Un modèle à méditer

Matthieu 6.5-15

« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen! Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. »

Comment avez-vous appris à prier ? Est-ce que vous vous êtes déjà posé la question ? Vous avez peut-être eu l’occasion de suivre un séminaire sur la prière où vous avez approfondi une ou plusieurs facettes de cette activité qui fait partie intégrante de toute vie et relation avec Dieu. Mais, au départ, comment avez-vous appris à prier ?

En général, nous apprenons à prier comme nous apprenons à parler, en écoutant les autres prier ! Il n’y a rien de plus naturel et cela ne marche pas trop mal. Mais c’est une méthode qui a ses limites, et même ses dangers. Pourquoi un petit enfant parle-t-il avec un accent marseillais ? Parce que ses parents et son entourage parlent comme ça ! Si des parents prennent des libertés avec la grammaire, leur enfant le fera aussi et ses instituteurs auront parfois beaucoup de mal à le corriger.

Ayant appris à prier en imitant les autres, nous avons sans doute tous assimilé de bonnes habitudes – mais aussi de mauvaises. Il faut bien, un jour ou l’autre, s’arrêter pour réfléchir. Dans l’évangile de Luc, dans le passage parallèle à celui que nous avons lu, nous découvrons qu’un disciple s’est rendu compte un jour que Jésus priait autrement, que lui et ses compagnons ne savaient pas prier comme Jésus. Cela l’a poussé à formuler une requête que nous ferions bien de faire nôtre : Seigneur, enseigne-nous à prier !

Le Nouveau Testament nous donne un certain nombre d’exemples, d’échantillons de prières formulées par les premiers chrétiens. Beaucoup sont des prières de l’apôtre Paul qu’il serait intéressant de regarder. Mais le point de départ de notre réflexion sur la prière ne peut être que le modèle que Jésus lui-même a proposé en réponse à la demande de ses premiers disciples.

Ce modèle pose les bases qui nous aideront à entamer une réflexion sur notre propre façon de prier, pour commencer à faire le tri dans les habitudes prises.

Un modèle, pas un moule

Luc introduit la leçon sur la prière, donnée en réponse à la demande par la formule : Lorsque vous priez, dites... Cela peut laisser la porte ouverte à l’idée que, pour bien prier, il faut répéter les paroles que Jésus a prononcées. On remarquera, quand même, qu’il n’y a aucune trace d’une telle pratique dans la suite du Nouveau Testament.

La demande n’était pas : « Enseigne-nous une prière » ! La réponse de Jésus n’est donc pas : « Répétez après moi... » Avec la formule retenue par Matthieu, tout devient clair. À la requête, enseigne-nous à prier, répond : Voici comment (de quelle manière) vous devez prier. Il s’agit d’un modèle à suivre et non d’un moule dans lequel faire entrer tout ce que nous voulons dire à Dieu.

La plupart d’entre nous ont trouvé parfois du réconfort dans le fait d’utiliser un psaume comme prière ou de redire tout simplement les paroles si connues du « Notre Père ». Il peut y avoir des jours où nous ne pouvons pas faire plus ! Mais il est important de comprendre que la prière n’est pas, ne peut pas être que ça.

Rien n’empêche, à l’occasion, de lire à votre conjoint un beau poème d’amour d’un auteur connu... Mais si vous ne communiquez plus que par poème, vous risquez fort d’entendre la question : « Tu n’as rien de plus personnel à me dire ? »

Le modèle proposé par Jésus nous incite à devenir personnel dans nos prières. Nous pouvons, bien sûr, « faire nôtre » une prière toute faite, mais, au fond, elle sera toujours de moins personnelle.

C’est un modèle simple qui peut se résumer en peu de mots : Dieu d’abord, nous (moi et les autres) ensuite.

Dieu d’abord

Il ne faut pas prendre les modèles bibliques pour des cadres rigides ou tomber dans la superstition de penser que si j’applique le modèle, le Seigneur devra m’exaucer... Puisque la prière est d’abord une forme de communication personnelle avec quelqu’un qui m’aime, il y a une certaine latitude ou sou- plesse. Mais ce n’est pas pour rien que le Seigneur Jésus organise cette prière comme il le fait. Il faut y réfléchir.

Notre pente naturelle est de commencer par... nous ! Nos besoins, nos tracas, nos bobos – ceux de nos proches aussi, bien sûr. Jésus nous recommande de commencer par vérifier que nos prières sont bien adressées. À qui parlons-nous ?

Il est extrêmement courant d’entendre un chrétien raconter une prière en disant : « Je me suis dit : Seigneur, je t’en prie, interviens dans cette situation ! » Vous ne l’avez jamais remarqué ? À qui parlons-nous dans la prière ?

Le Seigneur Jésus nous invite à commencer par lever les yeux et par vérifier l’adresse du destinataire de notre prière. Au commencement, Dieu...

Jésus met lui-même en pratique ce qu’il vient de recommander : En priant, ne multipliez pas les paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Si tu n’es pas sincère, Dieu le saura. Ce n’est pas la peine d’en rajouter. Si tu es sincère, Dieu le saura aussi et, encore une fois, il ne sert à rien d’en rajouter.
Cela peut sembler terriblement succinct, mais, en quelques mots, le Seigneur Jésus affirme l’essentiel : Dieu, qui il est, où il est, ce qu’il mérite, ce qu’il projette, ce qu’il veut. Dieu qui est-il ?

Pour Abram, il est le Dieu Très-haut qui produit le ciel et la terre. Pour Jacob, il était Dieu d’Abraham, mon père, Dieu d’Isaac, mon père. Pour David, il était, entre autres, mon roc, ma forteresse, mon libérateur, mon bouclier, ma citadelle, mon refuge... Il y a dans toutes ces appellations des choses qui restent vraies pour nous et dont nous pouvons nous emparer.

Mais, pour le disciple de Jésus-Christ, Dieu est notre Père. Et dans la bouche de Jésus, cela veut dire bien plus que « créateur ». Nous nous adressons à notre géniteur spirituel, à celui qui nous a régénérés par son Esprit pour une vie nouvelle et éternelle. Notre Père...

Il est où, ce Père ? Notre Père qui es dans les cieux. Il y a ici comme un écho des paroles de l’Ecclésiaste : Dieu est au ciel, et toi sur la terre ; que tes paroles soient donc peu nombreuses. Cela colle avec ne multipliez pas les paroles. Mais Jésus ne veut pas mettre en avant une distance ; il insiste plutôt sur la connaissance intime : ton Père... voit dans le secret. Lorsque je parle à Dieu, je ne lui apprends jamais rien qu’il ne sait déjà ! Je peux donc aller à l’essentiel, sans m’étendre sur les détails.

Notre Père, étant dans les cieux, est bien plus au courant que nous, mais, en plus, il est souverain et capable.

Que mérite-t-il ? D’être reconnu dans sa sainteté et sa majesté, d’être adoré.

Que projette-t-il ? D’instaurer son règne, en commençant dans nos vies et dans son Église et en aboutissant à l’instauration définitive dans la nouvelle création qu’il prépare.

Que veut-il ? question qui doit nous préoccuper lorsque nous prions ! En tout cas, il a une volonté – et il veut que nous désirions sa volonté plus que la nôtre.

Pourquoi évoquer tout cela lorsque nous prions ? Dieu a- t-il besoin que nous lui rappelions qui il est, où il est, etc. ? Sûrement pas ! Mais quand nous nous rappelons ces choses, cela doit changer notre façon de prier.

Nous ensuite

Donnant des consignes pour la prière personnelle, Jésus dit : prie ton Père qui est dans le secret. Nous sommes donc fondés à dire : « Dieu est mon Père ».

Néanmoins, lorsqu’il esquisse son modèle pour enseigner comment prier, le Seigneur semble s’astreindre à mettre des « nous » partout. Notre Père... donne-nous... notre pain ; remets-nous nos dettes, comme nous aussi... ne nous fais pas entrer dans l’épreuve, mais délivre-nous... C’est plutôt flagrant.

Dans « nous », il y a moi, mais il n’y a pas que moi. Dans « nous », je ne suis pas oublié, mais je ne suis pas seul. Si la prière selon Jésus, c’est Dieu d’abord,

ce n’est pas « ensuite moi » mais « ensuite nous »

Lorsque ma prière se focalise sur moi, sur mes besoins matériels et spirituels – à l’exclusion de ceux de mes frères et sœurs, elle quitte la voie tracée par Jésus, elle sort du cadre de son enseignement.

Nous trouvons dans les prières de Paul des demandes ambitieuses, des requêtes hardies, qui touchent à différents aspects de la vie des chrétiens. Mais, en dehors de quelques cas très particuliers, on découvre que dans les prières de l’apôtre, ce qu’il demande pour l’un, il le demande pour tous (ou pour chacun !).

Il y a une différence entre « Donne-moi aujourd’hui mon pain pour ce jour » et donne-nous, aujourd’hui, notre pain. Dans notre pain, mon pain est compris, dans la remise de nos dettes, les miennes sont couvertes, dans délivre-nous du Mauvais, ma délivrance est incluse... mais je ne me désolidarise pas de mes frères et sœurs dans le corps de Christ. Si j’ai du pain et que mon frère n’en a pas, je ne dirai pas qu’il n’avait qu’à prier plus fort. Je chercherai plutôt comment ce que j’ai reçu pourrait contribuer à l’exaucement de tous. Contribuer à la banque alimentaire, parrainer un enfant avec le SEL, les moyens ne manquent pas pour ceux qui veulent passer de « donne-moi » à donne-nous.
Nous connaissons tous ces moments où l’horizon de nos prières se resserre au point où nos requêtes ressemblent fort à de l’égoïsme. Mais, cela aussi, notre Père est prêt à nous le pardonner pour nous en délivrer.

Voici donc comment vous devez prier... Le Seigneur nous fournit une approche plutôt qu’un programme. Il nous enseigne à mettre Dieu d’abord, pour nous rappeler à qui nous nous adressons. Nous avons besoin de redire ce que nous croyons : Dieu, sa paternité, sa sainteté, sa souveraineté, sa volonté.

Dieu d’abord, ensuite... nous. Moi, oui, mais pas que moi. Je ne suis pas oublié, mais je ne suis pas seul. Que Dieu nous aide à élargir les horizons de nos prières pour inclure nos frères et sœurs en Christ, au près ou au loin, pour que ce nous, qui était si important pour Jésus, s’installe plus profondément dans nos cœurs. Seigneur, enseigne-nous à prier !

Je peux mieux prier

Colossiens 1.3-20

« Nous rendons grâces à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, et nous ne cessons de prier pour vous, ayant été informés de votre foi en Jésus Christ et de votre charité pour tous les saints, à cause de l'espérance qui vous est réservée dans les cieux, et que la parole de la vérité, la parole de l'Évangile vous a précédemment fait connaître. Il est au milieu de vous, et dans le monde entier; il porte des fruits, et il va grandissant, comme c'est aussi le cas parmi vous, depuis le jour où vous avez entendu et connu la grâce de Dieu conformément à la vérité, d'après les instructions que vous avez reçues d'Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service, qui est pour vous un fidèle ministre de Christ, et qui nous a appris de quelle charité l'Esprit vous anime. C'est pour cela que nous aussi, depuis le jour où nous en avons été informés, nous ne cessons de prier Dieu pour vous, et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d'une manière digne du Seigneur et lui être entièrement agréables, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres et croissant par la connaissance de Dieu, fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients. Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière, qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l'Église; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier. Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui; il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »

Lorsque Jésus a commencé à instruire ses premiers disciples dans l’art de prier, il a débuté par des mises en garde : ne priez pas comme les hypocrites, ne priez pas comme les païens. Il existe de mauvaises manières de prier !

En partant du modèle que Jésus a proposé, l’Église a appris à prier, et le Nouveau Testament a conservé pour nous des échantillons intéressants de ces prières des premiers chrétiens. En particulier, nous possédons un certain nombre de prières de l’apôtre Paul, prières qui sont incluses dans les lettres écrites à diverses églises locales. Le texte que nous venons de lire en est un exemple.

Quel est l’intérêt de méditer cette prière aujourd’hui, alors que celui qui l’a formulée et ceux pour qui il a prié sont morts et enterrés depuis longtemps ? Paul écrit aux Corinthiens : Suivez donc mon exemple, comme moi, de mon côté, je suis celui du Christ. Ce qui devrait nous intéresser, c’est encore et toujours la manière de prier que nous découvrons ici. Voici de quelle manière vous devez prier... Dans la mesure où nos prières adoptent la même manière, nous pouvons en tirer encouragement. Cela nous stimulera à persévérer. Dans la mesure où nos prières diffèrent de cette manière de parler à Dieu, nous pouvons nous poser des questions et nous laisser interpeler, nous remettre en question. Nous avons nos habitudes, mais elles ne sont pas toutes bonnes.

Prier de travers ?

Selon Jésus lui-même, les hypocrites prient, mais pour se faire remarquer. Ils se glorifient : « Voyez comme je suis pieux ! » Dieu n’est pas glorifié par leur prière et celui qui prie de cette manière n’aura d’autre récompense que l’admiration passagère des spectateurs.

Les païens, eux, pensent pouvoir « mettre la pression » sur Dieu en l’inondant de paroles. Ils croient pouvoir « soûler » la divinité au point où elle finira par leur donner ce qu’ils veulent.
À ces approches erronées, Jésus dit non. Il enseigne à ses disciples une autre manière de prier que nous avons résumé par la formule : Dieu d’abord, nous ensuite. Savoir à qui nous nous adressons, s’engager à demander pour tous les chrétiens ce que nous demandons pour nous-mêmes.

Venons-en maintenant à la prière de Paul pour les Colossiens. Elle s’appuie, comme on pouvait s’y attendre, sur ce qu’il sait de Dieu, qu’il appelle le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Il le reconnaît aussi comme le Père qui vous a ren- dus capables d’avoir part à l’héritage qu’il réserve dans son royaume de lumière à ceux qui lui appartiennent (v.12). Il dirige les pensées de ses lecteurs vers ce Dieu que nul ne voit, mais dont le Fils est la manifestation visible. Le règne ou royaume est mentionné à plusieurs reprises. La pleine connaissance de la volonté du Seigneur fait partie des requêtes formulées. On peut affirmer qu’il met Dieu d’abord.

Ensuite, il énumère un certain nombre de demandes qu’il présente au Seigneur pour les chrétiens de Colosses. Il ne parle pas de lui, mais on peut affirmer sans hésiter que, tout ce qu’il demande pour les Colossiens, il le désire aussi pour lui-même.

Nous ferions bien de nous arrêter sur les requêtes de Paul et de réfléchir à nos priorités dans la prière et aux genres de demandes qui occupent la plus grande place dans notre intercession – pour nous-mêmes et pour nos frères et sœurs en Christ.

Se pourrait-il que nous priions de travers ?

Aussi, depuis le jour où nous avons entendu parler de vous, nous aussi, nous ne cessons de prier Dieu pour vous. Nous lui demandons qu’il vous fasse connaître pleinement sa volonté, en vous donnant, par le Saint-Esprit, une entière sagesse et un parfait discernement. Ainsi vous pourrez avoir une conduite digne du Seigneur et qui lui plaise à tous égards. Car vous porterez comme fruit toutes sortes d’œuvres bonnes et vous ferez des progrès dans la connaissance de Dieu. Dieu vous fortifiera pleinement à la mesure de sa puissance glorieuse, pour que vous puissiez tout supporter et persévérer jusqu’au bout – et cela avec joie. Vous exprimerez votre reconnaissance au Père...

Maintenant, pensons à nos propres prières ! Quel pourcentage de nos demandes concernent notre santé et celle de nos proches, notre protection sur la route, notre travail, notre réussite aux examens, les besoins de nos enfants, l’acceptation de notre dossier de prêt, et des choses semblables ? Comment est-ce que cela se compare avec ce qui préoccupe l’apôtre ?

Je suis confus... et humilié, devant la petitesse de mes prières.

Formulons la question autrement. De combien de nos requêtes Jésus dirait-il : Toutes ces choses, les païens s’en préoccupent sans cesse. Ne les imitez pas...
Il se peut, effectivement que nous priions de travers – ou que nos prières soient déséquilibrées. La manière de prier que Jésus a enseignée à ses disciples nous incite à renoncer à l’intercession égoïste, à dire donne-nous plutôt que « donne-moi ». Mais elle suggère aussi un équilibre différent dans nos préoccupations, le refus de nous laisser obnubiler par des questions physiques, matérielles ou financières. Dans la prière modèle, la question du pain est réglée en une phrase.

Il faut redresser la barre. Il faut changer de cap. La prière de Paul pour les Colossiens peut nous aider à ne plus prier comme des païens.

Prière bien ciblée

Essayons de relever les grandes lignes de ce que l’apôtre désire et demande à Dieu pour les chrétiens de Colosses.

Nous lui demandons qu’il vous fasse connaître pleinement sa volonté, en vous donnant, par le Saint-Esprit, une entière sagesse et un parfait discernement. Paul n’écrit pas cela parce que les Colossiens avaient un problème particulier avec la volonté de Dieu. Il ne les avait jamais rencontrés. Ce qu’il demande pour eux est ce qu’il considère comme essentiel et indispensable pour tous les disciples de Christ.

Lorsque nous parlons de la volonté de Dieu pour nous, bien souvent, nous pensons aux grandes décisions : choix d’une carrière, d’un conjoint, d’un lieu, d’une église locale... Et nous avons raison de chercher la direction de Dieu en toutes choses. Mais la volonté de Dieu ne concerne pas que les grandes orientations. Bien au contraire, jour après jour, elle s’intéresse à notre manière de vivre, dans tous les domaines.

Ce que Paul demande, en fait, c’est la poursuite et l’approfondissement du travail de renouvellement dont il parle en Romains 12.2 : Ne vous laissez pas modeler par le monde actuel, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de votre pensée, pour pouvoir discerner la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

Le monde travaille sans relâche pour brouiller notre vision de ce qui est juste, de ce qui est bon, de ce qui est bien. Il est urgent de comprendre l’importance de prier les uns pour les autres pour que nous ne nous laissions pas déformer, pour que la Parole et l’Esprit aiguisent constamment notre connaissance de la volonté du Père.

Je me rends compte combien il est facile, en priant pour un frère, de glisser dans ma requête la réponse qui me semble bonne : « Seigneur, fais-lui comprendre que c’est ça qu’il doit faire ! » La prière juste serait plutôt : « Seigneur, montre-lui ce qui te plaît, ce qui te serait agréable. » Derrière cette requête, il y a la conviction que Dieu est pleinement capable d’éclairer ses enfants, par son Esprit.

Ainsi vous pourrez avoir une conduite digne du Seigneur et qui lui plaise à tous égards. Paul dévoile ici ce qu’il désire vraiment pour ses frères et sœurs. Ce qui est vraiment important n’est pas qu’ils s’engagent dans telle ou telle activité, mais que tout ce qu’ils vivent, disent et font plaise au Seigneur Jésus.

Encore une fois, le but n’est pas que les choix de mon frère ou de ma sœur me plaisent, mais qu’ils soient cohérents avec le fait d’appeler Jésus « Seigneur ». N’oublions pas la prière modèle : Notre Père, que ta volonté advienne ! Chacun doit poser la question pour lui-même : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Quelles responsabilités devrais-je prendre dans l’église ? Que dois-je faire de mon temps libre ? Quel usage devrais-je faire de mon argent ? Dans toutes les circonstances et toutes les décisions : « Seigneur, qu’est-ce qui te ferait plaisir ? »

Paul ne laisse pas les Colossiens dans le doute quant aux manifestations d’une vie qui plaît au Seigneur. Il en donne les caractéristiques. Il énumère ainsi les signes qui démontreront que sa prière pour les Colossiens a été exaucée. Il nous indique donc ce que nous devons espérer voir dans la vie de ceux pour qui nous prions – et ce que les autres, qui prient pour nous, devraient guetter dans notre vie, pour leur encouragement.

Très rapidement, voici les fruits de la grâce que Paul mentionne...

« ... toutes sortes d’œuvres bonnes » : une œuvre bonne étant un geste, une parole, un projet, une pensée ou une action qui plaît au Seigneur ; ces œuvres sont de toutes sortes parce que la grâce porte toujours du fruit, mais ce fruit est multiforme et très varié. Quelle forme prendra-t-il dans ta vie ? C’est ce que tu dois chercher à découvrir, avec l’aide de la sagesse et du discernement qu’apporte l’Esprit.

La croissance dans la connaissance de Dieu : si tu ne te poses plus de questions, si tu crois avoir fait le tour de la révélation de Dieu, tu ne grandis plus dans sa connaissance.

Des progrès dans l’endurance et la persévérance. Tout le monde peut faire le dos rond, serrer les dents et avancer quand même. Le fruit de la grâce, c’est la persévérance accompagnée de joie : le calme face aux moqueries, la paix devant les insultes, la confiance même dans les souffrances.

Une culture de la reconnaissance qui triomphe de notre nature pessimiste, revendicative, ingrate, toujours insatisfaite.

C’est tout cela que doit viser notre intercession les uns pour les autres. Il faut être plus ambitieux dans nos prières !

Vous avez déjà vu sur un bulletin scolaire : « Peut mieux faire ». Une évaluation honnête de notre intercession aboutit à la conclusion « peut mieux prier ». Si nous ne savons toujours pas quoi demander dans nos prières pour nos frères et sœurs en Christ, ce n’est sûrement pas la faute de l’apôtre Paul...

Viser plus haut

2 Thessaloniciens 1.1-12

« Paul, et Silvain, et Timothée, à l'Église des Thessaloniciens, qui est en Dieu notre Père et en Jésus Christ le Seigneur: que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ! Nous devons à votre sujet, frères, rendre continuellement grâces à Dieu, comme cela est juste, parce que votre foi fait de grands progrès, et que la charité de chacun de vous tous à l'égard des autres augmente de plus en plus. Aussi nous glorifions-nous de vous dans les Églises de Dieu, à cause de votre persévérance et de votre foi au milieu de toutes vos persécutions et des tribulations que vous avez à supporter. C'est une preuve du juste jugement de Dieu, pour que vous soyez jugés dignes du royaume de Dieu, pour lequel vous souffrez. Car il est de la justice de Dieu de rendre l'affliction à ceux qui vous affligent, et de vous donner, à vous qui êtes affligés, du repos avec nous, lorsque le Seigneur Jésus apparaîtra du ciel avec les anges de sa puissance, au milieu d'une flamme de feu, pour punir ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile de notre Seigneur Jésus. Ils auront pour châtiment une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force, lorsqu'il viendra pour être, en ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru, car notre témoignage auprès de vous a été cru. C'est pourquoi aussi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous juge dignes de la vocation, et qu'il accomplisse par sa puissance tous les dessins bienveillants de sa bonté, et l'oeuvre de votre foi, pour que le nom de notre Seigneur Jésus soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ. »

Nous avons remarqué que, dans la prière modèle que Jésus a donnée à ses premiers disciples, seule une requête sur six concerne un besoin matériel. Nous avons aussi compris que dans les prières de Paul, comme celle qu’il fait pour les Colossiens, il ne mentionne même pas les préoccupations physiques ou financières. Ce n’est pas qu’il n’a rien à demander pour les chrétiens auxquels il écrit, mais ses demandes touchent prioritairement d’autres facettes de leur vie. Il lui semble surtout important de prier pour que ses frères et sœurs grandissent dans le discernement de la volonté du Seigneur, de ce qui lui est agréable ; que leurs vies produisent les fruits de la grâce ; qu’ils croissent dans la connaissance de Dieu ; qu’ils fassent des progrès en endurance et en persévérance ; qu’ils apprennent à cultiver la reconnaissance.

Nous sommes donc arrivés à la conclusion que nous avons besoin de rééquilibrer notre vie de prière. Les questions de santé, d’argent, de travail, prennent trop souvent tellement de place qu’elles monopolisent notre intercession et nous amènent à négliger ce qui est vraiment important aux yeux de Dieu. Nous devons apprendre à viser plus haut.

Jésus nous invite à prier : Notre Père, que ton règne vienne, que ta volonté advienne. Si Dieu exauçait ces demandes, que se passerait-il ? Dans ma vie, dans la vie de la communauté ? Une prière de Paul pour les Thessaloniciens sug- gère des pistes. Elle nous aide à comprendre ce que Dieu vise. Notre prière doit viser les mêmes buts que Dieu : un règne qui s’installe et s’étend, une volonté qui se traduit en actes.

Un règne qui s’installe et s’étend

Voici comment Paul traduit la chose : qu’il vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé. L’apôtre prend soin de préciser que c’est là une prière qu’il adresse à Dieu – et non une exhortation qu’il adresse aux chrétiens.

Pour le Nouveau Testament et en particulier pour Paul, tous les enfants de Dieu sont des appelés. Seulement, il ne faut jamais oublier qu’aucun de ceux que Dieu appelle n’est digne de cet appel au moment où il est appelé ! L’apôtre lui-même en est un exemple flagrant. Lors de son appel, sur la route de Damas, il était en plein délire persécuteur. Il se félicitait d’avoir désorganisé la communauté chrétienne de Jérusalem. Il se réjouissait d’avance de la terreur qu’il comptait semer parmi les chrétiens en Syrie. À vues humaines, personne ne méritait moins que lui d’être appelé à bénéficier de la grâce. Franchement, il n’en était pas digne !

Comme nous ne méritions pas que le Seigneur vienne nous chercher. Nous avons reçu un appel dont nous n’étions pas dignes. Quel est donc le sens de la prière de Paul pour les Thessaloniciens ? C’est qu’il est persuadé qu’ils doivent devenir dignes de leur appel – et la même chose est vraie pour nous. Mais on déformerait gravement la pensée de l’apôtre si on laissait croire que son désir était de voir ses frères et sœurs se démener pour enfin mériter d’avoir été appelés.

Pour mieux comprendre, pensons au règne que nous devons appeler de nos vœux. Il y a un règne éternel de Dieu que rien n’entame et que rien ne peut ébranler. On pourrait dire que ce règne ne peut ni augmenter ni diminuer, puisqu’il est déjà parfait. Mais Jésus lui-même nous incite à demander : que ton règne vienne ! Qu’est-ce que cela veut dire ?

En fait, pendant la période actuelle de l’Histoire, Dieu tolère que des êtres humains vivent en rébellion à l’égard de son autorité. Ils n’échappent pas vraiment à sa souveraineté, mais ils ont l’impression de vivre en toute indépendance. En envoyant son Fils, Dieu a mis en place le moyen par lequel des pécheurs comme nous peuvent être réconciliés avec lui. Il nous a appelés, nous avons plié le genou et confessé que Jésus-Christ est Seigneur. Maintenant, le règne que nous préférions ignorer nous intéresse. Nous désirons l’accueillir, l’intégrer, le vivre. Lorsque Paul intercède en disant qu’il vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé, c’est comme s’il demandait que le règne de Dieu devienne effectif dans la vie de ses amis, et de plus en plus. Il prie que les chrétiens soient à la hauteur de leur statut d’enfants du Dieu vivant et de l’amour qui a conduit Jésus sur la croix.

Mais il ne suggère aucunement que nous soyons capables d’y arriver par nos propres efforts. Il prie, il demande une action, une œuvre de Dieu dans les cœurs.

Nous sommes généralement assez doués pour débusquer les preuves que nos frères et sœurs ne sont pas à la hauteur de leur vocation en Christ. (Nous ne le sommes pas davantage !) Mais là, nous avons un choix. Soit nous nous contentons de critiquer, de murmurer, de nous lamenter, soit nous nous met- tons à prier pour que le règne de Christ s’enracine de plus en plus et de mieux en mieux dans les cœurs de ses disciples.

Et lorsqu’un frère nous déçoit, réfléchissons à notre part de responsabilité. Qu’avons-nous demandé pour lui dans nos prières ? Qu’il ait moins mal au dos ? Qu’il trouve un meilleur travail ? Qu’il soit heureux ? Ou que, par la grâce agissante de Dieu, il soit rendu digne du beau nom de chrétien et que Christ règne dans tous les domaines de sa vie ?

Il y a de quoi se sentir repris... Nos prières reflètent nos priorités. Si nous ne visons pas plus haut dans notre intercession pour les autres, c’est probablement que nous ne visons pas très haut pour notre propre vie spirituelle et relation avec Dieu.

Une volonté qui se traduit en actes

Le deuxième volet de la prière de Paul à Dieu pour les Thessaloniciens est que, par sa puissance, il fasse aboutir tous leurs désirs de faire le bien et rende parfaite l’œuvre que leur foi leur fait entreprendre.

On est proche de ce que Paul enseigne aux Philippiens, que c’est Dieu qui produit en nous à la fois le vouloir et le faire, conformément à son projet plein d’amour. Mais il y a ici une petite nuance puisque l’apôtre demande que Dieu fasse aboutir vos désirs de faire le bien... Cela présuppose que la première requête de Paul a commencé à trouver son exaucement : le règne d’amour du Christ prend racine et se met à produire du fruit. Il nous inspire des idées d’actions possibles pour glorifier Christ et le faire connaître, des projets de ser- vice. Nous repérons des besoins et cherchons comment nous pouvons essayer d’y répondre. Un désir de faire ce qui est bien aux yeux du Seigneur grandit en nous et cherche à s’exprimer, à se concrétiser. L’Esprit de Christ en nous nous rend créatifs.

Paul envisage que chaque chrétien devienne une force de proposition. C’est tout le contraire de la passivité. Notre foi nous pousse à agir. Pourtant, la réalité de notre vie d’église est souvent très loin de cette vision des choses. On laisse volontiers à quelques-uns le soin de pondre des idées et de prendre des initiatives. Ou alors, il y a ceux qui ont souvent des idées... pour les autres ! « Y’a qu’à, faut qu’on... » Mais que c’est rafraîchissant et encourageant lorsqu’on entend : « J’ai des idées pour la fête de Noël », « J’aimerais proposer quelque chose pour l’évangélisation », « Je veux ouvrir ma maison pour accueillir un groupe de quartier », etc. !

Encore une fois, l’exemple de Paul ne nous incite pas à nous lamenter du manque de créativité de nos frères et sœurs en Christ. Il ne houspille pas les Thessaloniciens ! Il prie pour eux. Et il ne se contente pas de demander qu’ils aient des idées. Il intercède pour que leurs projets ne restent pas des projets, mais se concrétisent : que Dieu rende parfaite l’œuvre que votre foi vous fait entreprendre ! L’idée de rendre parfaite, c’est ce que nous exprimons lorsque nous parlons de « faire entrer dans la réalité », de rendre effectif.

Est-ce que nous prions pour que Dieu fasse émerger des idées et des projets conformes à sa volonté ?

C’est Dieu qui le fera

Le but des prières de Paul n’est évidemment pas que ses amis prennent la grosse tête, qu’ils se mettent à se croire capables de changer le monde par la seule force de leur volonté. Nous devons admettre la vérité des paroles du psalmiste qui a écrit : Si l’Éternel ne bâtit la maison, en vain les bâtisseurs travaillent.

Si nous faisons nôtre la prière de Paul, que ce soit parce que nous sommes convaincus que rien de bien ne se fera si le Seigneur n’est pas le maître d’œuvre. Il nous aidera à comprendre que toutes nos idées ne sont pas bonnes, ou que certaines ne peuvent pas se réaliser dans l’immédiat, mais pourront se concrétiser plus tard. Qu’il nous aide surtout à lui laisser la maîtrise, à lui laisser la main ! Qu’il règne sur nos idées, projets et entreprises !

Seul l’Esprit de Dieu peut nous permettre de faire la différence entre ce que notre foi nous fait entreprendre et ce que notre orgueil, notre intérêt personnel ou notre chair nous incitent à tenter. L’apôtre nous donne quand même un critère pour nous éclairer : Ainsi le Seigneur Jésus-Christ sera honoré en vous et vous serez honorés en lui ; ce sera là un effet de la grâce de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ.

Jésus est glorifié lorsque son règne s’installe dans notre cœur et s’étend à tous les secteurs de notre vie. Il est glorifié quand son règne donne naissance à de nouveaux désirs, conformes à sa volonté, et que notre foi nous rend créatifs dans le témoignage et le service. Et nous sommes glorifiés en retour, car sous l’effet de la grâce nous sommes transformés un peu plus à l’image de notre Maître.

Persévérons à prier les uns pour les autres, mais – avec l’aide de l’Esprit – visons plus haut.

Prier le Dieu qui peut tout

Éphésiens 1.15-23

« C'est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance, et qu'il illumine les yeux de votre coeur, pour que vous sachiez quelle est l'espérance qui s'attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu'il réserve aux saints, et quelle est envers nous qui croyons l'infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force. Il l'a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts, et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir. Il a tout mis sous ses pieds, et il l'a donné pour chef suprême à l'Église, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous. »

Qu’est-ce qui fait l’efficacité de la prière ? Est-ce notre ferveur ? Ou notre insistance ? La persévérance est recommandée, mais les vaines répétitions sont déconseillées. Le plus important est, en fait, la vision de Dieu qui nourrit notre foi.

Nous ne prions pas comme l’homme de la rue qui se dit que « ça ne peut pas faire de mal » ! Jésus enseigne : Voici de quelle manière vous devez prier : Notre Père qui es dans les cieux ! Il y a un réel danger de nous mettre au centre de nos prières, alors que la prière selon Jésus commence par Dieu et nous rappelle que nous dépendons de Dieu et de sa grâce dans tous les domaines que nous abordons : pain, pardon, protection...

La prière de Paul que nous venons de lire est remarquable à cause de sa façon de garder Dieu et Jésus au centre. L’apôtre prie pour les Éphésiens, mais il réussit à exalter le Seigneur en même temps.

Cette prière commence par une référence à ce qui précède : Pour toutes ces raisons... Si vous prenez le temps de relire à tête reposée l’introduction de l’épître, vous y trouverez l’exposé des multiples bénédictions que Dieu accorde, par son Esprit, à ceux qui sont en Jésus-Christ. Il y a un bon résumé au verset 3 : il nous a comblés des bénédictions de l’Esprit dans le monde céleste qui, toutes, sont en Christ. Paul parle d’adoption, de délivrance, de pardon ; il parle de connaissance, d’appartenance, d’espérance. Il rappelle le rôle de l’Esprit qui nous verse un acompte sur notre héritage en Christ.

Il y a ici, évidemment, un nouvel exemple de comment nous pouvons mieux prier, et mieux prier les uns pour les autres. Paul commence par reconnaître ce que Dieu a déjà fait pour chacun de ses enfants. Il poursuit en approfondissant ce que nous devons encore attendre et espérer de la grâce. Il termine par une vision puissante de celui que nous prions.

Remercier pour ce que la grâce a déjà accompli

C’était quand la dernière fois que vous avez pris le temps de remercier le Seigneur pour les autres membres de l’église dont vous faites partie ? Paul vient de passer en revue l’œuvre extraordinaire de la grâce qui sauve des pécheurs, les adopte, les transforme et les réoriente. Cette grâce, révélée dans l’Évangile, permet de comprendre ce que Dieu a voulu accomplir en envoyant son Fils dans le monde. L’apôtre trace à grands traits un portrait de ce que le Seigneur réalise, par son Esprit, en ceux qu’il choisit et destine à devenir témoins de son amour glorieux et citoyens du ciel.

Puis il pense aux Éphésiens et à tout ce qu’on lui a rapporté à leur sujet. Il reconnaît, dans leur expérience particulière, un exemple de cette œuvre de la grâce qu’il vient de vanter. Il discerne chez eux l’œuvre de l’Esprit de la grâce – et ne peut pas s’empêcher de dire et redire au Seigneur combien il est reconnaissant pour ce qu’il fait à Éphèse. Si vous voulez, il constate chez les chrétiens d’Éphèse la même foi et le même amour qui se sont manifestés à Jérusalem, à Antioche, en Galatie, à Corinthe... Mais il n’en conclut pas que c’est normal, que c’est banal ! Il n’arrête pas de remercier Dieu pour cette foi et cet amour.

Il est malheureusement tellement plus facile de mesurer tout le chemin qui reste à parcourir pour que Christ soit formé en nous que de nous réjouir simplement et franchement de ce que la grâce a déjà accompli en chacun. Si l’on prend le temps d’écouter le témoignage de comment l’un ou l’autre membre de l’église est venu au Seigneur, on commence à mesurer la grandeur et la gloire de ce que l’Évangile a déjà réussi.

La composition du corps que nous formons est statistiquement improbable, socialement disparate, politiquement hétéroclite, professionnellement très diversifiée et réunit une gamme d’âges très étendue. Dans nos rassemblements, on peut compter souvent une dizaine de nationalités différentes. Qu’est-ce qui nous unit ? Un même Esprit qui nous inspire une même foi et un même amour. Comment pouvons-nous faire autrement que de célébrer la gloire de sa grâce que Dieu nous a accordée en son Fils bien-aimé (v.6) ?

Nous oublions à notre péril que l’Église est une communauté miraculeuse. Faisons donc un effort pour cultiver la reconnaissance pour l’œuvre de la grâce dans le cœur de chaque frère et chaque sœur en Christ.

Il reste encore une longue route à parcourir, mais n’oublions pas tout le chemin que l’Esprit de la grâce nous a déjà fait faire. Et soyons reconnaissants.

Prier pour l’approfondissement de l’œuvre de la grâce

La reconnaissance est une première étape essentielle. Paul constate la foi et l’amour des Éphésiens. Il n’en conclut pas qu’il n’a plus besoin de prier pour eux ! À partir du v.17, il précise ce qu’il demande encore pour ces chrétiens [relire vv.17-19a].

« afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance, et qu'il illumine les yeux de votre coeur, pour que vous sachiez quelle est l'espérance qui s'attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu'il réserve aux saints, et quelle est envers nous qui croyons l'infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force. »

Le chrétien a toutes les raisons d’être satisfait... Satisfait de Christ, de son œuvre, de son pardon, de ses promesses, de ses bénédictions, de ses dons. Mais gare au chrétien qui est satisfait : de lui-même, de sa connaissance de Dieu, de sa compréhension de l’espérance qui est la sienne, de son appropriation de l’héritage qui lui appartient, de son discernement de la pleine mesure de la puissance que Dieu déploie en notre faveur.

Paul lui-même continue à poursuivre une meilleure compréhension de ce que Dieu a fait, fait encore et fera en lui. Il écrit aux Philippiens : Non, certes, je ne suis pas encore parvenu au but, je n’ai pas atteint la perfection, mais je continue à courir pour tâcher de saisir le prix. Si l’apôtre parle de cette manière, que devrions-nous dire ? « Frères, priez pour moi ! »

Nous touchons ici au mystère de la prière. Paul est convaincu que le Seigneur est à l’œuvre parmi les Éphésiens. Il constate les premiers fruits de la grâce. Mais il ne semble pas penser que, puisque le processus est enclenché, il continuera à se dérouler tranquillement, que les progrès spirituels seront au- tomatiques. Au contraire, il ressent un appel à prier pour la poursuite du travail de la grâce dans les cœurs. Il se sent partiellement responsable des progrès futurs de ses frères : il demande à Dieu de ne pas les laisser tranquilles et d’élargir le chantier qu’il a ouvert dans leur vie.

Paul croit que Dieu est souverain. Il fait tout ce qu’il veut. Et Paul croit que le Dieu souverain se plaît à réaliser sa volonté en réponse à notre intercession sincère. C’est un mystère, mais un mystère glorieux qu’il faut embrasser.

L’apôtre intercède pour que ses frères et sœurs dans la foi avancent dans la connaissance de Dieu. Il demande qu’ils soient éclairés pour saisir les grandes vérités essentielles au sujet de notre espérance, de notre héritage et de la puissance inimaginable que le Seigneur met en œuvre pour notre bien éternel. Devant ce que Paul demande pour les Éphésiens, nous devons admettre que nous manquons d’ambition dans notre intercession les uns pour les autres ! Prenons aujourd’hui la décision de faire mieux.

Renouveler notre vision de celui que nous prions

[Relire vv.19b-23.]

« et quelle est envers nous qui croyons l'infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force. Il l'a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts, et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir. Il a tout mis sous ses pieds, et il l'a donné pour chef suprême à l'Église, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous. »

Où discernez-vous la puissance de Dieu ? Quand vous regardez le monde, quand vous réfléchissez à l’univers, où voyez-vous la puissance du Seigneur ? Les ingénieurs et autres matheux parmi nous peuvent s’émerveiller de l’harmonie entre le monde physique et le monde mathématique et s’extasier devant l’ordonnancement des milliards de décimales du nombre pi. Les esprits littéraires (qui n’ont rien compris à ce que je viens de dire) peuvent se réjouir de l’unité et de la diversité de la Bible, de la beauté des psaumes, des images fulgurantes de l’Apocalypse. D’autres sont saisis par la puissance du Créateur qui se révèle dans le monde animal ou végétal. La grandeur de Dieu se manifeste de tant de façons...

En fait, il est tellement grand qu’il n’y a rien qui est « difficile » pour le Seigneur. Mais Paul attire l’attention sur trois manifestations précises de puissance qu’il considère comme particulièrement révélatrices de la gloire de notre Dieu.

La puissance de Dieu est celle qui a ressuscité Christ.

Le monde médical a fait beaucoup de progrès en réanimation, mais ramener à la vie un homme mort, enfermé dans un tombeau, est d’un autre ordre. Paul est persuadé que nous avons besoin de saisir que c’est cette même puissance qui est à l’œuvre en nous pour nous faire vivre de la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Il nous a fait revivre les uns et les autres avec le Christ (Ph 2.5).

La puissance de Dieu est celle qui a élevé le Christ à la droite du Père.

Celui que nous appelons Seigneur est bien au- dessus de tout ce qui se croit puissant dans le monde visible et dans le monde invisible. Dieu... nous a fait siéger ensemble dans les lieux célestes (Ph 2.6). Tout en vivant sur la terre, nous avons une place au ciel. « Ma nationalité terrestre, quelle qu’elle soit, ne sera jamais que secondaire ; je suis d’ores et déjà citoyen de la nouvelle Jérusalem et je siège avec Christ dans les lieux célestes. » Nous avons besoin de saisir que la puissance de Dieu a déjà fait pour nous bien plus que nous le pensons !

La puissance de Dieu est exercée par Christ en faveur de l’Église.

La place que Jésus occupe dans l’univers n’a rien d’honorifique. Son pouvoir est exécutif. Il exerce une souveraineté que notre imagination n’arrive pas à mesurer et il l’exerce pour le bien de ceux qui lui appartiennent, pour le corps dont il est la tête.

Que l’Esprit renouvelle par la Parole notre vision de celui que nous prions. Il est le Dieu qui peut tout, mais qui désire nous entendre le remercier pour ce que sa grâce a déjà accompli en nous et parmi nous. Il est le Dieu qui peut tout, et pour- tant il veut nous entendre intercéder les uns pour les autres pour que l’œuvre de la grâce s’approfondisse de jour en jour.