurs ne s’appesantissent pas par les excès du manger et du boire et par les soucis de la vie et qu’ainsi le jour du retour de Christ ne vienne pas sur nous à l’improviste comme un filet.

    Un des passages sur la prière les plus intéressants et les plus solennels de la Bible suit cette ligne de pensée: «Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos coeurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste; car il viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l’homme.». {Lu 21:34-36} D’après ce passage, il n’y a qu’un moyen par lequel nous puissions être prêts pour la venue du Seigneur quand Il apparaîtra: c’est par beaucoup de prière. 

    Le retour de Jésus-Christ est un sujet qui, de nos jours, éveille beaucoup d’intérêt et provoque de nombreuses discussions. Mais c’est une chose que de s’intéresser au retour du Seigneur et d’en parler, et tout autre chose que d’y être préparé. L’atmosphère dans laquelle nous vivons tend constamment à nous rendre impropres pour la venue de Christ. Le monde cherche à nous attirer en bas par ses jouissances et ses préoccupations. Il n’y a qu’un moyen par lequel nous puissions nous élever triomphants au-dessus de ces choses: c’est d’être constamment veillants dans la prière, c’est la prière éveillée. «Veillez» et «en tout temps» sont les mêmes expressions fortes que nous avons vues en Eph 6:18. Celui qui passe peu de temps à la prière, qui n’est pas inébranlable et constant dans la prière ne sera pas prêt pour le Seigneur quand Il viendra. Mais nous pouvons être prêts: Comment? Prions! Prions! Prions! 

    11.—Il y a une raison encore en faveur de la prière constante, persévérante, éveillée et victorieuse, et une puissante raison: c’est ce que la prière accomplit;  après tout ce qui a déjà été dit sur ce sujet, il resterait beaucoup à dire encore. 

    1° La prière favorise notre croissance spirituelle comme presque rien d’autre ne peut le faire, ou mieux comme rien d’autre ne le fait si ce n’est l’étude biblique. Du reste, la vraie prière et la vraie étude biblique marchent la main dans la main. 

    C’est par la prière que mon péché, mon péché le plus caché est amené à la lumière. Lorsque, prosterné devant Dieu, je m’écrie: «Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Eprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie». {Ps 139:23-24} Dieu lance les rayons de sa pénétrante lumière jusqu’aux plus profonds replis de mon coeur et des péchés insoupçonnés sont mis en évidence. En réponse à la prière, Dieu me lave complètement de mon iniquité et me purifie de mon péché. {Ps 51:4} En réponse à la prière, mes yeux sont ouverts pour que je contemple les merveilles de la Parole de Dieu. {Ps 119:18} En réponse à la prière, j’obtiens la sagesse pour discerner les voies de Dieu {Jas 1:5} et la force pour y marcher. Quand, dans la prière, je rencontre l’Eternel et contemple Sa Face, je suis transformé à Son image, de gloire en gloire. {2Co 3:18} Chaque jour d’une vraie vie de prière me rend plus semblable à mon glorieux Seigneur. 

    John Welch, le gendre de John Knox, était un des plus fidèles hommes de prière que le monde ait jamais vu. Il estimait perdue toute journée dans laquelle sept ou huit heures n’avaient pas été passées, seul avec Dieu, dans la prière et l’étude de Sa Parole. Or, un vieillard disait de lui après sa mort: qu’il avait été «un type de Jésus-Christ». 

    Comment parvint-il à être si semblable à son Maître? 

    Sa vie de prière est la clé du mystère. 

    2° La prière est une source de puissance pour notre travail.

    Si nous désirons la puissance pour un travail quelconque auquel Dieu nous appelle, que ce soit la prédication, l’enseignement, la cure d’âme, ou l’éducation de nos enfants, nous pouvons l’obtenir par la prière fervente. 

    J’eus un jour la visite d’une dame dont le petit garçon était absolument incorrigible. Désespérée, elle s’écriait: 

    -Que faire avec lui? 

    -Avez-vous jamais essayé la prière? demandai-je.

    Elle pensait bien l’avoir fait. 

    -Mais, dis-je encore, avez-vous fait de sa conversion et du changement de son caractère un sujet de prière précis et vous êtes-vous attendue à l’exaucement? 

    -Je n’ai pas été si précise en cela. 

    Elle commença ce jour même et aussitôt il y eut un changement marqué chez l’enfant; il grandit et devint un chrétien. 

    Maint moniteur d’école du dimanche a enseigné pendant des mois et des années sans voir vraiment de fruit à ses efforts; puis, ayant appris le secret de l’intercession, il a vu s’approcher de Christ un à un ceux pour lesquels il avait plaidé avec ferveur auprès de Dieu. Maint pauvre prédicateur est devenu un puissant homme de Dieu en rejetant loin de lui toute confiance en ses dons et capacités personnels pour s’abandonner à Dieu et attendre de Lui la Puissance d’En-Haut! John Livingstone, avec quelques frères animés des mêmes sentiments, passa une nuit en prière et entretiens spirituels devant Dieu et quand il prêcha le jour suivant dans l’Eglise de Shotts, cinq cents personnes furent converties ou purent faire dater de ce jour quelque progrès décisif dans leur vie. Prière et puissance sont inséparables l’une de l’autre. 

    3° La prière est efficace pour la conversion des âmes.

    Peu de conversions s’opèrent dans le monde sans que la prière d’autrui soit intervenue. En ce qui me concerne personnellement, j’ai longtemps pensé qu’aucun être humain n’avait été pour quelque chose dans ma conversion, car je ne fus converti ni à l’église, ni à l’école du dimanche, ni au cours d’un entretien personnel avec quiconque. Je fus réveillé au milieu de la nuit et converti. Autant que je puisse me rappeler, je n’avais pas, en me couchant et en m’endormant, la moindre idée de conversion ou de quelque chose de cet ordre. Mais je fus réveillé au milieu de la nuit et converti en moins de cinq minutes. Quelques minutes plus tôt, j’étais aussi près de la perdition éternelle que n’importe qui. J’avais un pied par dessus bord, et m’appliquais à y passer l’autre. Je pensais, dis-je, qu’aucun être humain n’avait été pour quelque chose dans ma conversion, mais j’avais oublié les prières de ma mère et j’appris plus tard qu’un de mes camarades de collège avait décidé de prier pour moi jusqu’à ce que je sois sauvé. 

    La prière réussit souvent là où tout le reste échoue. Combien inutilement Monique prodigua-t-elle ses efforts et ses exhortations auprès de son fils, mais ses prières prévalurent auprès de Dieu et le jeune homme dissolu devint Saint Augustin, l’influent homme de Dieu. Grâce à la prière, des ennemis acharnés de l’Evangile sont devenus ses plus vaillants défenseurs, les pires scélérats de vrais enfants de Dieu et les femmes les plus dégradées les saintes les plus pures. Oh! le pouvoir de la prière pour descendre chercher les hommes, les femmes les plus bas tombés, au plus profond de l’abîme, et les élever plus haut que les plus hautes cimes jusqu’à la communion et la ressemblance avec Dieu. C’est vraiment merveilleux. Comme nous savons mal apprécier cette arme extraordinaire! 

    4° La prière est une source de bénédictions pour l’Eglise.

    L’histoire de l’Eglise est pleine de graves difficultés qu’il a fallu vaincre. Le diable hait l’Eglise et cherche par tous les moyens à enrayer ses progrès, tantôt par les fausses doctrines, tantôt par les divisions, tantôt par le relâchement dans les moeurs. Mais par la prière un chemin uni peut être frayé à travers toutes ces choses. La prière déracinera les hérésies, dissipera les malentendus, balayera les jalousies et les animosités, supprimera l’immoralité et ramènera comme une marée le flot vivifiant de la grâce divine. L’histoire le montre abondamment. Aux heures de plus sinistre augure, quand le cas de l’Eglise locale ou universelle semblait désespéré, des hommes et des femmes de foi se sont réunis pour crier à Dieu et la réponse est venue. 

    Il en fut ainsi au temps de Knox, il en fut ainsi au temps de Wesley et de Whitefield, il en fut ainsi au temps d’Edwards et de Brainerd, il en fut ainsi au temps de Finney, il en fut ainsi au temps des grands réveils de 1857 en Amérique, de 1859 en Irlande, et il en sera encore ainsi de nos jours. {3} Satan a disposé ses armées. La science chrétienne avec son faux Christ—une femme—lève haut la tête. D’autres qui prétendent appliquer des méthodes apostoliques parlent avec une grande assurance mais couvrent hypocritement de ces prétentions la plus extrême corruption. Des chrétiens également fidèles aux grandes vérités fondamentales de l’Evangile dardent les uns sur les autres des regards chargés d’une suspicion insufflée par Satan. 

    Le monde, la chair et le diable mènent grand tapage. Nous vivons une sombre époque, mais, maintenant «Il est temps que l’Eternel agisse. Ils ont annulé ta Loi». {Ps 119:126} (L.). 

    Et Dieu justement s’apprête à agir, Il écoute maintenant si la voix de la prière va s’élever vers Lui. 

    S’élèvera-t-elle? 

    S’élèvera-t-elle de votre bouche? S’élèvera-t-elle de l’Eglise tout entière? Je le crois fermement. 

{1} Torrey cite d’après l’ «Authorized Version of the Bible» mais il recourt à la «Revised Version» quand une nuance de sens est mieux rendue par cette dernière. Nous citons d’après la version Segond, la plus répandue dans nos pays de langue française. Or. presque chaque fois que le recours à une traduction plus précise se fait sentir dans l’anglais, la même nécessité se rencontre en français. Nous avons alors fait appel à une autre version française y répondant: le plus souvent la version dite de Lausanne, mais aussi Darby ou la Version Synodale, et signalé le fait entre parenthèses.—Prière et Réveil.

{2} En anglais: to pray things through. (ci Introduction). 

{3} Comme le lecteur en a été informé par notre Introduction. Dieu a merveilleusement répondu à ces paroles de foi; nous les reprenons aujourd’hui à notre compte.—Prière et Réveil.

II - ADRESSER LES PRIÈRES «À DIEU»

    Nous venons d’avoir un aperçu sur l’importance extraordinaire de la prière et son irrésistible puissance; nous en venons maintenant directement à l’examen de la question: Comment prier avec puissance.

  1. -Au chapitre 12 des Actes des Apôtres, {Ac 12:1}il est fait mention d’une prière qui l’emporta auprès de Dieu et obtint de grands résultats. Au verset 5 de ce chapitre, le mode et la méthode de cette prière sont décrits en quelques mots: «L’Eglise ne cessait d’adresser pour lui des prières à Dieu». {Ac 12:5}

    La première chose à noter dans ce verset est l’expression: «à Dieu». La prière oui a de la puissance est celle que l’on adresse à Dieu. 

    «Mais, diront certains, toute prière n’est-elle pas adressée à Dieu?». 

    Non. Beaucoup de prières publiques ou privées ne sont pas offertes à Dieu. Pour qu’une prière soit réellement offerte à Dieu, il faut que, d’une façon positive et consciente nous nous approchions effectivement de Dieu quand nous prions; il faut que nous ayons positivement et vivement conscience de ce que Dieu se penche sur nous et nous écoute tandis que nous prions. Or, dans beaucoup de nos prières, la pensée de Dieu n’entre en réalité que pour une très faible part. Notre esprit est absorbé par les choses dont nous avons besoin et non par la pensée du Père puissant et tendre dont nous les attendons. Souvent même il arrive que nous ne sommes occupés ni de ce besoin ni de Celui à qui nous nous adressons, mais notre pensée erre çà et là à travers le monde. Il n’y a aucune puissance dans ce genre de prière. Mais quand nous entrons réellement dans la présence de Dieu, quand nous Le rencontrons réellement face à face dans la prière, quand c’est réellement de Lui que nous cherchons à obtenir l’objet de nos requêtes, alors il y a de la puissance.

    Si donc nous voulons prier de la bonne manière, il nous faut avant tout veiller à ce que nous ayons réellement audience auprès de Dieu, que nous ayons réellement accès jusqu’en Sa présence même. Avant qu’un mot de requête ait été présenté, nous devons avoir nettement et vivement conscience que nous nous adressons à Dieu et croire qu’il prête l’oreille à notre requête et se dispose à nous accorder la chose que nous Lui demandons. Ceci n’est possible que par la puissance du Saint-Esprit: aussi est-ce au Saint-Esprit qu’il faut regarder pour nous conduire réellement dans la présence de Dieu, et ne point nous hâter d’ouvrir la bouche avant qu’Il nous ait effectivement conduits jusque là. 

    Un soir, un chrétien très actif vint à une petite réunion de prière que je dirigeais. Avant de nous agenouiller pour prier, je prononçai quelques mots dans le sens de ce oui précède, recommandant à tous ces amis de s’assurer avant de prier et pendant qu’ils prieraient, 

    qu’ils étaient réellement en la présence de Dieu, qu’ils avaient positivement à l’esprit la pensée de Dieu, leur recommandant enfin d’être plus occupés de Lui que de leurs requêtes. Quelques jours plus tard, je rencontrai ce même chrétien et il me dit que cette simple pensée avait entièrement renouvelé sa conception et son expérience de la prière. 

    Si donc nous voulons prier de la bonne manière, deux mots doivent pénétrer jusqu’au fond de nos coeurs: «à Dieu». 

    2.—Un second secret de la prière efficace est exprimé dans le même verset 5 du chapitre 12 des Actes, {Ac 12:5} par ces mots: «ne cessait». Une autre version rend «ne cessait d’adresser» par «faisait d’instantesprières». (D.). Ni l’une ni l’autre des deux traductions ne donne toute la force de l’expression grecque originale. Le mot signifie littéralement «d’une façon tendue à l’extrême». C’est un mot qui peint une attitude et qui est merveilleusement expressif. Il représente l’âme sous la tension d’un ardent et pressant désir. «Intensément» le traduirait peut-être plus exactement qu’aucun autre mot français. C’est le même terme qui, appliqué à notre Seigneur, a été traduit par «instamment» quand il est dit de Lui «Etant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang qui tombaient à terre». {Lu 22:44}

    Nous lisons dans Heb 5:7, que «dans les jours de sa chair», Christ «présenta des prières et des supplications avec de grands cris et avec larmes». Dans Ro 15:30, Paul exhorte les saints qui sont à Rome à combattre avec lui dans leurs prières. Et le mot traduit par «combattre» est celui qui s’appliquait aux jeux athlétiques anciens et à la lutte. En d’autres termes, la prière qui l’emporte auprès de Dieu est celle où nous faisons passer toute notre âme, tendue vers Dieu dans l’agonie d’un intense désir. Beaucoup de nos prières modernes sont vides de puissance parce que le coeur n’y est pas. Nous nous précipitons en la présence de Dieu, nous égrenons à la hâte une série de requêtes, nous nous relevons d’un bond et nous sortons. Au bout d’une heure, si quelqu’un nous demandait ce pour quoi nous avons prié, nous serions bien en peine de répondre... Si nous mettons si peu de coeur dans nos prières, nous ne pouvons attendre que Dieu mette beaucoup de coeur à y répondre. 

    On entend beaucoup parler de nos jours du repos de la foi, mais il est aussi une chose qui s’appelle le combat de la foi, dans la prière aussi bien que dans l’action. Ceux qui voudraient nous donner à entendre qu’ils ont atteint quelque sublime sommet de la foi sereine, pour cette simple raison qu’ils ignorent tout de l’agonie dans la lutte et dans la prière, ceux-là ont certainement dépassé leur Maître, et dépassé aussi les plus puissants vainqueurs pour Dieu par l’action et la prière, que l’Histoire chrétienne ait connus à travers les âges. Quand nous apprendrons à nous approcher de Dieu avec une intensité de désir telle qu’elle étreigne notre âme, alors nous ferons l’expérience d’une puissance dans la prière que beaucoup d’entre nous ignorent aujourd’hui. Mais comment atteindrons-nous cette ardeur dans la prière? 

    En nous évertuant à nous y élever par nos propres efforts?—Non!—La vraie méthode est mise en évidence dans Ro 8:26: «De même aussi, l’Esprit vient en aide à notre faiblesse. Car nous ne savons pas ce que nous devons demander, pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs inexprimables.» (VS.). L’ardeur que nous nous efforçons de produire dans l’énergie de la chair a un effet répulsif; mais l’ardeur produite en nous par la puissance du Saint-Esprit, au contraire, est agréable à Dieu. Nous dirons donc, une fois de plus, que si nous voulons prier de la bonne manière, il faut nous attendre à l’Esprit de Dieu pour nous enseigner à prier. 

    C’est ici qu’il convient de parler du jeûne. Il nous est dit que Daniel tourna sa face «vers le Seigneur Dieu, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre». {Da 9,5:3}Certains pensent que le jeûne était réservé à l’Ancienne Alliance; mais qu’on veuille bien lire Ac 14:23 et aussi Ac 13:2,3 et l’on verra qu’il était pratiqué par les hommes fervents des temps apostoliques. 

    Si nous voulons prier avec puissance, il faut joindre le jeûne à la prière. Cela ne veut pas dire, il va de soi, que nous devions jeûner chaque fois que nous prions; mais il est, dans notre travail comme dans notre vie privée, des moments critiques et des circonstances exceptionnelles, où des hommes véritablement fervents se refuseront même la satisfaction d’appétits naturels, satisfaction parfaitement justifiée en d’autres circonstances, pour pouvoir s’adonner entièrement à la prière. Il y a une puissance spéciale dans une telle façon de prier. Chaque événement important dans la vie ou dans le service devrait être affronté de cette manière. Il n’y a rien qui puisse plaire à Dieu dans le fait de renoncer dans un esprit purement pharisaïque et légaliste à des choses agréables. Mais il n’en est pas moins réel qu’il y a de la puissance dans cette authentique ferveur et dans cette ferme détermination à obtenir dans la prière les choses dont nous sentons impérieusement le besoin; cela nous amène à laisser de côté toutes choses, même les plus légitimes et les plus nécessaires en soi, afin de tourner notre face vers Dieu pour Le rencontrer et obtenir de Lui des bénédictions. 

    3.—Un troisième secret de la vraie manière de prier est révélé dans ce même verset du livre des Actes, {Ac 12:5} par ce mot: «l’Eglise». 

    L’union dans la prière s’accompagne de puissance. Il est vrai que la prière individuelle est puissante, mais la puissance est largement accrue lorsqu’il v a union dans la prière. Dieu trouve Ses délices dans l’unité de ceux qui forment Son peuple, et par tous les moyens cherche à insister sur ce point, aussi prononce-t-Il une bénédiction spéciale sur la prière de plusieurs faite dans l’unité. Nous lisons dans Mt 18:19: «Si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour quelque chose que ce soit qu’ils demanderont, cela leur sera fait par mon Père qui est dans les cieux.» (L.). Cette unité toutefois doit être réelle. Le passage qui vient d’être cité ne dit pas: Si deux d’entre vous s’accordent pour demander n’importe quoi, mais bien: si deux d’entre vous s’accordent pour quelque chose que ce soit qu’ils demandent. Deux personnes pourraient être d’accord pour demander une même chose, sans qu’il y eut pourtant entre elles un réel accord en ce qui concerne l’objet de leurs requêtes. L’une par exemple demanderait la chose parce qu’elle en a véritablement le désir, l’autre simplement pour faire plaisir à la première. Mais quand il y a accord réel, quand l’Esprit de Dieu amène deux croyants à une parfaite harmonie concernant ce qu’il leur arrive de demander à pieu, quand l’Esprit dépose sur deux coeurs un seul et même fardeau, il y a dans une telle prière, quelle qu’elle soit, une puissance absolument irrésistible. 

III- OBÉISSANCE ET PRIÈRE

    1.—Voici l’un des plus importants versets bibliques relatifs à la prière: «Quoique ce soit que nous demandions, nous le recevons de Lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable». {1Jn 3:22}

    Quelle déclaration stupéfiante! Jean dit positivement que quoi que ce fut qu’il demandât il l’obtenait. Combien parmi nous peuvent dire: «Je reçois tout ce que je demande»? Mais Jean nous explique pourquoi il en était ainsi: «parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable». En d’autres termes, quand on s’attend à ce que Dieu agisse comme on le lui demande, il faut, de son côté, faire tout ce que Dieu ordonne. Si nous prêtons une oreille attentive à tout ce que Dieu nous commande, Il prêtera une oreille attentive à toutes les demandes que nous Lui adresserons. Si, au contraire, nous faisons la sourde oreille à Ses préceptes, il est probable qu’il fera la sourde oreille à nos prières. Nous touchons là la cause secrète qui fait que bien des prières demeurent sans réponse. Nous ne sommes pas attentifs à la Parole de Dieu, aussi Dieu n’est-Il pas attentif à nos demandes. 

    Je m’entretenais un jour avec une femme qui, après avoir fait profession d’être chrétienne avait tout abandonné. Je lui demandai pourquoi elle n’était plus chrétienne. 

    -C’est que je ne crois plus à la Bible, répliqua-t-elle. 

    -Et pourquoi n’y croyez-vous plus? 

    -Parce que, ayant compté sur ses promesses, je les ai trouvées trompeuses. 

    -Lesquelles? 

    -Celles qui concernent la prière. 

    -Par exemple?... 

    -N’est-il pas dit: «Quoi que ce soit que vous demanderez en priant, si vous croyez, vous le recevrez»? 

    -En effet, il est dit quelque chose d’approchant. 

    -Eh bien! j’ai demandé en m’attendant pleinement à recevoir, et je n’ai rien reçu! 

    -La promesse vous était-elle adressée? 

    -Mais... certainement; n’est-elle pas faite à tous les chrétiens? 

    -Non, Dieu a soin de préciser quels sont ceux dont Il entend honorer les prières confiantes. 

    Je la renvoyai à 1Jn 3:22, et lus la description de ceux dont les prières ont de la puissance auprès de Dieu. 

    «Voyons, ajoutai-je, gardiez-vous ses commandements et faisiez-vous ce qui Lui est agréable?». 

    Elle reconnut franchement qu’elle n’en faisait rien et convint bientôt que ce n’étaient pas les promesses de Dieu qui étaient en défaut, mais elle-même. C’est là le point sensible aujourd’hui dans de nombreux cas de prières inexaucées: celui qui les présente n’est pas obéissant.

    Si nous voulons être puissants dans la prière, nous devons étudier sérieusement la Parole de Dieu pour découvrir quelle est Sa volonté à notre égard et, quand nous l’aurons trouvée, l’accomplir. Une seule désobéissance non vouée de notre part fermera l’oreille de Dieu beaucoup de requêtes. 

    2.—Mais ce passage va plus loin que le fait de garder seulement les commandements de Dieu. Jean nous dit que nous devons faire ce qui Lui est agréable.

    Il y a beaucoup de choses qu’il serait agréable à Dieu de nous voir faire sans qu’il tous les ait expressément commandées. Un enfant fidèle et bon ne se contente pas de dire simplement les choses que son père lui commande expressément. Il s’applique à connaître, la volonté de son père et s’il pense à une chose qu’il pourrait faire pour plaire à son père, il la fait joyeusement, bien que son père ne lui ait jamais donné aucun ordre particulier à ce sujet. Il en est de même du véritable enfant de Dieu. Il ne s’inquiète pas simplement de savoir si telle chose est commandée ou telle autre défendue; il s’applique à connaître en toutes choses la Volonté de son Père. 

    Beaucoup de chrétiens aujourd’hui font des choses qui ne sont pas agréables à Dieu et n’en accomplissent point d’autres qui Lui seraient agréables. Quand vous leur parlez de ces choses ils vous opposent immédiatement la question: «Y a-t-il dans la Bible quelque commandement qui interdise cela?». Et si vous ne pouvez pas leur montrer quelque verset où la chose en question soit clairement défendue, ils pensent n’être nullement tenus de l’abandonner; mais un véritable enfant de Dieu n’exige pas un commandement spécial. Si nous nous appliquons à rechercher et à pratiquer ce qui est agréable à Dieu, Il s’appliquera à accomplir les choses qui nous sont agréables. Cela aussi nous explique pourquoi bien des prières restent sans exaucement: nous ne faisons pas de la connaissance de ce qui serait agréable à notre Père la grande affaire de notre vie, et pour cette raison nos prières demeurent sans réponse. 

    Prenons pour exemple de questions constamment soulevées le fait d’aller au spectacle, de danser et l’usage du tabac. Beaucoup de ceux qui se permettent ces choses vous demanderont d’un air triomphant, si vous parlez contre elles: «La Bible dit-elle: Tu n’iras pas au spectacle?». «La Bible dit-elle: Tu ne danseras pas?». «La Bible dit-elle: Tu ne fumeras point?». Là n’est pas la question, mais plutôt: «Notre Père céleste est-Il vraiment satisfait quand Il voit un de ses enfants aller au spectacle, danser ou fumer?». C’est une question que chacun doit trancher pour lui-même dans un esprit de prière et en recherchant la lumière du Saint-Esprit. Beaucoup demandent: «Quel mal y a-t-il à ces choses?». Il n’entre pas dans notre intention de traiter cette question à fond mais, sans aucun doute le mal est, dans bien des cas, qu’elles privent nos prières de puissance. 

    3.—Avec sincérité. Le verset 18 du Psaume 145 projette une abondante lumière sur la question de savoir comment il faut prier: «L’Eternel est près de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent avec sincérité». {Ps 145:18} La prière à laquelle Dieu répond est la prière vraie, la prière qui demande une chose sincèrement désirée. 

    Beaucoup de prières sont dépourvues de sincérité. Les gens demandent des choses qu’ils ne désirent pas. Plus d’une femme prie pour la conversion de son mari alors qu’elle ne désire pas vraiment que son mari soit converti. Elle croit le désirer, mais si elle savait ce qu’impliquerait la conversion de son mari, comment cela nécessiterait un complet bouleversement de sa manière de traiter les affaires et comment, par conséquent, cela réduirait leurs revenus et rendrait nécessaire un complet changement de leur mode de vie, la vraie prière de son coeur serait, si elle était sincère avec Dieu: 

    «O Dieu, ne convertis pas mon mari!» 

    Elle ne désire pas sa conversion à un aussi grand prix. 

    Plus d’une église qui prie pour un réveil ne le désire pas vraiment. Ses membres croient le désirer car, à leurs yeux, un réveil signifie un accroissement du nombre des membres, une augmentation des offrandes, une plus grande renommée parmi les églises; mais s’ils savaient ce qu’est un vrai réveil, combien les chrétiens professants seraient amenés à sonder leur propre coeur, quelle transformation radicale de la vie individuelle, domestique et sociale il impliquerait, et bien d’autres choses qui ne manqueraient pas de se produire si l’Esprit de Dieu était réellement répandu avec puissance; si tout ceci était connu, le véritable cri de l’église serait: 

    «O Dieu, garde-nous d’avoir un réveil!». 

    Plus d’un serviteur de Dieu demande le baptême du Saint-Esprit et ne le désire pas vraiment. Il croit le désirer parce que le baptême du Saint-Esprit signifie pour lui une joie nouvelle, une nouvelle puissance pour prêcher la Parole, une plus grande renommée parmi les hommes, une autorité plus élevée dans l’Eglise du Christ. Mais s’il comprenait ce qu’un baptême du Saint-Esprit implique réellement, s’il comprenait, par exemple que cela le conduirait nécessairement à l’antagonisme avec le monde et avec les chrétiens non spirituels, qu’à cause de ce baptême son nom serait «rejeté comme infâme», que cela pourrait l’obliger à quitter une bonne vie confortable pour aller travailler dans les bas-fonds ou même dans quelque pays lointain, s’il comprenait tout cela sa prière serait, très probablement, s’il devait exprimer le véritable désir de son coeur: 

    «O Dieu, garde moi d’être baptisé du Saint-Esprit!». 

    Mais quand nous en venons au point où nous désirons vraiment la conversion de nos amis à tout prix, l’effusion du Saint-Esprit quoi qu’elle puisse comporter, le baptême du Saint-Esprit quoi qu’il puisse advenir, quand nous désirons, quelque chose «avec sincérité» et que nous crions à Dieu pour cette chose «avec sincérité», alors certainement Dieu nous exaucera. 

 

IV- PRIER AU NOM DE CHRIST ET EN ACCORD AVEC LA VOLONTÉ DE DIEU

    1.—Dans la nuit qui précéda sa crucifixion, Jésus dit à ses disciples une parole merveilleuse, concernant la prière: «Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.». {Jn 14:13-14}

    La prière au nom de Christ est puissante auprès de Dieu. Dieu prend plaisir en son Fils Jésus-Christ. Il l’écoute toujours et Il écoute toujours aussi la prière qui Lui est réellement adressée en Son nom. Il y a dans le nom de Christ un parfum qui rend agréable à Dieu toute prière qui s’en réclame. 

    Mais qu’est-ce donc que prier au nom de Christ? 

    On a tenté bien des explications qui, pour la plupart des gens, n’expliquent rien. Pourtant, il n’y a rien de mystique ni de mystérieux dans cette expression. Si l’on veut bien parcourir la Bible et examiner tous les passages dans lesquels l’expression «en mon nom» ou «en son nom» ou des expressions synonymes sont employées, on trouvera qu’elles ont un sens qui est très sensiblement celui de l’usage courant. Si je vais à la banque présenter un chèque portant ma signature, j’en demande le paiement en mon propre nom. Si j’ai de l’argent déposé dans cette banque, le chèque sera honoré, sinon il ne le sera pas. Si, par contre, je vais à la banque muni d’un chèque signé par une autre personne, c’est en son nom que je demande, et il n’importe point que moi j’aie de l’argent dans cette banque ou dans quelque autre; pourvu que la personne qui a signé le chèque ait de l’argent déposé là, le chèque sera honoré. 

    Si, par exemple, j’allais à la First National Bank de Chicago présenter un chèque de 50 dollars que j’aurais signé, le caissier me dirait: 

    «Mais, M. Torrey, nous ne pouvons payer cela, vous n’avez point d’argent déposé ici.» 

    Mais si j’allais à la First National Bank avec un chèque de 5.000 dollars payable à mon nom et signé par un des plus gros déposants de cette banque, on ne me demanderait nullement si j’ai de l’argent dans cette banque ou dans quelque autre, mais on honorerait le chèque immédiatement. 

    Il en est de même quand je vais à la banque du ciel, quand je vais à Dieu dans la prière. Je n’ai là aucun dépôt. Je n’y ai absolument aucun crédit, et si je me présente en mon propre nom, je n’obtiendrai absolument rien; mais Jésus-Christ a, au ciel, un crédit illimité et Il m’a accordé le privilège d’aller à cette banque avec des chèques signés de son nom; si donc de me présente de la sorte, mes prières seront honorées sans aucune limitation. 

    Prier au nom de Christ, c’est donc prier en me fondant non sur mon crédit mais sur le Sien, c’est renoncer à la pensée que j’aie un droit quelconque à faire valoir auprès de Dieu et m’approcher de Lui en me fondant sur les droits de Christ. Prier au nom de Christ ce n’est pas simplement ajouter à ma prière la formule «Je demande ces choses au nom de Jésus». Je puis mettre ces mots dans ma prière et cependant me reposer en réalité sur mes propres mérites. Au contraire, je puis omettre cette formule sans pour autant cesser de me reposer réellement sur les mérites de Christ. Mais quand je m’approche vraiment de Dieu, en me fondant non sur mes propres mérites mais sur ceux de Christ, non sur mes qualités mais sur le sang de l’expiation, {Heb 10:19} Dieu m’écoutera. Beaucoup de prières aujourd’hui sont vaines parce que les hommes s’approchent de Dieu en s’imaginant qu’ils ont sur Lui quelque droit qui L’obligerait à exaucer leurs prières. 

    Voici plusieurs années, alors que Mr. Moody débutait dans l’oeuvre de Christ, il visitait une ville de l’Illinois. Il y avait dans la ville un juge incrédule. La femme de ce juge supplia Mr. Moody de rendre visite à son mari, mais celui-ci répondit: 

    -Je ne puis pas tenir une conversation avec votre mari; je ne suis qu’un jeune chrétien sans instruction et votre mari est un incrédule lettré. 

    Mais elle n’était pas femme à s’accommoder d’un refus et Mr. Moody fit la visite. Les clercs ricanèrent en voyant le jeune vendeur de Chicago entrer dans le bureau pour parler au juge érudit. 

    La conversation fut courte. Mr. Moody dit: 

    -Monsieur le Juge, je ne puis tenir une conversation avec vous; vous êtes un incrédule lettré et je n’ai pas d’instruction. Mais je veux simplement vous dire que, si jamais vous vous convertissez, je demande que vous me le fassiez savoir. 

    Le juge répondit: «C’est entendu, jeune homme! Si jamais je me convertis, je vous en informerai, je vous le promets». 

    La conversation finit là. Les clercs ricanèrent encore plus fort quand le jeune chrétien zélé quitta le bureau, mais le juge fut converti dans l’année. Mr. Moody, visitant à nouveau la ville demanda au juge de lui expliquer comment cela s’était produit. Le juge dit: 

    «Un soir, tandis que ma femme était à une réunion de prière, je commençai à me sentir mal à l’aise et malheureux. Je ne savais pas ce que j’avais, mais finalement je me retirai dans ma chambre avant le retour de ma femme. Je ne pus dormir cette nuit-là. Je me levai tôt le lendemain, dis à ma femme que je ne prendrais point de petit déjeuner et descendis au bureau. Je donnai congé aux clercs et m’enfermai dans mon bureau privé. Je me sentais de plus en plus malheureux et finalement je tombai à genoux et demandai à Dieu de pardonner mes péchés mais je ne voulais pas dire «au nom de Jésus» car j’étais unitaire {1} et je ne croyais pas à l’expiation. Je continuai à prier: «O Dieu, pardonne mes péchés», mais sans recevoir aucune réponse. A la fin, désespéré, je criai: «O Dieu, au nom de Jésus, pardonne mes péchés» et aussitôt de trouvai la paix.» 

    Le juge n’eût aucun accès auprès de Dieu jusqu’à ce qu’il s’approchât au nom de Christ, mais dès qu’il le fit il fut entendu et exaucé. 

    2.—L’apôtre Jean projette une grande lumière sur ce sujet: «Comment prier» par ces paroles: «Nous avons auprès de Lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon Sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quelque chose que nous demandions nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée.». {1Jn 5:14-15}

    Ce passage nous enseigne clairement que pour prier de la bonne manière, nous devons prier selon la volonté de Dieu. Alors sans aucun doute, nous obtiendrons la chose que nous Lui demandons. 

    Mais pouvons-nous connaître la volonté de Dieu? Pouvons-nous savoir si une quelconque prière particulière est conforme à Sa volonté?

    Nous le pouvons certainement. 

    Comment?

    1.—D’abord par la Parole. Dieu a révélé Sa volonté dans Sa Parole. Si une chose quelconque fait l’objet d’une promesse précise dans la Parole de Dieu, nous savons que c’est Sa volonté de l’accorder. Si donc, quand je prie, je puis trouver quelque promesse précise de la Parole de Dieu et placer cette promesse devant Lui, je sais qu’il m’entend et, si je sais qu’il m’entend, je sais que je possède la chose que je Lui ai demandée. Par exemple, si je prie pour obtenir de la sagesse, je sais que c’est la volonté de Dieu de me donner de la sagesse, car Il le dit en Jacques: {Jas 1:5} «Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée». Ainsi donc quand je demande de la sagesse, je sais que la prière est entendue et que cette sagesse me sera donnée. De même, quand je prie pour obtenir le Saint-Esprit, je sais d’après Lu 11:13, que c’est la volonté de Dieu, que ma prière est entendue et que j’ai reçu l’objet de ma requête. «Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent.» 

    Il y a quelques années, un serviteur de Dieu vint à moi à la fin d’un message sur la prière donné dans une Union Chrétienne de Jeunes Gens et me dit: 

    -Vous avez donné à ces jeunes gens l’impression qu’ils peuvent demander, des choses précises et obtenir les choses mêmes qu’ils demandent. 

    -Je ne sais, répondis-je, si c’est bien là l’impression que j’ai produite, mais c’est certainement celle que j’ai voulu produire. 

    -Mais, reprit-il, cela n’est pas exact. Nous ne pouvons pas être sûrs, car nous ne connaissons pas la volonté de Dieu. 

    Je le renvoyai immédiatement à Jas 1:5. Je lus et lui dis: «N’est-ce pas la volonté de Dieu de nous donner de la sagesse et si vous demandez de la sagesse, ne savez-vous pas que vous allez l’obtenir? 

    -Ah! dit-il, nous ignorons ce qu’est la sagesse.

    -Evidemment, répondis-je, si nous le savions, nous n’aurions pas besoin de la demander mais quoiqu’elle puisse être, ne savez-vous pas que vous l’obtiendrez? 

    C’est certainement notre privilège de pouvoir connaître la Volonté de Dieu et quand nous avons une promesse précise dans la Parole de Dieu, si nous doutons que telle soit la volonté de Dieu ou si nous doutons que Dieu veuille faire la chose que nous demandons, nous faisons Dieu menteur. 

    Voici l’un des plus grands secrets de la prière victorieuse: étudier les Ecritures pour trouver ce qu’est la volonté de Dieu telle qu’elle s’y trouve révélée par Ses promesses et puis, tout simplement, saisir ces promesses et les déployer devant Dieu dans la prière, comptant d’une manière absolument inébranlable qu’il fera ce qu’il a promis dans Sa Parole. 

    2.—Mais il y a encore un autre moyen de connaître la volonté de Dieu et c’est par l’enseignement de Son Saint-Esprit. Nous avons besoin de beaucoup de choses qu’il nous faut recevoir de Dieu et qui ne sont couvertes par aucune promesse spéciale mais, même dans ce cas, nous ne sommes pas laissés dans l’ignorance de la volonté de Dieu. Dans Ro 8:26-27, il nous est dit: «De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les coeurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu. qu’il intercède en faveur des Saints». Il nous est clairement dit ici que l’Esprit de Dieu prie en nous, suscite notre prière dans le sens de la volonté de Dieu. Quand nous sommes ainsi conduits par l’Esprit de Dieu dans une direction quelconque, à prier pour quelque objet donné, nous pouvons le faire, pleinement assurés que c’est la volonté de Dieu et que nous allons obtenir la chose même que nous lui demandons, bien qu’il n’y ait aucune promesse spéciale qui couvre ce cas. Souvent Dieu nous charge, par Son Esprit, d’un lourd fardeau de prière pour une certaine personne. Nous n’avons point de repos, nous prions pour elle avec des soupirs inexprimables. Il se peut que la personne soit tout à fait hors de notre portée, mais Dieu entend la prière et dans bien des cas il ne s’écoule pas longtemps avant que nous apprenions qu’elle est effectivement convertie. 

    Ce passage de 1Jn 5:14-15: «Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quelque chose que nous demandions., nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée», est, de toute la Bible, l’un de ceux dont a fait le plus mauvais usage. C’est sans aucun doute pour encourager notre foi que le Saint-Esprit l’a placé dans la Bible. Il commence par: «Nous avons auprès de lui cette assurance...» et s’achève sur: «nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée»; mais on emploie souvent, pour introduire un élément d’incertitude dans nos prières, ce passage si manifestement donné pour engendrer l’assurance. Fréquemment, quand quelqu’un commence à prier avec une assurance croissante, quelque frère prudent vient lui dire: «Allons, ne soyez pas trop assuré. Si c’est la volonté de Dieu Il le fera. Mais vous devriez ajouter à votre demande: «Si c’est Ta volonté». 

    Sans doute il arrive souvent que nous ne connaissions pas la volonté de Dieu et dans toute prière la soumission à la volonté parfaite de Dieu devrait être sous-entendue; mais quand nous connaissons la volonté de Dieu il ne doit plus y avoir de «si». Ce passage n’a pas été placé dans la Bible pour que nous introduisions des «si» dans nos prières, mais pour que nous les jetions tous au vent, pour que nous ayons de «l’assurance» et que nous «sachions» que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. 

{1} L’Unitarianisme ou Socinianisme nie la divinité de Jésus-Christ. 

V- PRIER PAR L’ESPRIT

    1.—A de multiples reprises dans ce qui précède, nous avons pu constater que nous dépendons du Saint-Esprit dans la prière. Ceci ressort avec une grande netteté dans Eph 6:18: «Priant en tout temps par l’Espritpar toutes sortes de prières et de supplications». Et dans Jude 1:20: «Priant par le Saint-Esprit». Effectivement, tout le secret de la prière réside dans ces mots: «par l’Esprit». La prière que Dieu le Père exauce, c’est celle que Dieu le Saint-Esprit a inspirée. 

    Les disciples ne savaient pas comment prier. Aussi vinrent-ils demander à Jésus: «Seigneur, enseigne-nous à prier». Nous non plus, nous ne savons pas comment il faut prier, niais nous avons aussi un Maître et un Guide tout près de nous pour nous aider. {Jn 14:16-17} «L’Esprit nous aide dans notre faiblesse». {Ro 8:26} Il nous enseigne comment prier. La vraie prière est la prière par l’Esprit, c’est-à-dire la prière que l’Esprit inspire et dirige. Quand nous nous plaçons dans la présence de Dieu, il faudrait que nous reconnaissions «notre faiblesse», notre ignorance des sujets à présenter dans la prière et de la manière de les présenter. Conscients alors de notre incapacité à prier comme il faut, nous devrions élever nos pensées vers le Saint-Esprit, nous reposant pleinement sur Lui pour diriger nos prières, orienter nos désirs et en guider l’expression. 

    Rien n’est plus insensé, quand nous prions que de nous précipiter étourdiment dans la présence de Dieu pour demander la première chose qui nous vient à l’esprit, ou pour laquelle quelque ami irréfléchi nous a demandé de prier. Quand nous entrons dans la présence de Dieu, nous devrions tout d’abord garder le silence devant Lui. Nous devrions regarder à Lui pour qu’il nous envoie son Saint-Esprit afin de nous enseigner comment prier. Il nous faut attendre le Saint-Esprit, nous soumettre à l’Esprit, alors seulement nous prierons de la bonne manière. Fréquemment, quand nous venons à Dieu dans la prière, nous ne nous sentons pas disposés à prier. Que faire en pareil cas? Cesser de prier jusqu’à ce qu’on s’y sente disposé?—Point du tout! C’est précisément quand nous nous sentons le moins disposés à prier que nous en avons le plus besoin. Nous devrions nous tenir en paix devant Dieu et Lui dire combien nos coeurs sont froids et vides de prière, regarder à Lui, lui faire confiance et attendre de Lui qu’il envoie son Saint-Esprit pour réchauffer nos coeurs et les élever dans la prière. Il ne faudra pas longtemps pour que l’ardeur de la présence du Saint-Esprit remplisse nos coeurs et pour que nous commencions à prier librement, d’une manière directe, fervente et puissante. Beaucoup des moments de prière les plus bénis que j’aie jamais connus ont commencé dans un sentiment profond de mort spirituelle et une absence complète d’esprit de prière. Mais dans mon impuissance et ma froideur, je me suis abandonné à Dieu, j’ai regardé à Lui pour qu’il m’envoie son Saint-Esprit afin de m’enseigner à prier et Il l’a fait. 

    Quand nous prions par l’Esprit, nous demandons ce qui convient et comme il convient. Il y aura joie et puissance dans notre prière. 

    2.—Pour prier avec puissance, il nous faut prier avec foi. Jésus dit: «C’est pourquoi je vous dis: tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir». {Mr 11:24}Quelque positive que soit une promesse de la Parole de Dieu nous n’aurons la joie d’expérimenter effectivement son accomplissement que si nous nous attendons avec confiance à l’exaucement de notre prière. «Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, dit Jacques, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée». Cette promesse est aussi formelle qu’une promesse peut l’être, néanmoins le verset suivant ajoute: «Mais qu’il la demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur». {Jas 1:5-7} Il faut qu’il y ait donc une attente confiante et imperturbable. Mais il y a une foi qui va plus loin que l’attente, qui croit que la prière est entendue et la promesse accomplie. C’est ce qui ressort du verset déjà cité: «C’est pourquoi je vous dis: tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir». 

    Mais comment acquérir une telle foi? 

    Disons avec la dernière énergie que ce ne peut être en s’y évertuant. Plus d’un ayant lu cette promesse faite à la prière de la foi, demande les choses qu’il désire et essaye de se persuader que Dieu a entendu la prière. Ceci ne peut amener que désappointement car ce n’est pas la foi réelle et la chose n’est pas accordée. C’est sur ce point qu’en essayant de produire la foi par un effort de leur volonté bien des gens provoquent au contraire l’effondrement de leur foi. La chose qu’ils s’étaient efforcés d’attendre avec foi ne leur étant pas donnée, le fondement même de leur foi s’en trouve le plus souvent sapé. 

    Mais alors, comment vient la vraie foi? 

    Ro 10:17, répond à cette question: «Ainsi la foi vient de ce qu’on entend et ce qu’on entend vient de la Parole de Dieu». Pour avoir une foi véritable, nous devons étudier la Parole de Dieu, découvrir ce qui y est promis puis, tout simplement croire aux promesses de Dieu. La foi doit être couverte par une garantie. Essayer de croire quelque chose parce qu’on veut y croire n’est pas de la foi, mais croire ce que Dieu dit dans Sa Parole, voilà la foi. Si je veux avoir de la foi en priant, il faut que je trouve quelque promesse dans la Parole de Dieu sur laquelle ma foi puisse reposer. La foi en outre vient par l’Esprit. 

    L’Esprit connaît la volonté de Dieu et si je prie par l’Esprit et compte sur l’Esprit pour m’enseigner la volonté de Dieu, Il me conduira dans la prière selon Sa volonté et me donnera l’assurance que la prière va être exaucée. Mais en aucun cas la foi véritable ne vient de ce que nous avons simplement décidé que nous allons obtenir la chose désirée. S’il n’y a ni promesse dans la Parole de Dieu, ni indication claire de l’Esprit, il ne peut y avoir aucune foi véritable et on ne devrait jamais se reprocher de manquer de foi en pareil cas. Mais si la chose désirée est promise dans la Parole de Dieu et que nous doutions, nous avons tout lieu de nous condamner à cause de notre manque de foi. Car nous faisons Dieu menteur en doutant de sa Parole. 

VI- TOUJOURS PRIER ET NE POINT SE RELÂCHER

    Par deux paraboles de l’Evangile de Luc, Jésus enseigne avec beaucoup de force cette leçon que les hommes doivent toujours prier et ne point se relâcher. La première se trouve en Lu 11:5-8, et l’autre en Lu 18:1-8

    «Il leur dit encore: Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire: Ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir, et si, de l’intérieur de sa maison, cet ami lui répond: Ne m’importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains,—je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin.». {Lu 11:5-8}

    «Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Il dit: Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?». {Lu 18:1-8} Dans la première de ces deux paraboles Jésus expose d’une façon saisissante la nécessité de prier jusqu’à l’importunité. Le mot rendu par «importunité» signifie littéralement «effronterie», comme si Jésus avait voulu nous faire comprendre que Dieu voudrait nous voir approcher de Lui avec une résolution si ferme d’obtenir les choses désirées qu’aucun refus ni retard apparents de Sa part ne puisse changer notre assurance en confusion. Dieu se réjouit de la sainte audace de ceux qui ne s’accommodent point d’un refus. C’est là l’expression d’une grande foi et rien n’est plus agréable à Dieu que la foi. 

    Il semble presque que Jésus ait repoussé la femme syrophénicienne avec rudesse, mais elle ne voulut pas se laisser repousser, aussi Jésus considéra-t-il son audacieuse importunité avec plaisir et Il lui dit: «Femme, ta foi est grande; qu’il te soit fait comme tu veux». {Mt 15:28} Dieu ne nous laisse pas toujours obtenir les choses dès notre premier effort. Il veut nous exercer et faire de nous des hommes solides en nous obligeant à travailler dur pour ce qu’il y a de meilleur. De même Il n’exauce pas toujours notre prière dès là première demande. 

    Il veut nous exercer et faire de nous des hommes de prière solides en nous obligeant à prier dur pour ce qu’il y a de meilleur. Il nous fait prier jusqu’au bout (anglais: pray through).

    Je suis heureux qu’il en soit ainsi. On ne peut être exercé à la prière d’une façon plus bénie qu’en étant contraint à redemander encore et toujours, même au cours de nombreuses années avant d’obtenir ce que l’on recherche auprès de Dieu. Quand Dieu ne leur accorde pas l’objet de leur requête à la première ou à la seconde prière, bien des gens disent: «Eh bien! ce n’est peut-être pas la volonté de Dieu», et ils appellent cela de la soumission! 

    En règle générale, ce n’est pas de la soumission, c’est de la paresse spirituelle. Dans le domaine de l’action, quand nous abandonnons après avoir fait un ou deux efforts pour obtenir quelque chose, nous n’appelons pas cela de la soumission à la volonté de Dieu, mais de la faiblesse de caractère. Quand un homme d’action énergique entreprend quelque chose, s’il ne réussit pas à la première, la seconde ou la centième fois, il continue à frapper à coups redoublés jusqu’à ce qu’il ait réussi; de même l’homme de prière énergique, quand il entreprend de prier pour quelque chose, continue à prier jusqu’au bout (until he prays it through) et obtient ce qu’il recherche. Nous devrions prendre bien garde à ce que nous demandons à Dieu, mais quand nous commençons à prier pour quelque chose, nous ne devrions jamais cesser de prier pour cette chose avant de l’avoir obtenue ou avant que Dieu nous ait montré très clairement et très nettement que ce n’est pas Sa volonté de nous l’accorder. 

    Certains voudraient nous faire croire que prier deux fois pour la même chose dénote l’incrédulité, que nous devons «la saisir» dès la première demande. Certes, il arrive que nous soyons capables, par la foi en la Parole de Dieu ou en la direction du Saint-Esprit, de revendiquer dès la première fois ce que nous avons demandé à Dieu; mais, incontestablement, il arrive aussi que nous devions prier à de multiples reprises pour une même chose avant d’obtenir notre exaucement. Ceux qui ne vont jamais jusqu’à prier deux fois pour une même chose ont dépassé leur Maître. {Mt 26:44} George Müller pria quotidiennement pour deux hommes pendant plus de soixante ans. L’un d’eux fut converti peu avant la mort de George Müller—c’était, je crois, à la dernière réunion qu’il tint—l’autre fut converti moins d’un an après. On a grand besoin à l’heure présente, d’hommes et de femmes qui ne se contentent pas de commencer à prier, mais qui continuent à prier, prier, prier jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils attendent du Seigneur. 

VII- DEMEURER EN CHRIST

    «Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé». {Jn 15,5:7} Tout le secret de la prière se trouve dans ces paroles de notre Seigneur. Voici la prière qui dispose d’un pouvoir illimité: «Demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé». 

    Il y a donc un moyen de demander et d’obtenir exactement ce que l’on demande et tout ce que l’on demande. Christ pose deux conditions à cette prière toute puissante: 

    1° La première condition est: «Si vous demeurez en moi»

    Qu’est-ce que demeurer en Christ? 

    Quelques-unes des explications données sont si profondes et si mystiques que, pour beaucoup d’enfants de Dieu à l’esprit simple, elles ne signifient pratiquement rien; pourtant ce que Jésus voulait dire était en réalité très simple. 

    Il venait de se comparer à une vigne et ses disciples à des sarments. Quelques sarments restent attachés à la vigne, c’est-à-dire demeurent dans une vivante union avec elle, de sorte que la sève ou la vie de la vigne afflue constamment dans ces sarments. Ils n’ont aucune vie indépendante qui leur soit propre. 

    Tout en eux est simplement le produit de la vie de la vigne qui s’écoule en eux. Les bourgeons, les feuilles, les fleurs, les fruits qu’ils portent ne sont pas vraiment leurs bourgeons, leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits mais ce sont ceux de la vigne. D’autres sarments sont complètement séparés de la vigne, ou bien le cours de la sève ou vie de cette vigne est, de quelque manière, arrêté en eux. En ce qui nous concerne maintenant, demeurer en Christ c’est conserver avec Lui une relation semblable à celle de la première sorte de sarments avec la vigne; demeurer en Christ c’est, autrement dit, renoncer à toute vie indépendante qui nous soit propre, cesser d’essayer de penser nos pensées propres, de former nos propres résolutions, de cultiver nos propres sentiments, pour simplement et ‘constamment regarder à Christ qui pensera en nous Ses pensées, formera en nous Ses desseins, éprouvera en nous Ses émotions et Ses affections. C’est renoncer à toute vie indépendante de Christ et s’attendre à Lui constamment pour qu’il nous infuse Sa vie et la manifeste à travers nous. Quand nous faisons cela, et dans la mesure où nous le faisons, nos prières obtiendront ce que nous attendons de Dieu. 

    Il ne peut en être autrement car nos désirs ne seront plus alors nos propres désirs mais ceux de Christ et nos prières ne seront plus en réalité nos propres prières mais celles de Christ priant en nous. De telles prières seront toujours en harmonie avec la volonté de Dieu et le Père exauce toujours le Fils. Quand nos prières échouent, c’est parce qu’elles sont effectivement nos prières. Nous avons conçu le désir, établi la demande par nous-mêmes au lieu de nous attendre à Christ afin qu’il prie par nous. 

    Dire qu’il nous faut demeurer en Christ dans toutes nos prières, nous attendre à Christ pour qu’il prie par nous plutôt que prier nous-mêmes revient simplement à dire que nous devons prier «par l’Esprit». Quand nous demeurons ainsi en Christ, nos pensées ne sont pas nos propres pensées mais les Siennes, notre fruit n’est pas notre propre fruit mais le Sien; exactement comme les bourgeons, les feuilles, les fleurs et les fruits du sarment qui demeure sur la vigne ne sont pas ceux du sarment mais ceux de la vigne elle-même dont la vie s’écoule dans le sarment et se manifeste par ces bourgeons, ces feuilles, ces fleurs et ces fruits. 

    Pour demeurer en Christ, il faut évidemment être déjà en Christ, l’ayant accepté comme le Sauveur dont l’expiation nous a rachetés de la culpabilité du péché et dont la résurrection nous a délivrés de la puissance du péché, et qui règne maintenant en Seigneur et Maître sur toute notre vie. Etant en Christ, tout ce que nous avons à faire pour demeurer (ou rester) en Christ consiste seulement à renoncer à notre vie propre, en renonçant absolument à toute pensée, tout dessein, tout désir, toute affection venant de nous-mêmes et en regardant seulement jour après jour et heure après heure à Jésus-Christ pour qu’il forme en nous ses pensées, ses desseins, ses affections et ses désirs. Demeurer en Christ est vraiment une chose très simple bien que ce soit une vie merveilleusement privilégiée et puissante. 

    2.—Mais il est une autre condition mentionnée dans ce verset, quoiqu’elle soit en réalité contenue dans la première, c’est: «et que mes paroles demeurent en vous»

    Si nous voulons obtenir de Dieu tout ce que nous Lui demandons, les paroles de Christ doivent demeurer ou rester en nous. Nous devons étudier Ses paroles, bel et bien les dévorer, les laisser s’enfoncer dans notre pensée et dans notre coeur, les garder dans notre mémoire, leur obéir constamment dans notre vie, les laisser façonner et modeler notre vie de chaque jour et jusqu’au moindre de nos actes. 

    C’est vraiment là le moyen de demeurer en Christ. C’est par Ses paroles que Jésus se communique Lui-même à nous. Les paroles qu’il nous dit sont Esprit et Vie. {Jn 6:63} Il est vain d’espérer être puissant en prière à moins de méditer beaucoup sur les paroles de Christ et de les laisser s’enfoncer profondément dans nos coeurs pour y trouver leur demeure. Beaucoup s’étonnent d’être si impuissants dans la prière, mais tout s’explique très simplement par leur négligence des paroles de Christ. Ils n’ont pas serré Ses paroles dans leur coeur; Ses paroles ne demeurent pas en eux. Ce n’est pas par des accès de méditation mystique ou d’expériences extatiques que nous apprenons à demeurer en Christ; c’est en nous nourrissant de Sa parole, de Sa parole écrite telle que nous la trouvons dans la Bible, et en regardant au Saint-Esprit pour qu’il implante ces mots dans nos coeurs et les y fasse vivre. Si nous laissons ainsi les paroles de Christ demeurer en nous, elles nous pousseront à la prière. Elles seront le moule dans lequel nos prières prendront forme et nos prières seront nécessairement selon la ligne de la volonté de Dieu et prévaudront auprès de Lui. Mais il est presque impossible de prier de cette manière quand on néglige l’étude de la Parole de Dieu. 

    Une simple étude intellectuelle de la Parole de Dieu n’est pas suffisante. Il faut qu’elle soit méditée, tournée et retournée dans notre esprit en regardant constamment à Dieu pour que, par son Esprit, Il la rende vivante dans nos coeurs. La prière née dans la méditation de la Parole de Dieu est celle qui s’élance le plus aisément vers l’oreille attentive de Dieu. 

    George Müller, l’un des plus puissants hommes de prière de la génération présente commençait, quand venait l’heure de la prière, par lire et méditer la Parole de Dieu jusqu’à ce que, de l’étude de la Parole, une prière commençât à se former dans son coeur. Ainsi Dieu Lui-même était le véritable auteur de la prière et Dieu répondait à la prière qu’il avait Lui-même inspirée. 

    La Parole de Dieu est l’instrument au moyen duquel agit le Saint-Esprit. Elle est l’épée de l’Esprit à bien des points de vue. Celui qui veut expérimenter l’oeuvre du Saint-Esprit dans une quelconque direction doit se nourrir de la Parole. Celui qui veut prier par l’Esprit doit longuement méditer la Parole afin que le Saint-Esprit dispose du moyen approprié pour agir. C’est par la Parole que le Saint-Esprit forme en nous Ses prières et la négligence de la Parole rend impossible la prière par le Saint-Esprit. Si nous alimentions le feu de nos prières de ce combustible qu’est la Parole de Dieu, toutes nos difficultés dans la prière disparaîtraient. 

VIII- PRIER AVEC ACTIONS DE GRÂCES

    Il y a, dans l’enseignement relatif à la prière que Paul nous donne en Php 4:6-7, une expression à laquelle on ne prend pas assez garde: «Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ». Cette expression importante, si souvent négligée est: «avec des actions de grâces». 

    Quand nous nous approchons de Dieu pour solliciter de nouvelles bénédictions, nous ne devrions jamais oublier de remercier pour les bénédictions qui nous ont déjà été accordées. Si l’un quelconque d’entre nous s’arrêtait à considérer le grand nombre de fois où Dieu a répondu à sa prière et la rareté des cas où il est revenu à Dieu pour Lui rendre grâces des exaucements ainsi accordés, je suis sûr qu’il serait écrasé de honte. Il nous faut être aussi précis en rendant grâces que nous le sommes en priant. Nous venons à Dieu avec des demandes bien précises mais quand nous Lui rendons grâces, c’est d’une manière vague et générale. 

    Sans aucun doute, une des raisons pour lesquelles tant de nos prières manquent de puissance est que nous avons négligé de rendre grâces pour les bénédictions déjà reçues. Si quelqu’un venait constamment solliciter notre aide sans jamais nous dire «Merci» pour l’aide ainsi accordée, nous nous lasserions vite de secourir un être aussi ingrat; l’intérêt même de celui que nous avons secouru nous retiendrait de le faire davantage par crainte d’encourager une telle ingratitude. Sans aucun doute notre Père céleste, par un sage égard pour notre plus grand bien, refuse fréquemment de répondre à des demandes que nous avons fait monter vers Lui afin que nous puissions être amenés à prendre conscience de notre ingratitude et que nous apprenions à être reconnaissants. 

    Dieu est profondément affligé par notre ingratitude et la négligence à Lui rendre grâces dont beaucoup d’entre nous sont coupables. Quand Jésus guérit les dix lépreux et qu’un seulement revint pour Lui rendre grâces, Il s’écria surpris et peiné: 

    «Les dix n’ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils?». {Lu 17:17}

    Comme Il doit souvent baisser les yeux sur nous, attristé de nous voir oublier Ses bénédictions réitérées et Ses fréquentes réponses à nos prières! 

    Rendre grâces pour les bénédictions déjà reçues augmente notre foi et nous rend capables de nous approcher de Dieu avec une nouvelle audace et une nouvelle assurance. Sans aucun doute la raison pour laquelle tant de gens ont si peu de foi quand ils prient est qu’ils prennent 

    très peu de temps pour méditer sur les bénédictions qu’ils ont déjà reçues et en remercier Dieu. Lorsqu’on médite sur les réponses qui ont déjà été accordées à nos prières, la foi devient de plus en plus hardie et nous arrivons à éprouver au plus profond de nos âmes qu’il n’y a rien de trop difficile pour le Seigneur. Lorsque nous réfléchissons d’une part à la merveilleuse bonté de Dieu à notre égard et d’autre part au peu de pensée, de force et de temps que nous avons jamais consacré à rendre grâces, nous pouvons bien nous humilier devant Dieu et confesser notre péché. 

    Les hommes de la Bible qui ont été puissants en prière, comme ceux de toutes les époques de l’histoire de l’Eglise, ont été des hommes qui se livraient abondamment à la louange et aux actions de grâces. David était un homme puissant en prière et voyez combien ses Psaumes abondent en louanges et en actions de grâces. Les apôtres étaient des hommes puissants en prière et nous lisons à leur sujet qu’ «ils étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu». Paul était un homme puissant en prière et combien de fois dans ses épîtres il éclate en des actions de grâces bien définies, rendues à Dieu pour des bénédictions déterminées et des exaucements précis. Jésus est notre modèle dans la prière comme dans toute autre chose. Or, nous trouvons, en étudiant Sa vie, que Sa manière de rendre grâces au plus simple repas était si remarquable que deux de Ses disciples Le reconnurent à cela même, après Sa résurrection. 

    Rendre grâces est un des résultats qui accompagnent inévitablement la plénitude du Saint-Esprit et celui qui n’apprend pas «à rendre grâces en toutes choses» ne peut pas continuer à prier par l’Esprit. Si nous voulons apprendre à prier avec puissance, nous devons laisser cette expression pénétrer bien profondément dans nos coeurs: «AVEC ACTIONS DE GRACES». 

IX- OBSTACLES À LA PRIÈRE

    Nous avons examiné très soigneusement les conditions positives de la prière triomphante, mais il y a d’autre part des choses qui font obstacle à la prière. Dieu les a clairement signalées dans Sa Parole. 

    1.—Le premier obstacle à la prière se trouve mentionné en Jas 4:3: «Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions». 

    Un but égoïste prive la prière de puissance; or, un très grand nombre de prières sont égoïstes. Ces prières peuvent bien demander à Dieu des choses parfaitement légitimes et qu’il est selon Sa volonté d’accorder, mais le motif de ces prières étant foncièrement mauvais, elles tombent à terre, impuissantes. Le vrai but quand nous prions est que Dieu soit glorifié par l’exaucement qu’il accorde. Si nous faisons une demande quelconque simplement pour recevoir quelque chose qui satisfasse nos passions ou qui serve à notre plaisir d’une façon ou d’une autre, nous «demandons mal» et ne devons pas nous attendre à recevoir ce que nous demandons. Ceci explique pourquoi beaucoup de prières demeurent sans réponse. 

    Bien des femmes, par exemple, prient pour la conversion de leur mari. Voilà certainement une demande tout à fait légitime, mais le motif de plus d’une femme en demandant la conversion de son mari est parfaitement illégitime parce qu’il est égoïste. Elle désire que son mari soit converti parce qu’il serait tellement plus agréable pour elle d’avoir un mari qui la comprenne; ou bien parce qu’il lui est si douloureux de penser que son mari pourrait venir à mourir et être à jamais perdu. C’est pour quelque raison égoïste de ce genre qu’elle désire que son mari soit converti: la prière est purement égoïste. Pour quelles raisons une femme devrait-elle donc désirer la conversion de son mari? Avant tout et par-dessus tout afin que Dieu soit glorifié; parce qu’elle ne peut pas supporter la pensée que Dieu le Père soit déshonoré par son mari qui foule aux pieds le Fils de Dieu. 

    Beaucoup prient pour un réveil. C’est certainement une prière qui est agréable à Dieu, c’est selon la ligne de Sa volonté; mais beaucoup de prières pour les réveils sont purement égoïstes. Les églises désirent des réveils afin d’accroître le nombre de leurs membres, afin que l’église ait une position plus puissante et plus influente dans la communauté, afin que la caisse de l’église soit remplie, afin qu’un rapport favorable soit fait parmi les autres assemblées. Quand les églises et les pasteurs prient pour un réveil, c’est le plus souvent avec des motifs aussi bas que ceux-là et c’est le plus souvent aussi à cause de ces motifs même que Dieu ne répond pas à la prière. Quels motifs devraient donc nous faire prier pour un réveil? La gloire de Dieu, parce que nous ne pouvons pas supporter que Dieu continue à être déshonoré par la mondanité de l’Eglise, par les péchés des incroyants, par l’impudente incrédulité de notre époque; parce que le monde annule la Parole de Dieu; parce que nous désirons que Dieu puisse être glorifié par l’effusion de Son Esprit sur l’Eglise de Jésus-Christ. C’est pour ces raisons avant tout et par-dessus tout que nous devrions prier pour un réveil. 

    Bien des prières pour recevoir le Saint-Esprit sont des prières purement égoïstes. C’est certainement la Volonté de Dieu de donner le Saint-Esprit à ceux qui le Lui demandent. Il nous l’a dit clairement dans Sa Parole, {Lu 11:13} mais plus d’une prière pour recevoir le Saint-Esprit est entravée par l’égoïsme de son motif. Des hommes et des femmes prient pour recevoir le Saint-Esprit afin d’être heureux, afin d’être sauvés de leur misérable vie de défaite ou afin d’avoir de la puissance en tant qu’ouvriers pour Christ, ou pour tout autre motif purement égoïste. Avec quels motifs devrions-nous prier pour être remplis de l’Esprit? Afin que Dieu ne soit plus déshonoré par le niveau insuffisant de nos vies chrétiennes et par l’inefficacité de notre service, afin que Dieu soit glorifié par la beauté nouvelle survenant dans notre vie et la nouvelle puissance conférée à notre activité au service du Maître. 

    2.—Second obstacle à la prière: «Non, la main de l’Eternel n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. 

    Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter{Esa 59:1-2}

    Le péché fait obstacle à la prière. Plus d’un homme prie, prie, prie et n’obtient absolument aucune réponse à sa prière. Peut-être est-il tenté de penser que ce n’est pas la Volonté de Dieu de répondre; peut-être pense-t-il que les temps où Dieu répondait à la prière, si tant est qu’il l’ait jamais fait, sont révolus. C’est ce que les Israélites semblent avoir pensé. Ils pensaient que la main de l’Eternel était raccourcie de sorte qu’il ne pouvait plus sauver, et qu’étant devenu dur d’oreille Il ne pouvait plus entendre. 

    «Non pas, dit Esaïe, l’oreille de Dieu est tout aussi ouverte que jamais pour entendre, Sa main tout aussi puissante pour sauver; toutefois il y a un obstacle. Cet obstacle ce sont vos propres péchés. Vos crimes ont mis une séparation entre vous et votre Dieu et vos péchés vous ont caché Sa face, et L’empêchent de vous écouter.» 

    Il en est de même aujourd’hui. Si bien des hommes crient à Dieu en vain, c’est tout simplement à cause du péché qui est dans leur vie. Ce peut être quelque faute passée qui n’a été ni confessée ni jugée, ou un péché actuel qu’on chérit, que très probablement on ne regarde même pas comme un péché, mais le péché est là, dissimulé quelque part dans le coeur ou dans la vie, empêchant. Dieu d’écouter. 

    Celui qui constate que ses prières sont inefficaces ne devrait pas conclure que la chose qu’il demande à Dieu n’est pas selon Sa Volonté, mais devrait se retirer, seul avec Dieu, priant comme le Psalmiste: «Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Eprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie», {Ps 139:23-24} et attendre devant Lui jusqu’à ce qu’il mette le doigt sur la chose qui déplaît à Sa vue. Puis il devrait confesser ce péché et le rejeter. 

    Je me rappelle bien une époque de ma vie où je priais pour deux choses qu’il me semblait que je dusse obtenir car il y allait de l’honneur de Dieu; mais la réponse ne venait pas. Une nuit je m’éveillai en proie à une grande souffrance physique et à une grande détresse morale. Je criai à Dieu pour ces choses, plaidant avec Lui la nécessité de les obtenir immédiatement mais aucune réponse ne vint. Je demandai à Dieu de me montrer s’il y avait quelque chose de mauvais dans ma vie. Il me vint à l’esprit quelque chose de précis qui y était déjà venu fréquemment auparavant, mais que je n’étais pas décidé à reconnaître pour un péché. Je dis à Dieu «si cela est mal, je veux l’abandonner»; mais toujours aucune réponse. Au plus profond de mon coeur, bien que je ne l’eusse jamais admis, je savais que c’était mal. 

    De guerre lasse, je m’écriai: 

    «Cela est mal. J’ai péché. Je veux l’abandonner.» 

    Aussitôt je trouvai la paix et au bout de quelques instants je dormais comme un enfant. 

    Au matin, je m’éveillai dispos et l’argent qui était si nécessaire à l’honneur de Dieu arriva. 

    Le péché est une chose effroyable et plus effroyable encore est la manière dont il fait obstacle à la prière, la façon dont il nous coupe de toute communication avec la source de toute grâce, de toute puissance et de toute bénédiction. Quiconque veut avoir de la puissance dans la prière doit être impitoyable à l’égard de ses propres péchés. «Si j’avais conçu l’iniquité dans mon coeur, le Seigneur ne m’aurait pas exaucé». {Ps 66:18} Aussi longtemps que nous restons attachés au péché ou que nous contestons avec Dieu, nous ne pouvons attendre de Lui qu’il prenne garde à nos prières. Si quelque chose vous revient sans cesse à l’esprit dans vos moments d’étroite communion avec Dieu, c’est cela qui fait obstacle à la prière: rejetez-le. 

    3.—Troisième obstacle à la prière: «Fils de l’homme, ces gens-là portent leurs idoles dans leur coeur, et ils attachent les regards sur ce qui les a fait tomber dans l’iniquité. Me laisserai-je consulter par eux?». {Eze 14:3} Les idoles dans le coeur contraignent Dieu à refuser d’écouter nos prières.

    Qu’est-ce qu’une idole? Tout être ou tout objet qui prend la place de Dieu, ou qui est le suprême objet de notre affection est une idole. Dieu seul a droit à la place suprême dans nos coeurs. Tout autre objet ou toute autre personne doit lui être subordonné. 

    Beaucoup d’hommes font de leur femme une idole. Ce n’est pas qu’un homme puisse jamais trop aimer sa femme, mais il peut lui donner une place qui ne lui revient pas, il peut la faire passer avant Dieu; et quand un homme a égard à la satisfaction de sa femme plus qu’à celle de Dieu, quand il lui donne la première place et à Dieu la seconde, sa femme est une idole, et Dieu ne peut écouter ses prières. 

    Beaucoup de femmes font de leurs enfants des idoles. Ce n’est pas qu’on puisse trop aimer ses enfants. Plus nous chérissons Christ, plus nous chérissons nos enfants; mais nous pouvons leur donner une place qui ne leur revient pas, nous pouvons les faire passer avant Dieu et leurs intérêts avant les intérêts de Dieu. Quand nous agissons ainsi, nos enfants sont des idoles pour nous. 

    Beaucoup d’hommes font de leur renommée ou de leurs affaires une idole. Renommée et affaires passent avant Dieu. Dieu ne peut écouter les prières de tels hommes. 

    Si nous voulons être puissants en prière, il nous faut élucider ce point capital: Dieu a-t-il absolument la première place? Est-Il pour nous plus que femme, enfants, renommée, affaires, plus que notre propre vie? S’il en est autrement, la prière triomphante nous est impossible. 

    C’est en ne répondant pas à nos prières que Dieu attire souvent notre attention sur le fait que nous avons une idole. Etant ainsi conduits à rechercher pourquoi nos prières ne sont pas exaucées, nous découvrons l’idole, nous la rejetons et Dieu exauce alors nos prières. 

    4.—Quatrième obstacle à la prière: «Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre criera lui-même et n’aura point de réponse». {Pr 21:13}

    Il n’y a peut-être pas de plus grand obstacle à la prière que l’avarice, le manque de libéralité à l’égard des pauvres et à l’égard de l’oeuvre de Dieu. C’est celui qui donne généreusement aux autres qui recevra abondamment de Dieu. «Donnez, et il vous sera donné: on versera dans votre sein une bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde; car on vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servi». {Lu 6:38}L’homme généreux est puissant en prière. La prière de l’avare est sans puissance. 

    L’une des plus merveilleuses affirmations concernant la prière triomphante, celle de 1Jn 3:22 (déjà citée): «Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable», est faite en relation directe avec la générosité à l’égard de ceux qui sont dans le besoin. Il nous est dit dans le contexte que c’est quand nous aimons, non pas en paroles et avec la langue mais en actions et avec vérité, quand nous ouvrons nos entrailles à notre frère dans le besoin qu’alors et alors seulement nous avons de l’assurance devant Dieu dans la prière. 

    Beaucoup d’hommes ou de femmes qui recherchent la cause secrète de leur impuissance dans la prière n’ont pas à chercher bien loin; ce n’est ni plus ni moins que l’avarice pure. 

    George Müller, que nous avons déjà cité, était un puissant homme de prière parce qu’il donnait généreusement. Ce qu’il recevait de Dieu ne s’attachait pas à ses doigts; il le passait immédiatement à d’autres. Il recevait constamment parce qu’il donnait constamment. Quand on pense à l’égoïsme de l’église professante d’aujourd’hui, quand on pense que les églises bien pensantes de ce pays n’atteignent pas la moyenne d’un dollar par membre et par an pour les missions étrangères, il n’est pas étonnant que l’église ait si peu de puissance dans la prière. Si nous voulons obtenir de Dieu, nous devons donner aux autres. La plus merveilleuse promesse de la Bible concernant la façon dont Dieu peut subvenir à nos besoins est peut-être celle-ci: «Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ». {Php 4:19} Cette glorieuse promesse fut faite à l’église de Philippe, en relation étroite avec sa générosité. 

    5.—Cinquième obstacle à la prière: «Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses». {Mr 11:25}

    L’esprit de rancune est l’un des plus fréquents obstacles à la prière. La prière ne peut être exaucée que si nos péchés: ont été préalablement pardonnés; mais Dieu ne peut agir avec nous sur cette base si nous montrons du mauvais vouloir envers ceux qui nous ont fait du tort. Quiconque nourrit de la rancune à l’égard d’autrui ferme hermétiquement l’oreille de Dieu à ses propres demandes. Combien crient à Dieu pour la conversion d’un mari, d’enfants, d’amis et se demandent pourquoi leur prière n’est pas exaucée, alors que tout le secret réside en quelque rancune contre une personne qui leur a fait du tort ou même qu’ils s’imaginent leur en avoir fait. Beaucoup de parents laissent leurs enfants tomber dans la perdition éternelle pour la misérable satisfaction de haïr quelqu’un. 

    6.—Sixième obstacle à la prière: «Maris, montrez à votre, tour de la sagesse dans vos rapporta avec vos femmes, comme avec un sexe plus faible; honorez-les, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières». {1Pi 3:7} Ici il nous est dit clairement que de mauvais rapports entre mari et femme sont un obstacle à la prière.

    Dans bien des cas, la prière d’un mari est entravée parce qu’il manque à son devoir vis-à-vis de sa femme, et il est indubitable également que la prière de plus d’une épouse est entravée par ses manquements vis-à-vis de son mari. Si maris et femmes cherchaient soigneusement la cause de l’inexaucement de leurs prières, ils la trouveraient souvent dans leurs relations réciproques. 

    Tel homme qui affecte une grande piété et qui déploie une grande activité dans l’oeuvre de Christ traite sa femme avec bien peu de considération et est souvent désobligeant si ce n’est brutal; il s’étonne après cela de ce que ses prières ne soient point exaucées. Le verset que nous venons de citer explique le mystère apparent. D’autre part, telle femme très dévouée à l’église et très fidèle à fréquenter toutes les réunions traite son mari avec la plus impardonnable négligence, se montre contrariante et acariâtre à son égard, le blesse par ses vivacités de langage et par son caractère indomptable; et elle s’étonne après cela de ce que ses prières n’aient aucune puissance. 

    Il y a d’autres choses dans les relations entre maris et femmes dont il ne peut être publiquement question mais qui, sans aucun doute, sont souvent un obstacle pour s’approcher de Dieu dans la prière. Sous le saint nom du mariage peut se dissimuler une somme de péché qui est une cause de mort spirituelle et d’impuissance dans la prière. Que tout homme ou femme dont les prières paraissent ne recevoir aucune réponse, étale devant Dieu toute sa vie conjugale et Lui demande de mettre le doigt sur tout ce qui, en elle, déplaît à Sa vue. 

    7.—Septième obstacle à la prière: «Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu’il la demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur». {Jas 1:5-7}

    Les prières sont entravées par l’incrédulité. Dieu exige que nous croyions Sa Parole d’une façon absolue, la mettre en doute c’est Le faire menteur. C’est pourtant ce que font beaucoup d’entre nous tout en invoquant ses promesses; quoi d’étonnant à ce que nos prières ne soient pas exaucées? Combien de prières sont entravées par notre misérable incrédulité. Nous allons à Dieu, nous Lui demandons une chose qu’il a positivement promise dans sa Parole et nous ne nous attendons qu’à moitié à l’obtenir. «Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur». 

X- QUAND PRIER

    Si nous voulons recevoir la plénitude de bénédiction que comporte une vie de prière, il importe que nous priions non seulement comme il convient mais aussi quand il convient. L’exemple de Christ Lui-même est riche en suggestions quant au moment qui convient à la prière. 

    1.—Nous lisons dans Mr 1,5:35: «Vers le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert où il pria». 

    Jésus choisit les premières heures matinales pour prier. Beaucoup d’entre les plus puissants hommes de Dieu ont suivi en cela l’exemple du Seigneur. Au matin, l’esprit est frais et dans les conditions les plus favorables. Il est affranchi de toute distraction et c’est aux premières heures matinales qu’on peut le plus aisément réaliser l’absolue concentration sur Dieu de toute notre pensée, si essentielle pour donner à la prière son maximum d’efficacité. Plus encore, quand les heures matinales sont passées à prier, toute la journée en est sanctifiée, et l’on reçoit la puissance pour vaincre les tentations et accomplir les devoirs qu’elle comportera. On peut accomplir davantage en priant dans les premières heures du jour qu’à tout autre moment. Tout enfant de Dieu qui veut tirer de sa vie le meilleur parti pour Christ doit mettre à part la première partie de la journée pour rencontrer Dieu dans l’étude de Sa Parole et dans la prière. La première chose que nous devions faire chaque jour est de nous retirer seul avec Dieu pour regarder en face les devoirs, les tentations et le travail de la journée et recevoir de Dieu la force nécessaire à tout cela.. Nous devons obtenir la victoire avant que vienne l’heure de l’épreuve, de la tentation ou du service. C’est dans le lieu secret de la prière qu’il nous faut livrer nos batailles et remporter nos victoires. 

    2.—Le 6° chapitre de Luc, verset 12, nous apporte une lumière de plus quant au moment où il convient de prier. Nous lisons: «En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu». {Lu 6:12}

    Ici nous voyons Jésus prier la nuit, passer la nuit entière en prière. Nous n’avons naturellement aucune raison de supposer que ce fut une habitude régulière de notre Seigneur; nous ne savons même pas si cela se produisait fréquemment mais il est certain qu’il consacra parfois la nuit entière à prier. Ici aussi il est bon de suivre les traces du Maître. 

    Il y a évidemment une manière de mettre à part des nuits pour la prière qui, étant du pur légalisme, ne peut être d’aucun profit. Mais l’abus que l’on peut faire de cette pratique n’est pas une raison suffisante pour que nous la négligions entièrement. Ne disons donc pas: «Je vais passer toute la nuit en prière» avec la pensée qu’il s’attache à cet exercice quelque mérite qui nous assurera la faveur de Dieu—voilà qui serait du légalisme—Mais nous ferons bien de dire quelquefois: «Je vais mettre à part cette soirée pour rencontrer Dieu et obtenir Sa bénédiction et Sa puissance; et si c’est nécessaire, s’il m’y conduit, je passerai la nuit entière à prier». Bien souvent nous aurons prié jusqu’au bout et obtenu les choses désirées (have prayed things through) bien avant que la nuit soit écoulée et nous pourrons nous retirer et trouver un sommeil bien plus réparateur et vivifiant que si nous n’avions pas passé ce temps en prière. D’autres fois, sans doute, Dieu nous gardera en communion avec Lui jusqu’au matin et quand Il le fait, dans Sa grâce infinie, ce sont vraiment des heures bénies que ces heures de prière nocturne! 

    Les nuits de prière avec Dieu sont suivies de journées de puissance parmi les hommes. Pendant les heures de la nuit, le monde est assoupi et silencieux et il nous est facile d’être seuls avec Dieu et de n’être pas troublés dans notre communion avec Lui. Si nous réservons toute la nuit pour prier, il n’y aura point de hâte, nos propres coeurs auront le temps de s’apaiser devant Dieu, nous aurons le temps de soumettre tout notre esprit à la direction du Saint-Esprit et nous aurons largement le temps de prier pour toutes choses «jusqu’au bout» (to pray things through). Une nuit de prière doit être placée entièrement sous le contrôle de Dieu. Nous ne devons poser aucune règle concernant la durée ni l’objet de nos prières, mais nous devons être prêts à nous attendre à Dieu pour prier peu ou beaucoup de temps selon qu’il nous conduira et à nous laisser mener dans telle direction ou telle autre selon qu’il le jugera approprié. 

    3.—Jésus-Christ pria avant tous les grands événements de Sa vie terrestre.

    Il pria avant de choisir les douze apôtres, avant de prononcer le sermon sur la montagne, avant de partir pour une tournée d’évangélisation, avant d’être baptisé du Saint-Esprit et d’entrer dans Son ministère public, avant d’annoncer aux douze Sa mort prochaine, avant le grand achèvement de Sa vie sur la croix. {Lu 6:12,13 Lu 9:18,21-22 Lu 3:21-22 Mr 1:35-38 Lu 22:39-46} Il se préparait à chaque circonstance importante de Sa vie terrestre par un temps de prière prolongé. C’est ainsi que nous devons aussi faire. Chaque fois que nous voyons approcher un moment critique dans notre vie, nous devons le préparer par un temps de prière tout à fait spécial devant Dieu. Et nous devons, pour cette prière, prendre largement notre temps. 

    4.—Christ pria non seulement avant les grands événements et les grandes victoires de Sa vie, mais Il pria aussi après les grandes oeuvres et les crises importantes.

    Quand Il eut nourri les cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, et que la multitude désira L’enlever pour Le faire roi, 

    les ayant renvoyés Il se retira à l’écart sur la montagne pour prier et y passa des heures seul en prière devant Dieu. {Mt 14:23 Jn 6:15} C’est ainsi qu’il allait de victoire en victoire. 

    Il est plus fréquent pour beaucoup d’entre nous de prier avant les grands événements de la vie qu’après. Cependant ceci est aussi important que cela. Si nous priions après les grands succès de la vie, nous pourrions aller de l’avant vers de plus grands encore, tandis que nous sommes souvent soit enorgueillis, soit épuisés des choses que nous avons faites au nom du Seigneur et ainsi nous n’allons pas plus loin. Combien d’hommes qui, en réponse à la prière, ont été revêtus de puissance et ont ainsi réalisé de grandes oeuvres au nom du Seigneur et qui, après leur accomplissement, au lieu de se retirer seuls avec Dieu et de s’humilier devant Lui, de Lui donner gloire pour tout ce qui avait été accompli se sont félicités eux-mêmes, se sont enflés d’orgueil et ont dû être rejetés par Dieu! Les grandes oeuvres accomplies n’avaient pas été suivies d’humiliation du moi et de prières à Dieu, de sorte que l’orgueil a pénétré dans le coeur et que l’homme puissant a été dépouillé de sa force. 

    5.—Jésus-Christ priait particulièrement quand Sa vie était exceptionnellement active. Il se retirait alors loin des foules qui se pressaient autour de Lui et gagnait le désert pour prier. Nous lisons par exemple en Lu 5:15-16: «Sa renommée se répandait de plus en plus, et les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et lui, il se retirait dans les déserts, et priait». 

    Quelques hommes sont si occupés qu’ils ne trouvent pas le temps de prier. Manifestement plus la vie de Christ était active et plus Il priait. Quelquefois Il n’avait pas le temps de manger, {Mr 3,5:20} d’autres fois Il n’avait pas le temps de prendre le repos ni le sommeil nécessaires, {Mr 6:31,33,46} mais toujours Il prenait le temps de prier, et plus il était pressé par le travail, plus Il priait. 

    Bien des hommes de Dieu ont appris de Christ ce secret et quand le travail les a pressés plus qu’à l’ordinaire, ils ont mis à part pour la prière un plus grand laps de temps que de coutume. D’autres hommes de Dieu jadis puissants ont perdu leur force parce qu’ils n’ont pas appris ce secret et ont permis que le travail croissant refoule la prière hors de leur vie. 

    Il y a quelques années, l’auteur de ces lignes eut, avec quelques autres étudiants en théologie, le privilège de poser des questions à l’un des serviteurs de Christ les plus estimés de l’époque. L’auteur fut conduit à demander: 

    -Voulez-vous nous dire quelque chose de votre vie de prière? 

    L’homme resta un moment silencieux puis, tournant ses yeux vers moi avec gravité répondit: 

    -Eh bien! je dois reconnaître que j’ai été si débordé d’ouvrage dernièrement que je n’ai pas consacré à la prière le temps qu’il aurait fallu,. 

    Quoi d’étonnant à ce que cet homme ait maintenant perdu la puissance et que la grande oeuvre qu’il était en train d’accomplir se soit trouvée diminuée dans des proportions considérables. N’oublions jamais que plus le travail nous presse, plus nous devons passer de temps en prière. 

    6.—Jésus-Christ pria avant les grandes tentations de sa vie.

    A mesure qu’il approchait de la croix, et comprenait qu’il y subirait la grande épreuve finale de Sa vie, Jésus prit l’habitude de se rendre dans le jardin pour prier. Il alla «dans un lieu appelé Gethsémané et il dit aux disciples: asseyez-vous ici, pendant que je m’éloignerai pour prier». {Mt 26:36} La victoire du Calvaire fut remportée cette nuit-là dans le jardin de Gethsémané. La calme majesté de Son maintien en essuyant les terribles assauts qu’il subit au prétoire de Pilate et au Calvaire fut le résultat de la lutte, de l’agonie et de la victoire de Gethsémané. Mais alors que Jésus priait les disciples dormaient, aussi demeura-t-il ferme tandis qu’ils tombèrent ignominieusement. 

    Bien des tentations viennent sur nous inopinément et à l’improviste et tout ce que nous pouvons faire alors est de faire monter un cri vers Dieu afin qu’il nous secoure à l’instant même et sur le champ; mais nous pouvons voir s’approcher de loin bien des tentations de la vie et dans de tels cas la victoire doit être remportée avant que la tentation ne nous atteigne. 

    7.—Dans 1Th 5:17, nous lisons: «Priez sans cesse» et dans Eph 6:18, «faites en tous temps toutes sortes de prières». 

    Notre vie tout entière doit être une vie de prière. Nous devons marcher en constante communion avec Dieu. Notre âme doit constamment regarder en haut vers Dieu. Nous devons marcher si habituellement dans Sa présence que, même quand nous nous éveillons la nuit, ce soit pour nous la chose la plus naturelle que de Lui adresser des actions de grâces et des supplications. 

XI- NÉCESSITÉ D’UN RÉVEIL UNIVERSEL

    Si nous voulons prier comme il convient à une époque comme la nôtre, beaucoup de nos prières doivent tendre au réveil universel. S’il y eut jamais un temps dans lequel il fut nécessaire de crier à Dieu avec le Psalmiste: «Ne nous rendras-tu pas à la vie, afin que ton peuple se réjouisse en toi?», {Ps 85:7} c’est bien celui dans lequel nous vivons. Il est sûrement temps que l’Eternel agisse car les hommes ont annulé Sa loi. {Ps 119:126} La voix du Seigneur qui retentit dans Sa Parole écrite est réduite à néant tant par l’Eglise que par le monde. Une telle époque ne doit pas nous porter au découragement; celui qui croit en Dieu et en la Bible ne peut jamais être découragé, mais il est temps pour Jéhovah Lui-même d’intervenir et d’agir. Le chrétien avisé, sentinelle en éveil sur les murailles de Sion peut bien crier avec le Psalmiste d’autrefois: «Il est temps que l’Eternel agisse; ils ont annulé ta loi». {Ps 119:126} (Lausanne). 

    Le grand besoin du jour est un réveil universel.

    Voyons d’abord ce qu’est un réveil universel. 

    Un réveil {1} est un temps où la vie est activée ou communiquée. Comme Dieu seul peut donner la vie, un réveil est un temps où Dieu visite Ses enfants, leur communique une vie nouvelle par la puissance de Son Esprit, et au travers d’eux donne la vie en partage aux pécheurs morts par leurs offenses et leurs péchés. Il y a des excitations religieuses suscitées par les méthodes artificieuses et l’influence hypnotique de simples professionnels de l’évangélisation; mais ce ne sont pas là des réveils et nous n’en voulons point. Ce sont les imitations diaboliques du réveil. Une vie nouvelle venant de Dieu, voilà un réveil. Dans un temps de réveil universel cette vie nouvelle venant de Dieu n’est pas donnée seulement à quelques localités isolées mais elle se répand à travers toute la chrétienté et sur toute la terre. 

    La raison pour laquelle un réveil universel est nécessaire est que la disette, la désolation et la mort spirituelles sont elles-mêmes universelles. Cela ne se limite pas à un pays particulier, bien que cela soit plus manifeste en certains pays qu’en d’autres; on en souffre dans les lointains champs de mission aussi bien que dans nos pays. Nous avons eu des réveils locaux, l’Esprit vivifiant de Dieu a soufflé sur tel ou tel serviteur de Dieu, sur telle ou telle église, sur telle ou telle congrégation; mais nous avons besoin, intensément besoin d’un réveil universel. 

    Considérons pendant quelques instants les résultats d’un réveil. Ceux-ci se manifestent chez les serviteurs de Dieu, dans l’église et parmi les perdus. 

    1.—Les résultats d’un réveil chez un serviteur de Dieu sont les suivants: 

  1. a)Le serviteur de Dieu ressentira un nouvel amour pour les âmes. D’une façon générale nous n’avons pas, nous, serviteurs de Dieu, l’amour des âmes comme nous devrions l’avoir, comme Jésus l’avait, comme Paul l’avait. Mais quand Dieu visite Son peuple, le coeur de Ses serviteurs est lourdement chargé du fardeau des âmes perdues. Ils sont mus par l’ardent désir du salut de leur prochain. Ils oublient leur ambition de prêcher de beaux sermons pour être célèbres, et ils ont simplement soif de voir des hommes amenés à Christ. 
  1. b)Quand vient un vrai réveil, les serviteurs de Dieu éprouvent un nouvel amour pour la Parole de Dieu et ont en elle une foi nouvelle. Ils jettent aux vents leurs doutes et leurs critiques de la Bible et des credos, ils prêchent fidèlement la Bible et surtout Christ crucifié. Les réveils rendent orthodoxes les serviteurs aux doctrines relâchées. Un authentique réveil vaste et irrésistible ferait plus pour retourner les choses sens dessus dessous—et les remettre ainsi dans le bon sens—que tous les tribunaux qui aient jamais été institués pour condamner les hérésies. 
  1. c)Les réveils apportent à la prédication des serviteurs de Dieu une liberté nouvelle et une nouvelle puissance. Préparer un sermon n’est plus le grinçant labeur de toute une semaine, le prêcher, une fois préparé n’est plus une épuisante dépense nerveuse. Dans les temps de réveil, prêcher devient une joie et un rafraîchissement et il y a de la puissance dans la prédication. 

    2.—Les résultats d’un réveil chez les chrétiens sont généralement aussi marqués que ses effets sur le ministère. 

  1. a)Dans les temps de réveil, les chrétiens sortent du monde et mènent des vies mises à part pour Christ. Des chrétiens qui folâtraient avec le monde, qui jouaient aux cartes, dansaient, allaient au spectacle et se livraient à d’autres folies semblables les abandonnent. Quand on reçoit une vie et une lumière accrues on découvre que ces vanités sont incompatibles avec elles. 
  1. b)Dans les temps de réveil, les chrétiens ont un esprit de prière tout nouveau. Les réunions de prière ne sont plus un devoir mais deviennent une nécessité pour les coeurs affamés et exigeants. On trouve un goût nouveau à la pratique de la prière privée. Jour et nuit retentit la voix de la prière fervente adressée à Dieu. On ne demande plus: «Dieu répond-Il à la prière?»—On sait qu’il le fait et on assiège le trône de la grâce, jour et nuit. 
  1. c)Dans les temps de réveil les chrétiens se mettent au travail pour les âmes perdues. Ils ne vont pas aux réunions pour se divertir ou pour «être bénis». Ils vont aux réunions pour guetter les âmes et les amener à Christ. Ils parlent aux gens dans la rue, dans les magasins et dans leurs propres maisons. La croix de Christ, le salut, le ciel et l’enfer deviennent des sujets constants de conversation. La politique, le temps qu’il fait, les nouveaux chapeaux et les dernières nouvelles sont oubliés. 
  1. d)Dans les temps de réveil les chrétiens trouvent en Christ une joie nouvelle. La vie c’est la joie, et la vie nouvelle c’est une nouvelle joie. Les temps de réveil sont des temps joyeux, des jours de ciel sur la terre. 
  1. e)Dans les temps de réveil, les chrétiens ont un nouvel amour pour la Parole de Dieu. Ils désirent l’étudier jour et nuit. Les réveils sont fâcheux pour les cafés et les salles de spectacle mais ils sont favorables aux librairies évangéliques et aux sociétés bibliques. 

    3.—Mais les réveils ont aussi une influence décisive sur le monde des perdus

  1. a)Avant tout, ils apportent une profonde conviction de péché. Jésus disait que, lorsque l’Esprit serait venu, Il convaincrait le monde de péché. {Jn 16,5:7-8} Or, nous avons vu qu’un réveil c’est l’effusion du Saint-Esprit, par conséquent il faut qu’il y ait à nouveau conviction de péché, et effectivement elle l’accompagne toujours. Si vous voyez quelque chose que les hommes appellent réveil et qu’il n’y ait aucune conviction de péché, vous pouvez être assuré immédiatement que c’est une imposture. Ce signe est certain. 
  1. b)Les réveils amènent aussi la conversion et la régénération. Quand Dieu rafraîchit Son peuple, Il convertit toujours aussi les pécheurs. Le premier résultat de la Pentecôte fut un renouvellement de vie et de puissance pour les cent vingt disciples dans la chambre haute, le second résultat fut trois mille conversions dans la même journée. Il en est toujours ainsi. Je lis sans cesse des relations de réveils, çà et là, où des chrétiens ont été grandement secourus mais sans qu’il y eut de conversions. J’ai des doutes sur cette sorte de réveils. Si les chrétiens sont vraiment rafraîchis, ils se mettront en quête des perdus par la prière, le témoignage et les entretiens persuasifs, et il y aura des conversions. 

    Pourquoi un réveil universel est-il nécessaire?

    Nous venons de voir ce qu’est un réveil universel et ce qu’il opère. Examinons maintenant-la question de savoir pourquoi il est nécessaire à l’heure actuelle. 

    Je pense que la simple description de ce qu’il est et de ce qu’il opère montre combien nous en avons besoin, intensément besoin, mais considérons quelques-unes des circonstances particulières d’aujourd’hui qui soulignent ce besoin. Signaler ces circonstances est bien propre à vous faire traiter de pessimiste. Eh! bien, si regarder les faits en face s’appelle du pessimisme, je consens à être appelé pessimiste. Si, pour être optimiste il faut fermer les yeux et appeler blanc ce qui est noir, vérité ce qui est erreur, justice ce qui est péché et vie ce qui est mort, je ne veux pas être appelé optimiste. Cependant je suis un optimiste tout de même, car reconnaître l’état réel des choses conduira à un état meilleur. 

    1.—Considérons d’abord le ministère. 

  1. a) Beaucoup de ceux qui parmi nous professent l’orthodoxie sont, dans la pratique, des incrédules. Ce langage est rude mais aussi le fait est indiscutable. Il n’y a pas de différence essentielle entre les enseignements de tel éminent rationaliste et ceux de quelques-uns de nos professeurs de théologie. Ces derniers ne sont pas toujours aussi francs et honnêtes sur le sujet. Ils s’expriment en phrases plus élégantes et mieux étudiées mais la signification est identique. Une bonne partie de ce qu’on appelle nouvelle école et haute critique n’est autre que de l’incrédulité enrobée de sucre. 

    L’un de nos plus érudits professeurs, qui est un savant authentique et non un simple écho du rationalisme allemand, citait un jour la déclaration de quelques principes et demandait si cela ne représentait pas correctement les positions de l’école critique du jour. Quand il fut admis qu’il en était bien ainsi, il stupéfia son auditoire en ajoutant: 

    -Eh! bien, je lis cela dans «L’Age de la Raison» du fameux libéral Thomas Paine. 

    Il n’y a pas grand’ chose de neuf dans la haute critique. Nos futurs pasteurs sont souvent instruits par des professeurs incrédules. Etant des jeunes gens sans maturité quand ils entrent à la faculté ou au séminaire, ils en ressortent tout naturellement incrédules eux-mêmes dans bien des cas, et s’en vont empoisonner l’église. 

  1. b) Même quand nos ministres du culte sont franchement orthodoxes—et, Dieu merci, ils sont fort nombreux—bien souvent ce ne sont pas des hommes de prière. Combien de pasteurs savent aujourd’hui ce que c’est que lutter dans la prière, passer une bonne partie de la nuit à prier? J’ignore leur nombre mais ce que je sais bien c’est que beaucoup ne savent pas prier ainsi. 
  1. c) Beaucoup d’entre nous, ministres du culte, n’ont pas l’amour des âmes. Combien en est-il qui prêchent parce qu’ils en sont intérieurement pressés devant le grand nombre de ceux qui périssent et dans l’espérance d’en sauver quelques-uns? Et combien poursuivent leur prédication comme Paul le faisait en suppliant les hommes en tous lieux d’être réconciliés avec Dieu? Peut-être a-t-on assez parlé de nous les ministres du culte, mais il est évident qu’un réveil est nécessaire dans notre propre intérêt, sinon quelques-uns d’entre nous auront à se présenter devant Dieu accablés de confusion au jour terrible de la reddition des comptes qui vient sûrement. 

    2.—Regardons maintenant à l’Eglise. 

  1. a) Voyez l’état de l’Eglise au point de vue doctrinal. Il est assez mauvais: beaucoup ne croient pas à la Bible en son entier; ils pensent que le livre de la Genèse est un mythe, l’histoire de Jonas une allégorie, doutent des miracles du Fils de Dieu, considèrent la doctrine de la prière comme vieillotte et raillent l’oeuvre du Saint-Esprit, la conversion leur paraît inutile et ils ne croient plus à l’enfer. Considérez maintenant les marottes et les erreurs qui sont le fruit de cette disparition de la foi: science chrétienne, unitarianisme, spiritisme, universalisme, babisme, guérison métaphysique, etc... c’est un vrai pandemonium de doctrines diaboliques. 
  1. b) Voyez maintenant l’état spirituel de l’Eglise. La mondanité envahit les membres de l’Eglise. Beaucoup d’entre eux sont aussi acharnés que quiconque dans la poursuite de la fortune. Ils se servent des méthodes du monde pour accumuler les richesses et ils y sont aussi attachés que quiconque quand ils les ont obtenues. 

    Les membres d’église dépourvus d’esprit de prière abondent de toutes parts. Quelqu’un a dit que les chrétiens ne passent pas, en moyenne, plus de cinq minutes par jour en prière. 

    La négligence de la Parole de Dieu va de pair avec celle de la prière. Un très grand nombre de chrétiens passent deux fois plus de temps chaque jour à se vautrer dans la boue des quotidiens qu’ils n’en passent à se purifier dans cette cuve d’airain qu’est la sainte Parole de Dieu. Combien y a-t-il de chrétiens qui passent en moyenne une heure par jour à l’étude de la Bible? 

    Le manque de générosité va de pair avec la négligence de la prière et la négligence de la Parole de Dieu. Les églises s’enrichissent rapidement mais la caisse des sociétés missionnaires est vide. Les chrétiens ne donnent pas en moyenne un dollar par an pour les missions étrangères. C’est tout simplement effrayant. 

    Il y a aussi le mépris croissant du jour du Seigneur. Il devient rapidement un jour de plaisir mondain au lieu d’un jour de service divin. Le journal du dimanche avec son bavardage futile et ses potins immondes prend la place de la Bible tandis que les distractions mondaines, les sports, la bicyclette prennent celle de l’école du dimanche et du culte. 

    Les chrétiens se mêlent au monde dans toutes sortes d’amusements douteux. Le jeune homme ou la jeune femme qui ne prend pas plaisir à la danse avec son impudeur manifeste, aux parties de cartes avec leur entraînement à la passion du jeu, ni aux spectacles avec leur incitation toujours croissante à la débauche, passe pour être vieux jeu. 

    Enfin quelle faible proportion des membres de nos églises porte réellement en communion avec Jésus-Christ le fardeau des âmes! Mais c’est assez parlé de l’état spirituel de l’Eglise. 

    3.—Regardons maintenant l’état du monde. 

  1. a) Notez combien il y a peu de conversions. L’église méthodiste, qui a pourtant pris la tête de l’action conquérante a actuellement perdu plus de membres qu’elle n’en avait gagné. Il y a bien çà et là une église qui compte un grand nombre de nouvelles adhésions à sa profession de foi, mais ces églises sont de rares exceptions et, parmi ces adhésions, qu’il est rare qu’elles correspondent à des conversions profondes, complètes et satisfaisantes. 
  1. b) La conviction de péché fait défaut. Il est rare que les hommes soient écrasés par le sentiment de leur terrible culpabilité alors qu’ils foulent aux pieds le Fils de Dieu. Le péché est considéré comme une «malchance», une «faiblesse», voire même «une bonne intention», rarement comme une monstrueuse offense contre le Dieu saint. 
  1. c) L’incrédulité est florissante. Beaucoup considèrent comme un signe de supériorité intellectuelle le fait de rejeter la Bible et même la foi en Dieu et à l’immortalité. C’est à peu près le seul signe de supériorité intellectuelle que beaucoup possèdent, et c’est sans doute pourquoi ils s’y cramponnent avec tant de ténacité. 
  1. d) Cette incrédulité universellement répandue va la main dans la main, comme cela s’est toujours vu, avec une monstrueuse immoralité. L’incrédulité et l’immoralité sont soeurs siamoises. Elles existent, croissent et s’amplifient toujours ensemble. Cette immoralité règne partout. 

    Regardez cet adultère légal que nous appelons le divorce. Des hommes épousent une femme après l’autre et continuent à être admis dans la bonne société; les femmes font de même. Il y a en Amérique des milliers d’hommes- prétendus respectables qui vivent ainsi avec la femme d’un autre, et des milliers de femmes non moins prétendues respectables qui vivent pareillement avec le mari d’une autre. 

    Cette immoralité se retrouve aussi dans les spectacles. Le théâtre le meilleur est déjà passablement mauvais mais aujourd’hui les courtisanes, les dégénérés et autres vils et innommables accessoires de la scène déterminent le goût du jour, et les femmes qui s’avilissent dans de tels rôles sont encensées par la presse et reçues chez des personnes elles aussi prétendues respectables. 

    Une bonne partie de notre littérature est pourrie, mais des gens convenables n’en lisent pas moins telle ignoble production parce qu’elle fait fureur. L’art ne sert le plus souvent que de paravent à une indécence éhontée; des femmes sont amenées à jeter au vent toute pudeur afin de permettre à l’artiste de perfectionner son talent et de se pervertir.

    L’avidité pour l’argent est devenue la rage du riche et du pauvre. Le multimillionnaire vendra son âme et foulera aux pieds les droits de son prochain dans la folle espérance de devenir milliardaire et l’ouvrier ira jusqu’au meurtre pour augmenter les pouvoirs du syndicat et maintenir le niveau des salaires. On fait la guerre et on tue les hommes comme des chiens pour améliorer le commerce et pour acquérir un prestige politique à des politiciens sans scrupules qui se donnent pour hommes d’Etat. 

    Aujourd’hui la licence des moeurs redresse en tous lieux sa tête de serpent. Vous la voyez dans les journaux, vous la voyez sur les panneaux publicitaires, sur les réclames de cigares, de chaussures, de bicyclettes, de spécialités pharmaceutiques, de corsets ou de n’importe quoi. Vous la voyez dans les rues, la nuit. Vous la voyez à la porte même de l’église. Vous ne la trouvez pas seulement dans les affreux bas-fonds qui lui sont réservés dans les grandes villes, mais elle se presse toujours plus avant dans les rues commerçantes et les quartiers bourgeois de nos cités. Hélas! vous la trouverez même quelquefois, si vous regardez attentivement, dans des intérieurs présumés respectables, des hommes et des femmes au coeur brisé en apporteront la confession jusqu’à vos oreilles. La condition morale du monde de nos jours est répugnante, écoeurante, épouvantable. 

    Nous avons besoin d’un réveil profond, étendu, universel dans la puissance du Saint-Esprit. Ou bien nous aurons un réveil universel ou bien nous verrons la dissolution de l’Eglise, du foyer, de l’Etat. Un réveil, vie nouvelle venue de Dieu, est le remède, l’unique remède. Cela seul refoulera la terrible marée de l’immoralité et de l’incrédulité. De simples discussions n’y peuvent rien; mais un vent soufflant du ciel, une nouvelle effusion du Saint-Esprit, un vrai réveil envoyé par Dieu le fera. L’incrédulité, la haute critique, la science chrétienne, le spiritisme, l’universalisme, tout cela s’effondrera devant l’effusion de l’Esprit de Dieu. Ce ne sont pas les arguments et les discussions qui ont relégué dans les limbes de l’oubli, Thomas Paine, Voltaire, Volney et autres fameux docteurs ès incrédulité de jadis, c’est le souffle de Dieu, et nous avons besoin d’un nouveau souffle de Dieu pour envoyer les Wellhausen, Kuenen et Graf les y rejoindre avec les perroquets qu’ils ont formés pour occuper nos chaires. Je crois qu’il vient, ce souffle de Dieu. 

    Le grand besoin du jour, c’est un réveil universel. Le besoin est évident. On ne peut, en toute honnêteté, diverger d’opinion sur ce point. Que ferons-nous donc? Prions. Reprenons la prière du psalmiste: «Rends-nous à la vie afin que ton peuple se réjouisse en toi». 

    Reprenons la prière d’Ezéchiel: «Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts et qu’ils revivent». Ecoutez, j’entends un bruit. Regardez, il se fait un mouvement. Il me semble déjà sentir le souffle sur ma joue. Il me semble déjà voir l’armée nombreuse se dresser vivante sur ses pieds. N’allons-nous pas prier, prier, prier, prier jusqu’à ce que l’Esprit vienne et que Dieu rende Son peuple à la vie? 

{1} Le mot anglais que nous traduisons par l’expression courante de «Réveil est «ravival» qui signifie littéralement «retour à la vie». 

XII- ROLE DE LA PRIÈRE AVANT ET PENDANT LES RÉVEILS

    On serait bien loin de traiter complètement le sujet: «Comment prier», si l’on ne considérait le rôle de la prière au cours des réveils. 

    Le premier grand réveil de l’Histoire chrétienne eut pour origine, du côté des hommes, une réunion de prière de dix jours. Nous lisons au sujet de cette poignée de disciples que: «Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière». {Ac 1:14} Nous lisons le résultat de cette réunion de prière dans le deuxième chapitre des Actes des Apôtres: «Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler dans d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer». {Ac 2:4}. Plus loin, dans le même chapitre, nous lisons que «en ce jour là, le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes». {Ac 2:41}. Ce réveil s’avéra authentique et durable. Les nouveaux convertis «persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières». {Ac 2:42} «Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Eglise ceux qui étaient sauvés». {Ac 2:47}

    Tout vrai réveil depuis lors jusqu’à ce jour a eu pour origine terrestre la prière. Le grand réveil du temps de Jonathan Edwards au XVIII° siècle commença par son fameux appel à la prière. La merveilleuse oeuvre de grâce parmi les Indiens par le ministère de Brainerd eut pour point de départ les jours et les nuits que Brainerd passa devant Dieu en prière pour être revêtu de la puissance d’En-Haut dans cette oeuvre. 

    Ce fut un bien remarquable et vaste déploiement de la puissance revivifiante de Dieu que celui qui éclata à Rochester (New-York) en 1830 par le ministère de Charles G. Finney; non seulement il s’étendit d’un bout à l’autre de l’Etat, mais finalement gagna aussi la Grande-Bretagne. Finney lui-même attribuait la puissance de cette oeuvre à l’esprit de prière qui régnait alors. C’est avec ces paroles qu’il le décrit dans son autobiographie: 

    «Etant en route pour Rochester, alors que nous traversions un village à quelque trente milles à l’Est de Rochester, un frère dans le ministère, que je connaissais, m’ayant aperçu sur le bateau fluvial, sauta à bord pour converser un moment avec moi. Il voulait seulement faire un bout de chemin et s’en retourner. Toutefois, il fut intéressé par la conversation et apprenant où j’allais, il décida de continuer et de m’accompagner à Rochester. Nous étions dans cette ville depuis quelques jours quand ce frère fut saisi d’une si profonde conviction de péché qu’à un moment donné, alors que nous passions dans la rue, il ne put s’empêcher d’éclater en sanglots. Le Seigneur lui donna un puissant esprit de prière et son coeur fut brisé. Comme nous priions ensemble, lui et moi, je fus frappé de sa foi au sujet de ce que le Seigneur allait accomplir là. Je me rappelle qu’il’ disait: «Seigneur, je ne sais pas comment il se fait, mais j’ai comme l’assurance que Tu vas faire une grande oeuvre dans cette ville». L’esprit de prière fut puissamment répandu à tel point que quelques personnes se tenaient à l’écart des cultes publics pour prier, étant incapables de contenir leur émotion pendant la prédication. 

    «Ici, je dois introduire le nom d’un homme que j’aurai fréquemment l’occasion ‘de mentionner: Mr. Abel Clary. C’était le fils d’un très excellent homme, ancien de l’église dans laquelle je me suis converti. Il fut converti au même réveil que moi. Il était habilité à prêcher, mais son esprit de prière était tel, il était tellement chargé du fardeau des âmes qu’il ne lui était pas possible de prêcher beaucoup, la totalité de son temps et de ses forces étant vouée à la prière. Ce poids sur son coeur était souvent si lourd qu’il ne pouvait se tenir debout mais qu’il se tordait et gémissait en agonie. J’étais assez intime avec lui et connaissais quelque peu le merveilleux esprit de prière qui était en lui. C’était un homme très silencieux, comme presque tous ceux qui ont ce puissant esprit de prière. 

    «Voici comment j’appris qu’il était à Rochester: un monsieur qui habitait à environ un mille à l’Ouest de la ville vint me rendre visite un jour et me demanda si je connaissais un certain Mr. Abel Clary, pasteur. Je lui répondis que je le connaissais bien.—Eh! bien, dit-il, il est chez moi depuis quelque temps mais je ne sais que penser de lui.—Je ne l’ai vu à aucune de nos réunions, remarquai-je.—Non, répondit-il, il dit qu’il ne peut aller aux réunions. Il prie presque tout le temps, jour et nuit, et dans une telle agonie d’esprit que je ne sais ce que je puis y faire. Parfois il ne peut même pas se tenir sur les genoux mais gît prostré sur le plancher et gémit et prie d’une manière qui m’étonne vraiment». Je dis à ce frère: «Je comprend cela mais je vous en prie, demeurez en paix. Tout cela s’arrangera: sa prière aura le dessus». 

    Je connaissais à l’époque un nombre considérable d’hommes qui étaient éprouvés de la même façon. Le diacre P. de Camden dans le comté d’Oneida, le diacre T. de Rodman dans le comté de Jefferson, le diacre B. d’Adams dans le même comté; ce monsieur Clary et beaucoup d’autres hommes ainsi qu’un grand nombre de femmes participaient du même esprit et passaient une grande partie de leur temps dans la prière. Le père Nash, comme nous l’appelions, qui vint m’aider dans plusieurs de mes champs de travail était encore un de ces hommes qui avaient ce puissant esprit de prière triomphante. Ce Mr. Clary resta à Rochester tout le temps que j’y fus et ne quitta qu’après moi. Il ne parut jamais en public, pour autant que je sache, mais se donna entièrement à la prière. 

    Un jour, à Auburn, c’était je pense la seconde fois que nous y célébrions le jour du repos, je notai parmi l’assemblée le visage solennel de Mr. Clary. Il semblait qu’il fut accablé par le poids d’une agonie de prière. Etant, comme je l’ai déjà dit assez intime avec lui et connaissant le grand esprit de prière dont Dieu lui avait fait don, je fus très heureux de le voir là. Il était assis dans le choeur avec son frère le docteur, qui faisait aussi profession de religion mais qui, je pense, n’avait aucune expérience de la grande puissance qu’avait son frère Abel auprès de Dieu. 

    Pendant une interruption aussitôt que je fus descendu de la chaire, Mr. Clary et son frère vinrent à ma rencontre au pied même des marches et le docteur m’invita à aller chez lui passer ce moment et prendre une légère collation, ce que j’acceptai. 

    Arrivés chez lui, nous fûmes bientôt appelés à table. Nous nous y assîmes et le Dr Clary, se tournant vers son frère dit: «Frère Abel, voulez-vous demander la bénédiction?» Frère Abel inclina la tête et commença à haute voix. Il avait à peine prononcé une phrase ou deux qu’il s’effondra brusquement, se retira soudain de la table et s’enfuit vers sa chambre. Le docteur pensant qu’il s’était subitement trouvé indisposé, se leva et le suivit. Au bout de quelques instants, il redescendit et dit: «Mr. Finney, mon frère Abel désire vous voir.—Qu’est-ce qu’il a?—Je ne sais pas, mais il dit que vous le savez. Il paraît être dans une grande affliction mais je pense que c’est son état d’esprit». Je compris à l’instant et montai à sa chambre. Il était allongé gémissant sur son lit, l’Esprit intercédant pour lui et en lui par des soupirs inexprimables. J’étais à peine entré dans la pièce qu’il parvint à dire: «Priez, frère Finney». Je m’agenouillai et l’assistai dans la prière, conduisant son âme dans l’intercession pour la conversion des pécheurs. Je continuai à prier jusqu’à ce que son affliction fût apaisée puis je retournai à table. 

    Je compris que c’était là la voix de Dieu. Je vis que l’esprit de prière était sur lui, sentis son influence sur moi-même et fus assuré que l’oeuvre avancerait puissamment. Il en fut bien ainsi. Le pasteur me dit plus tard avoir constaté que pendant les six semaines que j’avais passé là cinq cents âmes avaient été converties.» 

    Mr. Finney, dans ses «Discours sur les réveils», parle d’autres remarquables réveils en réponse aux prières du peuple de Dieu. Il dit quelque part: «Un pasteur me parla d’un réveil parmi son troupeau qui commença dans l’église par le zèle et la consécration d’une femme. Elle devint anxieuse au sujet des pécheurs et se mit à prier pour eux; plus elle priait et plus son angoisse augmentait; finalement elle vint trouver son pasteur, parla avec lui et lui demanda de faire une réunion pour âmes anxieuses car elle sentait qu’il en fallait une. Le pasteur reconduisit car il ne sentait rien de semblable. La semaine suivante elle revint et le supplia de faire une réunion pour âmes anxieuses; elle savait qu’il y aurait des gens pour y assister car elle sentait que Dieu allait répandre son Esprit. Il reconduisit à nouveau. Finalement elle lui dit: «Si vous ne faites pas une réunion pour âmes anxieuses j’en mourrai car il va certainement y avoir un réveil». Au jour du repos suivant il annonça une réunion et dit que s’il y avait quelqu’un qui désirât s’entretenir avec lui du salut de son âme, il le rencontrerait ce soir-là. Il n’avait connaissance d’aucun cas mais quand il se rendit à l’endroit convenu, il trouva à sa stupéfaction un grand nombre de personnes anxieuses venues l’interroger.» 

    Ailleurs encore, il dit: «Le premier rayon de lumière qui luit dans la nuit profonde qui enveloppait les églises du comté d’Oneida, à la fin de 1825, vint d’une femme de santé délicate qui, je pense, ne s’était jamais trouvée dans un puissant réveil. Son âme était éprouvée au sujet des pécheurs. Elle était en agonie pour le pays. Elle ne savait ce qui lui arrivait, mais elle continua à prier toujours davantage jusqu’à ce qu’il lui semblât que son agonie allait détruire son corps. Enfin elle fut remplie de joie et s’écria: «Dieu est venu! Dieu est venu! On ne peut s’y tromper, l’oeuvre est commencée et s’étend sur toute la région». Et effectivement l’oeuvre commença, presque toute sa famille fut convertie et le réveil s’étendit sur toute cette partie du pays». 

    Le grand réveil de 1857 aux Etats-Unis commença dans la prière et se poursuivit par la prière plus que par aucun autre moyen. Le docteur Cuyler, dans un article d’un journal religieux disait, il y a quelques années: «La plupart des réveils ont d’humbles commencements et le feu s’allume dans quelques coeurs brûlants. Ne méprisons jamais le temps des petits commencements. Pendant toute la durée de mon long ministère, presque chaque oeuvre eut une origine semblable. L’une commença dans une réunion convoquée quelques heures seulement à l’avance dans une maison particulière, une autre, dans un groupe réuni par Mr. Moody pour une étude biblique dans notre salle d’évangélisation, une autre encore, la plus puissante de toutes, fut allumée par une glaciale soirée de Janvier au cours d’une réunion de jeunes chrétiens assemblés sous mon toit. Le docteur Spencer dans ses Esquisses pastorales (le livre le plus suggestif que j’aie jamais lu dans ce genre) nous raconte qu’un réveil remarquable jaillit dans son église des prières ferventes d’un pieux vieillard confiné dans sa chambre parce qu’il était infirme. Ce profond chrétien qu’est le Dr. Thomas H. Skinner, de l’Union Theological Seminary, me fit une fois le récit d’une remarquable rencontre dans son bureau de trois hommes fervents alors qu’il était pasteur de l’église de Arch Street à Philadelphie. Ils luttèrent littéralement dans la prière, purifièrent leur coeur dans la confession de leurs péchés et s’humilièrent devant Dieu. L’un après l’autre, les anciens de l’église vinrent se joindre à eux. La flamme ainsi allumée d’En-Haut s’étendit à travers l’assemblée entière en l’un des plus puissants réveils que l’on ait jamais vus dans cette ville». 

    Au début du XVI° siècle il y eut un grand réveil religieux dans l’Ulster, en Irlande. Les terres des chefs rebelles qui avaient été confisquées par la couronne d’Angleterre étaient alors occupées par une population de colons qui, pour la plupart, étaient dominés par un sauvage esprit d’aventures. La vraie piété était rare. Sept pasteurs, cinq venus d’Ecosse et deux d’Angleterre s’établirent dans ce pays, les premiers étant arrivés en 1613. Un contemporain nous rapporte qu’un de ces pasteurs, nommé Blair, «passait de nombreuses journées et de nombreuses nuits dans la prière, seul ou avec d’autres et qu’une grande intimité avec Dieu lui était accordée». James Glendenning, homme très pauvre en dons naturels, avait le même état d’esprit quant à la prière. C’est sous la conduite de ce Glendenning que le travail commença. Le chroniqueur déclare: «C’était un homme qui n’aurait jamais été choisi ni envoyé par un sage conseil de pasteurs pour commencer une réforme dans ce pays. Pourtant ce fut le choix du Seigneur de se servir de lui pour commencer l’admirable oeuvre de Dieu que je mentionne à dessein, afin que tous puissent voir combien la gloire appartient au Seigneur seul d’avoir suscité une nation sainte dans ce pays impie; ce ne fut «ni par la puissance, ni par la force, mais par mon Esprit, dit l’Eternel des armées». Pendant sa prédication à Oldstone, des multitudes d’auditeurs se sentirent saisis d’une grande anxiété et terriblement repris dans leur conscience. Ils se regardaient comme étant tout à la fois perdus et damnés et criaient: «Hommes frères, que ferons-nous pour être sauvés?». Ils furent frappés jusqu’à s’évanouir par la puissance de Sa Parole. En un seul jour, douze d’entre eux furent emportés au dehors comme morts; et ce n’étaient pas des femmes, mais quelques-uns de ces esprits les plus hardis de la contrée, de ceux qui auparavant ne craignaient point de jeter l’effroi par leur épée dans tout un bourg. «J’ai entendu l’un d’eux, continue le chroniqueur, alors puissant gaillard et maintenant chrétien plein de puissance, dire que son but en entrant dans l’église était de s’entendre avec ses compagnons sur la manière d’opérer quelque mauvais coup». 

    Cette oeuvre s’étendit à travers tout le pays. Vers l’année 1626 il se tenait chaque mois, à Antrim, une réunion de prière. L’oeuvre s’étendit au delà des limites de Down et d’Antrim aux églises des pays avoisinants. L’intérêt pour les choses religieuses devint si grand qu’on venait de trente et quarante milles à la ronde pour la communion et s’en retournait sans sentir la fatigue, bien que n’ayant pas dormi depuis le départ. Beaucoup d’entre eux ne mangeaient ni ne buvaient dans l’intervalle et quelques-uns déclaraient cependant qu’ils «repartaient plus frais et plus vigoureux, tant l’âme était remplie du sentiment de la présence de Dieu». 

    Ce réveil changea complètement le caractère de l’Irlande du Nord. 

    Un autre grand réveil en Irlande en 1859 eut une origine à peu près semblable. Pour beaucoup qui n’étaient pas au courant, il sembla que cette oeuvre merveilleuse se produisit inopinément et sans préparation. Mais le révérend William Gibson, président de l’Assemblée ‘générale de l’Eglise presbytérienne d’Irlande en 1860 raconte, dans son très intéressant et précieux historique de l’oeuvre, comment elle fut préparée pendant deux ans. On s’était fréquemment entretenu à l’Assemblée générale du misérable niveau religieux des églises et du besoin d’un réveil. Il y avait eu des sessions spécialement consacrées à la prière. Finalement quatre jeunes hommes, qui devinrent les initiateurs de cette ‘grande oeuvre, commencèrent à se réunir dans une vieille école des environs de Relis. Vers le printemps de 1858, une oeuvre de puissance commença à se manifester puis elle s’étendit de ville en ville, de comté en comté. Les assemblées devinrent trop grandes pour leurs locaux et les réunions se tinrent en plein air, souvent fréquentées par plusieurs milliers de personnes. Fréquemment aussi, plusieurs centaines de personnes étaient convaincues de péché en une seule réunion. En quelques endroits, les tribunaux de justice criminelle et les prisons furent fermés faute d’occupation. Il y eut des manifestations extrêmement remarquables de la puissance du Saint-Esprit qui prouvaient clairement que le Saint-Esprit est aussi disposé à agir aujourd’hui qu’aux temps apostoliques quand les pasteurs et les chrétiens croient en Lui et commencent à préparer la voie dans la prière. 

    Le merveilleux travail de Mr. Moody en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, et qui s’étendit plus tard en Amérique eut, du côté humain, son origine dans la prière. Mr. Moody ne produisait que peu d’impression avant que des hommes et des femmes commençassent à crier à Dieu. C’est ainsi que sa venue en Angleterre fut en tout point la réponse aux cris importuns adressés à Dieu par une sainte personne rivée à son lit. Tant que l’esprit de prière persista, le réveil subsista dans toute sa force, mais avec le temps on usa de moins en moins de la prière et la puissance de l’oeuvre diminua très sensiblement. Il est hors de doute que l’une des causes profondes de ce que beaucoup de nos soi-disant réveils modernes ne sont ni satisfaisants, ni profonds, ni réels, est qu’on les fait dépendre beaucoup plus de procédés humains que de la puissance de Dieu recherchée et obtenue par la prière fervente, persévérante et pleine de foi. Nous vivons en un temps que caractérise l’usage sans cesse accru des procédés humains et l’abandon de la puissance de Dieu. Le cri du jour est travail, activité, labeur, organisations modernes, méthodes actuelles, procédés nouveaux; or, le grand besoin du jour est la prière. Le diable a fait un coup de maître en poussant l’Eglise dans sa généralité à laisser de côté cette arme puissante qu’est la prière. Le diable consent parfaitement à ce que l’Eglise multiplie les organisations et invente des procédés habiles pour conquérir le monde à Christ si seulement elle accepte de cesser de prier. Il rit en regardant à l’Eglise aujourd’hui et dit en lui-même: 

    «Peu importent vos écoles du dimanche et vos rassemblements de jeunes, vos unions chrétiennes de jeunes gens ou vos ligues féminines contre l’alcoolisme, vos activités chrétiennes, vos troupes d’éclaireurs, vos grandes chorales et vos belles orgues, vos brillants prédicateurs et aussi vos efforts pour le réveil, si vous n’y faites descendre la force du Dieu Tout-Puissant par la prière fervente, persévérante et pleine de foi, seule efficace.» 

    La prière pourrait produire des résultats tout aussi merveilleux aujourd’hui que jamais si l’Eglise voulait bien s’y appliquer. 

    Or, il semble y avoir des indices croissants de ce que l’Eglise prend conscience de ce fait. Ça et là Dieu place sur le coeur de pasteurs et d’assemblées un fardeau de prières qu’ils n’avaient jamais connu auparavant. On commence à s’en remettre moins aux procédés et davantage à Dieu. Des pasteurs crient à Dieu jour et nuit pour recevoir la puissance d’En-Haut. Des églises ou des groupes de chrétiens se réunissent tôt le matin ou tard le soir criant à Dieu pour la pluie de l’arrière saison. Tous les signes de la venue prochaine d’un réveil puissant et étendu sont réunis, toutes les circonstances propres à permettre qu’un réveil survenant dans un pays quelconque à l’heure actuelle, se répande plus largement qu’aucun autre réveil de l’histoire sont rassemblées. Les voyages et les moyens de communication par lettre et par câble* entre toutes les parties du monde sont extrêmement fréquents et rapides. Un authentique feu de Dieu allumé en Amérique s’étendrait bientôt jusqu’aux points les plus reculés du globe. La seule chose nécessaire pour produire ce feu est la prière. 

    Il n’est pas nécessaire d’attendre que l’Eglise entière s’y mette pour commencer à prier, les grands réveils commencent toujours dans le coeur de quelques hommes et femmes que Dieu élève par Son Esprit jusqu’à croire en Lui comme en un Dieu vivant, un Dieu qui répond à la prière, et sur le coeur desquels Il place un fardeau dont on ne peut trouver aucun allégement si ce n’est en criant à Dieu avec importunité. 

    Puisse Dieu utiliser ce livre pour que beaucoup se lèvent et se mettent à prier afin que le réveil si grandement nécessaire puisse venir et venir promptement. 

    ET MAINTENANT, PRIONS!

* Torrey ne connaissait encore ni avion, ni radio!

http://456-bible.123-bible.com