I-Fruits de l’Esprit : La tempérance

Je vous propose de voir comment le fruit de l’Esprit se manifeste dans notre témoignage quotidien. Pour ce faire simple, nous allons suivre Galates 5.22-23, passage bien connu, prendre chaque « fruit » et nous poser la question : comment sommes-nous transformés dans notre témoignage par la vertu dont on parle. Commençons aujourd’hui par le dernier terme de cette fameuse liste…

La tempérance

Le fruit de l’Esprit, c’est la tempérance. Les autres traductions parlent tour à tour de maîtrise de soi, de fidélité, ou encore de foi. À quoi l’apôtre Paul fait-il référence ici ? Les philosophes grecs voyaient en la « tempérance » une maîtrise de soi face aux tentations et aux passions humaines, ce qui nous aide à comprendre le terme utilisé par Paul. La maîtrise de soi, c’est la capacité à demeurer maître de ses propres émotions, de ses propres actions.

Cette maîtrise de soi était l’une des choses les plus importantes pour de nombreux philosophes grecs comme Socrate, Platon ou Aristote. Ce dernier, dans son Éthique à Nicomaque, parle longuement de cette vertu importante. Alors, bien sûr, cela ne signifie pas que Paul avait le livre d’Aristote sous la main lorsqu’il écrivait sa lettre aux églises de Galatie, mais que la « maîtrise de soi » est une vraie caractéristique de base de la vie chrétienne. On peut alors facilement rejoindre le philosophe Elie Wiesel lorsqu’il dit : « En fin de compte, la seule force à laquelle nous devrions aspirer est celle que nous exerçons sur nous-mêmes ».

Un témoignage « sous contrôle »

Vous avez peut-être fait une expérience de ce genre : Vous rencontrez quelqu’un dans la rue, ou vous entamez une conversation avec une connaissance non chrétienne. La conversation est agréable et bien animée puisque votre ami ne partage pas la foi que vous tentez d’expliquer. Mais ce n’est pas le plus frustrant. Car après tout ce n’est pas la première fois que vous discutez avec quelqu’un qui ne partage pas la foi en Christ. Le plus frustrant, c’est que visiblement vous n’arrivez pas à vous comprendre. Et là, nous avons tous tendance à un moment ou un autre à perdre un peu notre sang froid. Nous perdons le contrôle de nous-mêmes et notre témoignage ou notre conversation apologétique se termine lamentablement. Que s’est-il passé :

Avons-nous manqué de foi ? Pas forcément.

Avons-nous raté notre témoignage ? Pas nécessairement. Sans le savoir, nous avons peu- planté là où quelqu’un d’autre arrosera et où Dieu fera plus tard germer la foi.

Alors, que s’est-il passé lorsque nous avons perdu le contrôle de nous-mêmes? Tout simplement, nous nous sommes laissés emporter. Nous avons laissé les circonstances contrôler notre témoignage, notre attitude.

Témoignage et discipline

Comment garder notre témoignage, notre apologétique « sous contrôle » ? Laissez-moi souligner plusieurs choses :

  • C’est une question de discipline : être maître de soi, c’est s’exercer à contrôler ses réactions et ses émotions. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si le terme utilisé par Paul servait en partie à décrire l’entraînement des athlètes dans le monde gréco-romain. De même nous devons exercer notre propre « tempérance ». Cette discipline se pratique aussi beaucoup dans nos églises, car c’est souvent là que nous trouverons l’occasion de mettre en action la « maîtrise de soi » !
  • Ensuite, il nous faut poursuivre notre apologétique : c’est en persévérant que nous arriverons de plus en plus à maîtriser nos réactions et nos émotions. Rien ne se fait de manière immédiate et automatique. Dans cette entraînement spirituel, nous ne devons pas oublier de compter sur l’œuvre de celui qui nous transforme de l’intérieur : le Saint-Esprit.
  • Et finalement, nous devons avoir plus confiance en Dieu qu’en nous-mêmes. Manquer de « tempérance » en apologétique, c’est souvent un signe que nous mettons notre confiance en notre propre capacité à convaincre les autres. Nous nous contrôlons moins lorsque nous sommes confrontés à ce qui nous semble être une terrible réalité : ce que nous disons ne suffit pas. Et lorsque nous nous rendons compte que, seuls, nous n’y arriverons pas, nous pouvons perdre notre sang-froid. Dans ces situations, seule une confiance en la souveraine présence de Dieu peut nous aider à garder la maîtrise de nous-mêmes.

Comment ?

Très bien, mais comment pouvons-nous faire preuve de tempérance dans notre apologétique ? Là aussi je voudrais mentionner trois points assez brefs :

  • Continuons à faire face à ces choses qui souvent nous font perdre le contrôle de nous-mêmes. Nous avons tous des points plus ou moins sensibles. Vous savez, ces choses qui nous font réagir de manière automatique, sans qu’on ait le temps de s’en rendre compte. Dans nos conversations apologétiques ce sera la même chose. Certains sujets nous font facilement « perdre contrôle ». La discipline de l’apologète, c’est justement de savoir quand nous risquons de perdre le contrôle et consciemment nous appuyer sur le soutien intérieur de cet Esprit de force et de consolation.
  • Choisissons bien les conversations apologétiques que nous aurons. Cela ne signifie pas que nous devrons éviter certaines personnes. Mais la tempérance c’est aussi faire preuve de retenue. Nous ne pouvons pas mener tous les combats apologétiques. L’un des grands dangers de l’apologète, de l’évangéliste, et finalement de toute personne qui témoigne de sa foi, c’est de vouloir toujours en faire plus, comme si son salut en dépendait. Ce qui est une forme d’orgueil spirituel.
  • Enfin, ne sous-estimons jamais la place, le rôle, l’importance de la prière qui est une vraie communion de tous les instants avec Dieu. Comment garder le contrôle sur nous-mêmes ? Nous ne le pouvons pas sans l’assistance de l’Esprit de Dieu qui nous accompagne aussi dans nos prières. Ne rejetons pas un soutien si précieux dans cette mission si importante qu’est la présentation, la défense l’explication de notre espérance.

Persévérons donc dans le témoignage de notre foi, avec la tempérance, ce fruit de l’Esprit. Continuons à démontrer dans notre vie quotidienne que nous sommes transformés intérieurement par cet Esprit de paix et de confiance.

II-Fruit de l’Esprit : La patience

Je ne sais pas ce que vous pensez, mais c'est la patience, cette dimension du fruit de l'apologétique qui nous posera probablement le plus de problèmes. D'ailleurs, je pense que c'est une vertu qui donnera du mal à beaucoup d'apologètes : notre société nous pousse à toujours plus d'activisme, à toujours plus de rapidité. Il va sans dire qu'elle ne nous encourage pas à « prendre le temps ». La patience n'est pas une vertu de la société contemporaine.

La patience de Dieu

Et cependant, la patience de Dieu est centrale dans son attitude envers nous. Dieu est un Dieu patient, qui fait grâce. Il est « compatissant et clément, patient et grand par la fidélité et la loyauté » (Exode 34.6 ; cf. Psaumes 86.15). Dieu est patient, lent à la colère, lent dans son jugement. Dieu est prompt à pardonner : malgré toutes les fautes de son peuple ainsi que les nôtres, il nous pardonne encore et toujours. Oui, Dieu est patient, lent à juger : « Considérez que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme Paul, notre frère bien-aimé, vous l'a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. » (2 Pierre 3.15)

Dieu n'est donc pas ce Dieu arrogant, plein de haine et de jugement dont parle Richard Dawkins :

« Le Dieu de l'Ancien Testament est sans doute le personnage le plus désagréable de toutes les histoires de fiction : jaloux et fier de l'être ; mesquin, injuste, rancunier et obsédé du contrôle ; adepte de l'épuration ethnique, vindicatif et assoiffé de sang ; misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocide, filicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste, tyrannique et capricieusement malveillant. »

La lecture de l'Ancien Testament révèle cependant un Dieu qui est lent à juger et qui prend le temps de pardonner. Avoir de la patience c'est donc en partie ne pas réagir au quart de tour. Et là, nous sommes tous concernés. N'y voyons aucune condamnation, aucun jugement, mais nous sommes tous tentés de parler et d'agir plus vite que nous ne pensons.

Patience dans le dialogue

Très souvent, nous aurons du mal à nous retenir. Soit parce que notre interlocuteur exprime des pensées dénuées de tout fondement, soit parce qu'il attaque notre personne, soit pour toute autre raison. Dans ces cas- là, que faire ? Faut-il lui renvoyer la balle avec une réplique bien placée ? Faut-il battre le fer pendant qu'il est chaud ? Ou faut-il faire preuve de patience ? Vous imaginez que j'ai déjà donné ma réponse.

La patience est une vertu : c'est faire preuve de la même attitude envers les autres que celle que Dieu a eue envers nous. Voilà déjà une excellente motivation pour faire preuve de patience. En plus de montrer envers autrui la même attitude divine, il me semble que faire preuve de patience en apologétique est très bénéfique :

  • Tout d'abord cela nous permet de faire plus attention à ce que l'autre est en train de dire, au lieu de vouloir répondre avant même d'avoir compris la question. N'ayez pas peur de patienter, attendez que votre interlocuteur ait finit sa phrase avant de lui dire que « Jésus est la bonne réponse » ! Voilà l'une des bases d'une bonne apologétique.
  • Ensuite, faire preuve de patience montre que vous portez attention à la personne en face de vous. Votre interlocuteur est plus que ce qu'il dit. Vous n'êtes pas en face d'un argument, mais d'une personne. Prenez le temps de l'écouter, de le comprendre. Faites preuve de patience.
  • Enfin, être « lent à parler » nous permet de réfléchir à ce que nous allons pouvoir répondre. Cela nous donne le temps de discerner quelle sera la réponse la plus pertinente, la plus adaptée à notre interlocuteur ou au contexte dans lequel nous nous trouvons.

Soyons donc patients dans notre pratique apologétique. Prenons le temps de comprendre, d'entendre avant de répondre. Notre société est inondée de gens qui n'hésitent pas à parler pour ne rien dire. La patience nous permettra de vivre pleinement l'encouragement de Pierre : « Soyez toujours prêts à présenter votre défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l'espérance qui est en vous » (1Pierre 3.15).

Patience et confiance

La patience exige enfin que nous renoncions à notre complexe messianique. Pour ceux qui témoignent de leur foi régulièrement, pour ceux qui pratiquent ou souhaitent pratiquer l'apologétique, la tentation serait grande de finir par croire que tout repose sur eux. Finalement soit notre interlocuteur est convaincu par nos arguments ; et alléluia, il est sauvé. Ou alors il ne l'est pas, et tant pis pour lui ! Nous pouvons facilement avoir cette attitude, notamment lorsque nous rencontrons des personnes qui semblent endurcies, qui ne nous écoutent pas, ou qui apparemment ne veulent pas comprendre. Nous pouvons toujours être tentés de leur fermer les portes du salut, nous pouvons toujours être tentés d'être moins patients que Dieu lui-même !

Attention donc à ne pas fermer les portes du salut à notre interlocuteur, simplement parce qu'il n'a pas été convaincu par notre témoignage. Prenons garde à ne pas prendre en vain la patience de Dieu manifestée en Christ. Cela signifie que quoi qu'il arrive lorsque nous témoignons de notre foi ; quoi qu'il arrive lorsque nous sommes engagés dans un dialogue apologétique (privé ou public), nous devons faire preuve de cette patience qui caractérise si bien l'attitude de Dieu envers nous. Allons ainsi, et témoignons de la foi que nous avons reçue en Christ avec patience, démontrant la confiance que nous avons en celui qui seul peut conduire vers une restauration pleine et entière.  

III-Fruit de l’Esprit : La paix

 Une chose m'a toujours étonné : l'intérêt que le bouddhisme suscite en France. Bien sûr, le bouddhisme est une spiritualité qui est pour certains facile à pratiquer, ne nécessite pas de croire en des « dieux » et se suffit des êtres humains. Ni dieux, ni hiérarchie ! Mais ce qui a fait l'attrait du bouddhisme, c'est son association avec la paix. Le dalaï-lama n'est-il pas le prophète le plus populaire de la paix mondiale, de la paix intérieure et de la paix entre tous les peuples ? Le succès du bouddhisme est pour beaucoup de nos contemporains essentiellement lié à cette dimension fondamentale de l'existence humaine : la paix. Avec les autres, avec soi, avec le monde. 

Nous voulons la paix.

La paix, ici, maintenant, tout de suite

Il n'y a rien de pire que de rentrer le soir, après une longue journée de travail et, pour des raisons variées, ne pas être en paix. Les soucis de la vie et les souffrances de notre quotidien viennent souvent nous empêcher de vivre pleinement cette paix que nous désirons pourtant si ardemment. La paix, tout le monde la veut : tout de suite, instantanément, sans efforts. Et surtout, surtout, la paix pour soi. La paix fait en effet partie intégrante de ce que nous désirons : nous avons été créés pour la paix. 

Nous avons été faits pour la vivre, pour la poursuivre, pour la désirer car nous avons tous été créés par le Dieu de paix. Notre création à l'image de Dieu explique que beaucoup de nos contemporains cherchent la paix. Mais cela explique aussi pourquoi la paix est une notion si importante dans l'Écriture et pourquoi ceux qui souhaitent présenter et défendre la foi dans le Dieu de la Bible doivent démontrer qu'ils vivent cette paix divine. 

Vivre la paix dans des débats

Un débat apologétique ou une discussion avec un ami ou collègue non chrétien peuvent être stressants. Il est important que le chrétien qui présente ou défend sa foi puisse vivre pleinement cette paix intérieure que l'Esprit de Christ seul peut donner. Mais comment trouver cette paix ? Le bouddhisme, lui, propose une série de méthodes, d'exercices, de méditations. En Philippiens 4.6-9, Paul écrit ceci :

Ne vous inquiétez de rien ; mais, en tout, par la prière et la supplication, avec des actions de grâces, faites connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute pensée, gardera votre cœur et votre intelligence en Jésus-Christ. Au reste, mes frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est moralement bon et digne de louange soit l'objet de vos pensées ; ce que vous avez appris, reçu, entendu et vu en moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

Nous trouvons là plusieurs recommandations importantes pour celui qui se prépare à expliquer, présenter ou défendre sa foi, en privé ou en public :

  • La paix est fondée sur la confiance en Dieu, encore et toujours (verset 6). Nous l'avons déjà vu précédemment, mais cela vaut la peine de le répéter : Dieu est l'apologète, Dieu convertit. Pas nous.
  • La paix avec les autres est fondée sur la paix avec Dieu et avec les autres croyants (versets 7 et 9). 
  • La paix face au débat apologétique est une paix qui provient de notre quotidien. Il est impossible à l'apologète de vraiment être en paix lorsqu'il est confronté à des questions difficiles s'il n'est pas en paix dans sa vie chrétienne.
  • Et comme il n'y a pas de solution magique, Paul nous recommande une chose simple mais essentielle : priez ! (verset 6) Vous préparez un débat sur « Dieu est-il violent » et vous vous sentez un peu anxieux à cause des questions qui pourraient vous êtres posées ? Priez pour que Dieu vous donne sa paix. 

Pourquoi donc tant de stress lorsque nous nous préparons pour un débat apologétique ? Pourquoi tant d'anxiété lorsque nous devons témoigner de notre foi ? Peut-être n'avons-nous pas encore totalement terrassé notre orgueil ou notre peur de ne pas « être à la hauteur ». Probablement. 

Pourtant Paul nous encourage : recevons la paix, car ce n'est pas notre perfection qui est le fondement de cette paix que nous vivons, c'est ce Christ au sujet duquel nous témoignons. Que l'apologète ne se trouble donc pas : la confiance en la présence et en l'action de Dieu lui donnera la paix, quand bien même il débattrait avec Michel Onfray !

Une paix de communion

Celui qui défend et présente sa foi doit prendre conscience que la paix de Dieu « qui surpasse toute autre chose » se manifeste surtout lorsqu'elle est vécue mutuellement, et que nous rendons visible la paix retrouvée les uns avec les autres. La paix, fruit de la réconciliation, est la lumière qui jaillit de cette communion retrouvée, de cette réconciliation qui dépasse et fait tomber toutes les barrières. La paix est une fulgurance de la grâce dans la communauté de Christ. 

Nous trouvons dans la paix de Christ l'unité entre paix intérieure et  paix communautaire qui manque cruellement au bouddhisme. Mais notez bien que cette union n'est possible que parce que cette paix est un don du Dieu personnel et incarné, Jésus Christ, qui nous communique sa Paix, celle qu'il a acquise pour nous par sa mort, sa résurrection et son ascension. Là aussi la paix divine est tout à fait apologétique : seule une paix donnée peut en effet pleinement, librement et gratuitement se vivre avec les autres. 

L'apologète, celui qui défend sa foi, doit en être profondément conscient et prêt à montrer que la paix est un argument apologétique en faveur de la réelle présence du Dieu révélé dans l'Écriture. 

IV-Fruit de l’Esprit : La fidélité

La fidélité qui apparaît en Galates 5 comme étant un fruit de l'Esprit, peut être vue comme une troisième caractéristique de notre vie chrétienne : avec la douceur et la tempérance, la fidélité régule en effet notre attitude quotidienne. Mais que peut bien vouloir dire vivre ce fruit de l'Esprit, cette fidélité ?

Quelle fidélité ?

Tout d'abord, de quelle fidélité parlons-nous ? Fidélité à Christ ? Fidélité à l'Écriture ? Fidèle envers soi-même ? Ou seulement envers la foi que nous avons reçue ? Le terme employé peut en effet être rendu par « foi »,  auquel cas il ne serait question ici que de la foi que nous avons en Christ. Il semble cependant difficile de n'y voir ici qu'une référence de Paul à cette foi en Christ. Rappelons ici que la fidélité peut avoir dans le langage biblique un sens très large, incluant la constance, l'allégeance à une personne, mais aussi la fidélité à la parole donnée.

Des amis, voisins, ou collègues de travail non chrétiens vous auront peut-être dit quelque chose du genre : « Le jour où les chrétiens pratiqueront ce qu'ils prétendent croire, peut-être que je m'intéresserais à la foi. Mais ils ne sont pas mieux que les autres ». Il y a parfois un certain pragmatisme dans de telles remarques : les gens voient le décalage entre ce que nous disons croire et ce que nous faisons. Et comme il leur semble que nos actions ne sont pas fidèles à nos paroles, ils ne nous écoutent pas.

La fidélité ?

Un problème apologétique !

Fidèles à ce que nous avons reçu

Si l'apologétique, c'est la présentation et la défense de la foi, alors un fait important en découle : elle a un contenu. « Logique », allez-vous dire ! On ne peut pas défendre ou expliquer quelque chose de vague. L'apologétique n'est donc pas quelque chose d'abstrait : c'est la défense d'une foi dont le contenu est fondé sur une Révélation, l'Écriture. Mais, s'il en est ainsi, cela veut aussi dire que celui qui cherche à présenter et à défendre sa foi devra le faire de manière à transmettre fidèlement cette foi.

Nous devons donc veiller, à chaque fois que nous sommes appelés à être témoins vivants du Christ, à être fidèles à cette foi et à ce qu'elle exprime au sujet de Dieu, du monde, ou à notre sujet.La fidélité se reflète donc également dans la manière de gérer ce que nous avons reçu de Dieu. Dans 1 Corinthiens 4.1 l'apôtre Paul écrit : « Ainsi, qu'on nous considère comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. » Un témoin de Christ a la responsabilité d'être un « intendant » bon et fidèle des vérités que Dieu révèle, et doit « rendre compte » de celles-ci d'une manière conforme à ce qui a été enseigné. En fait, nous en revenons ici à l'encouragement de Paul à Timothée : « Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des gens dignes de confiance qui seront capables, à leur tour, de l'enseigner à d'autres. » (2 Tim 2.2)

Fidélité en paroles et en actes

Une minute !

Fidélité, oui. Mais en quoi, et comment ? S'agit-il de simplement fidèlement expliquer ce qu'est l'évangile du salut, ou de fidèlement présenter le Dieu libérateur ? Certainement, ceci est au cœur de l'apologétique ! Mais devons-nous pour autant nous arrêter là ?

Nous le pourrions.Ce serait cependant une grave erreur. Car la fidélité de notre témoignage n'est pas seulement déterminée par notre verbalisation de la foi. Ce n'est pas seulement la fidélité de nos paroles à l'Écriture qui sont l'essence de la fidélité dans l'apologétique. La fidélité apologétique concerne l'ensemble de notre foi. Or notre foi, ce n'est pas qu'un contenu de propositions, de vérités qui sont affirmées. La foi, c'est aussi la démonstration de cette transformation intérieure que nous vivons par l'Esprit. La foi s'incarne donc en paroles et en actes.Revenons à votre collègue de travail qui rejetait la foi chrétienne à cause du manque de fidélité de vos actes par rapport à vos paroles. Si nous prenons garde de faire de la fidélité de nos paroles et de nos actes une chose vitale de notre apologétique, alors nous aurons déjà proposé un argument en faveur de la vérité biblique. Si nous montrons que nos paroles et nos actes reflètent fidèlement l'Écriture, alors la grâce révélée dans celle-ci deviendra évidente dans nos pensées, nos paroles, et nos actes.

Nous pourrions dire ici que finalement, soit la fidélité concerne toute notre vie, soit elle risque de n'être que le voile de notre hypocrisie.

La formation d'apologètes

Enfin, la fidélité est importante pour l'apologète car elle met aussi en perspective sa propre personnalité, sa vie chrétienne, avec celle de ceux qu'il côtoie. Je m'explique. Être apologète, de même bien sûr qu'être chrétien, c'est être disciple. Or, être disciple entraîne parfois un appel pour un service particulier dans l'Église de Christ. Prenons l'exemple de quelqu'un qui serait fortement intéressé par l'apologétique. Il s'engage souvent dans des discussions avec ses amis et collègues non chrétiens, il consulte livres et sites internet consacrés à ce domaine et chercher à répondre de manière pertinente aux questions qui lui sont posées. La définition parfaite de l'apologète, n'est-ce pas ?

Il ne lui faut cependant pas en rester là. Pourquoi ? Tout simplement parce que « servir », c'est aussi préparer ceux qui nous suivront. Notre apologète devra ainsi, avec fidélité, transmettre la connaissance, le savoir-faire et le savoir-être qu'il aura acquis aux pieds de Christ, l'apologète par excellence. Être « fidèle », dans l'apologétique, c'est ainsi défendre, présenter et vivre cet enseignement biblique afin de le transmettre, et ainsi de démontrer une fidélité première à Dieu, qui est le fondement de toute notre existence.

V-Fruit de l’Esprit : La  benignité

Bénignité, quel mot ! Plus personne ne l'utilise, nos traductions bibliques ne l'emploient plus fréquemment. Alors pourquoi donc avoir choisi ce terme tiré des pages obscures des dictionnaires pour parler d'un autre trait de caractère important de l'apologète ?

Ce n'est pas si grave... 

Tout d'abord, qu'est-ce que la bénignité ? Ce terme assez rare dans le Nouveau Testament peut recouvrir des notions comme la bienveillance, la bonne disposition (de cœur). Faire preuve de bénignité, c'est donc montrer une attitude de bonté envers les autres, c'est ne pas soupçonner le mal à la moindre occasion, c'est être prompt à pardonner et à servir.

La bénignité, c'est par exemple cette bienveillance de Paul envers les chrétiens de Rome qu'il ne connaissait pourtant pas : « Pour ce qui vous concerne, mes frères, je suis moi-même persuadé que vous êtes pleins de bonnes dispositions, remplis de toute connaissance, et capables de vous exhorter les uns les autres. » (Romains 15.14). Bien sûr, avoir de bonnes dispositions peut se démontrer de plusieurs manières, faisant de cette bénignité la démonstration d'une vie en cours de transformation.Cela ne nous dit toujours pas comment, au quotidien, faire preuve de bénignité. Petit exemple. Vous connaissez l'expression : « N'en fais pas toute une montagne ! » ? Alors vous savez ce qu'est la bénignité. C'est avoir une bonne disposition de cœur et savoir quand quelque chose est bénin, c'est à dire sans gravité.

Un petit exemple

 Comme tout fruit de l'Esprit, la bénignité n'est pas facile à pratiquer. Elle demande une attitude dirigée par l'Esprit. D'ailleurs, si vous pensez que manquer de bénignité est le signe d'un grave problème spirituel, laissez-moi vous donner un exemple de deux grands apologètes et missionnaires qui ont, à un moment de leur ministère, manqué de cette partie du fruit de l'Esprit. D'autant plus que vous connaissez ces deux évangélistes car il ne s'agit de nul autre que de Paul et Barnabas !

On se rappellera des débuts de la mission chrétienne dans le livre des Actes des apôtres : après les débuts avec Pierre envoyé vers des Juifs et des Gentils (Actes 10-11), la mission prit un tournant important par l'ouverture aux non Juifs (Actes 15). À ce moment-là, au moment où l'avenir même de cette première église était compromis par ceux qui exigeaient la circoncision pour tous, Paul, Barnabas et les autres apôtres parviennent à maintenir l'unité chrétienne autour de la grâce donnée en Christ (Actes 15.11).Tout semble aller pour le mieux. Et pourtant, quelques versets plus loin, dans ce même chapitre 15, nous voyons la première « division » de la mission néo testamentaire :

« 37 Barnabas était décidé à prendre aussi avec eux Jean, appelé Marc ; 38 mais Paul estimait ne pas devoir prendre avec eux quelqu'un qui les avait quittés depuis la Pamphylie et qui ne les avait pas accompagnés dans leur œuvre. 39 Le conflit devint tel qu'ils finirent par se séparer. »

Barnabas prit Marc, et Paul, quant à lui, prit Silas. Bien sûr nous pourrions nous dire que Paul a eu raison : il ne pouvait pas faire confiance à Marc. Et pourtant, ce même Marc est l'un de ceux qui se trouvent avec Paul emprisonné à Rome (Colossiens 4.10) ainsi qu'aux côtés de Pierre (1Pierre 5.13), démontrant que Paul s'était probablement trompé sur son compte.En fait, il semble que Barnabas et Paul ont fait de l'attitude de Marc « toute une montagne » : Barnabas obstiné dans sa volonté de prendre avec lui son cousin, Paul convaincu que Marc ne pouvait vraiment pas être compté comme membre de son équipe. Oui, ils en ont vraiment fait toute une montagne...

Une vie apologétique

Pourquoi la bénignité est-elle importante pour l'apologète ? Laissez-moi mentionner plusieurs raisons importantes :

  • Elle nous permet tout d'abord de promouvoir l'unité chrétienne. On pourrait croire que l'apologétique est un domaine qui rassemble les chrétiens. Après tout, nous pourrions croire que la défense de la foi nous unit. Mais ce n'est pas le cas. Même les apologètes ont tendance à créer des divisions entre eux.
  • Elle encourage ensuite notre humilité. C'est lorsque nous pensons avoir accompli le plus dur que nous sommes en danger de diviser l'Église (ou l'apologétique) parce que nous pensons avoir accompli une « grande chose » par nous-mêmes. C'est à ce moment-là que notre orgueil, qui était « en veille », revient sur le devant de la scène. Considérer quelque chose comme « bénin » (sans grande importance), c'est donc avoir l'humilité de reconnaître que nous ne sommes pas indispensables au témoignage de l'évangile.
  • Elle nous demande aussi de considérer les autres comme plus importants, supérieurs à nous-mêmes. Nous l'avons déjà dit, mais le fruit de l'Esprit doit se démontrer dans le service, faisant de l'apologète un serviteur bienveillant, y compris envers ceux qui ne sont pas encore frères de Christ.
  • Elle exige enfin que nous puissions discerner quels sont les domaines non négociables, quels sont les choix qui affectent directement l'évangile.

Conclusion

L'apologète (le missionnaire, l'évangéliste) est donc par excellence celui qui considère que l'unité que nous avons en Christ est cruciale à notre témoignage. Il est donc celui qui se doit, toujours et encore, de discerner où et quand l'évangile lui-même est dénaturé. En dehors de ces rares occasions, l'apologète doit considérer que les désaccords sont « bénins », car sans gravité pour l'intégrité et la force libératrice de l'évangile. Il n'est pas question d'être toujours d'accord avec tout le monde, mais de savoir quand taire nos désaccords. Il faut une grande force de caractère pour pouvoir considérer que notre opinion personnelle, même si elle est correcte, surtout lorsqu'elle est correcte, ne doit pas dominer les autres mais servir, y compris en considérant nos désaccords comme « sans gravité ».

VI-Fruit de l’Esprit : La bonté

Bertrand Russell, grand philosophe Anglais athée a donné, le 8 mars 1927, une conférence intitulée Pourquoi je ne suis pas chrétien. Dans cette causerie présentée à la Société Laïque Nationale, Russell a exposé les raisons pour lesquelles il avait rejeté la foi chrétienne. Parmi celles-ci se trouve ce qu'il appelait le problème moral. Ce qui était en cause ? La moralité de Dieu, et celle de Christ. En fait, la bonté de Dieu. Des massacres de la conquête de Canaan à l'existence de « l'enfer » ; des paroles sévères de Jésus contre les Pharisiens à d'autres paroles tout aussi fortes de l'apôtre Paul, Russell en était venu à conclure ainsi :

« L'idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C'est une idée absolument indigne d'hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s'avilissent en déclarant qu'ils sont de misérables pécheurs et en tenant d'autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. »1

La soi-disant bonté de Dieu était donc pour Russell une raison de ne pas croire. Mais pourrait-elle alors être au contraire une raison de croire ? Je vous propose de considérer cette affirmation de Paul : le fruit de l'Esprit, c'est la bonté.

Ce n'est pas si grave...

Qu'est-ce que la bonté ? Cela veut-il dire bien faire, être bien, bon sous tous rapports ? Est-ce simplement faire preuve de bonté ? Et même si c'était le cas, que veut dire, « faire preuve de bonté » ? Là aussi, nous pourrions avoir en tête des images un peu trop naïves ou simplistes de celui qui est « bon ».Une fois de plus, pour comprendre ce dont il s'agit, il faut réaliser que Paul nous encourage ici à nous rapprocher de l'image de Christ, à être transformés à l'image du seul témoin - apologète - juste et fidèle. Dieu est le Dieu de bonté. C'est vers cela que nous devons nous tourner. La bonté de Dieu, c'est cette action bienveillante dont nous voyons le témoignage tout au long de l'histoire de la création (Genèse 1) à l'histoire de Joseph (Genèse 50.20) ; de la sortie d'Égypte aux prophètes, la bonté de Dieu est rappelée. La bonté de Dieu est la manifestation d'une attitude impartiale et juste envers nous. Cela signifie que le Dieu de bonté nous encourage à la même bonté. Faire preuve de bonté, c'est donc exercer le bien et la justice, à l'image de ce qu'Amos rappelait au peuple d'Israël (Amos 5.14).

Ad hominem

Mais parfois dans notre apologétique - dans notre présentation de la foi - nous ne faisons pas preuve de bonté. Parfois nous utilisons ce qu'on appelle un argument ad hominem : nous attaquons la personne et non ce qu'elle dit. Nous en voyons un exemple au tout début de l'évangile de Jean, un argument amené par Nathanaël, l'un de ceux qui deviendront disciples. Vous vous rappelez ce qu'il réplique lorsque Philippe vient le voir pour lui dire qu'ils ont trouvé le Sauveur ? « Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth ? » Parce que Jésus vient de Nazareth, il ne peut pas être le Messie. C'est un argument tourné contre la personne à cause de son origine.Nous pouvons malheureusement tous avoir tendance à faire cela et donc à oublier cette bonté qui vient de l'Esprit de Christ. Si nous nous comportons parfois ainsi, c'est que ce type d'argument est le meilleur moyen de cacher notre propre faiblesse. Au lieu d'avouer que je ne sais pas répondre, ou que mon interlocuteur a donné une raison légitime de ne pas croire, je l'attaque personnellement. Parce que je suis faible, que je n'ai pas la réponse, ou que je suis orgueilleux, j'attaque sa personne et ce faisant renie la bonté que Dieu a démontrée envers moi.Dans d'autres cas, nous sommes nous-mêmes les objets de telles attaques et là aussi nous serions tentés de répondre sur le même ton. Et dans ce cas, notre apologétique se transforme en pugilat, en contre-témoignage. Quelle est la meilleure réponse à un tel argument ? « Philippe lui dit : Viens voir. » Le psalmiste nous exhortait déjà de la même manière, lui qui écrivait : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur est bon ! »

Faisons nôtre cette apologétique.

Une démonstration de bonté

Car, soyons-en certains, notre attitude, notre bonté, est fruit de l'Esprit et donc elle est un témoignage rendu à cette foi que nous avons reçue et à ce Christ en qui nous avons cru. Pascal, avait ces mots dans les Pensées :

« Ils en ont haine et peur qu'elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie et puis montrer qu'elle est vraie.Vénérable parce qu'elle a bien connu l'homme. Aimable parce qu'elle promet le vrai bien.2

Voilà un objectif de notre témoignage. Nous voulons souvent faire de l'apologétique, présenter notre témoignage ou évangéliser de manière un peu trop militante. Nous voulons trop en faire. Nous élaborons des arguments massue, des justifications complexes. Cela est parfois nécessaire. En d'autres occasions, peut-être même plus souvent qu'on ne le croit, c'est la bonté que nous manifestons qui sera le meilleur argument en faveur de notre foi.C'est avec cette bonté que nous démontrons la transformation intérieure que nous vivons ; et qu'ainsi nous proclamons que nous voulons exercer envers les autres la bonté que Dieu a montrée envers nous.

VII-Fruit de l’Esprit : La douceur

 Parmi tous les termes dont l'apôtre Paul se sert pour décrire ce qu'est le fruit de l'Esprit, c'est à dire une vie conduite par l'Esprit, il y en a un qui pourrait surprendre : la douceur.

 Être gentil ?

 Vivre dans l'Esprit, c'est faire preuve de douceur. « Une minute ! », allez-vous me dire. Nous devons être gentils ? Il y a quand même de nombreux exemples dans la Bible, y compris dans le Nouveau Testament, qui montrent que les grands héros de la foi, et même Christ, sont tout sauf gentils. Regardez :

  • dans l'Ancien Testament nous voyons de nombreuses confrontations entre le peuple de Dieu et les nations environnantes, certaines justifiées par Dieu lui-même ;
  • le psalmiste ne prie-t-il pas souvent pour la destruction de ses ennemis et des ennemis de Dieu ?
  • Jésus lui-même fait-il preuve de douceur lorsqu'il chasse les marchands du temple à coup de fouet? Et les disciples de conclure : « le zèle de ta maison me dévore ! » (Jn 2.13-17) ;
  • du côté du livre des Actes, Ananias aurait peut-être à redire sur la douceur de Pierre et des autres apôtres, lui qui, comme son épouse, tombe raide mort après avoir voilé son cœur à Dieu (Ac 5.1-11).

Alors la douceur, est-ce la gentillesse ? On ne dirait pas. Peut-être le problème vient-il du fait que « il est gentil » est souvent une manière de dire « il est un peu naïf et simplet quand même ! » En d'autres occasions, la douceur est synonyme de faiblesse. Difficile alors d'envisager « d'être doux ». Difficile aussi d'imaginer une défense de la foi qui puisse faire preuve de douceur !

 Douceur

Alors vous vous doutez bien que la douceur, ce fruit de l'Esprit n'est pas assimilable à une gentillesse naïve ou à la faiblesse. Mais alors... qu'est-ce donc ? Une vieille traduction française traduit le mot grec par « débonnaire », c'est à dire bienveillant. D'autres synonymes incluent la conciliation ou encore la capacité à recevoir un enseignement. Mais le terme qui, dans le Nouveau Testament en particulier, est le plus souvent associé à la douceur, c'est l'humilité, comme en Mt 11.29 ou Ép 4.2. Nous trouvons aussi des exemples frappants en Phil 4.5 : « Que votre attitude conciliante soit connue de tous. Le Seigneur est proche » ou Mt 12.19-20 :

« Il ne cherchera pas la dispute, il ne criera pas,et personne n'entendra sa voix dans les grandes rues.Il ne brisera pas le roseau froissé,et il n'éteindra pas le lumignon qui fume ».

Faire preuve de douceur, c'est donc ne pas chercher à briser une personne, c'est ne pas vouloir détruire. C'est humblement reconnaître que nous sommes en besoin continu de l'enseignement de Dieu.

L'absence de condamnation

Quelle place pour la douceur en apologétique ? Pourquoi ceux qui défendent la foi doivent-ils être pleins de douceur ?

Premièrement, parce que l'apologète doit être particulièrement conscient que sa responsabilité de présenter et défendre la foi ne doit pas le conduire à se mettre en position de jugement. Si faire preuve de douceur, en apologétique, ce n'est pas donner raison à tout le monde et tout le temps, c'est cependant faire preuve d'humilité en face de l'œuvre que Dieu lui-même est en train d'accomplir. L'apologète présente, défend, confronte, sachant qu'il sème, et qu'un autre arrosera, ou même récoltera. Dieu, lui seul, fait pousser - ou pas. Dans tous les cas, plus un apologète progresse dans sa pratique, plus il doit être humble. La force d'un apologète n'est donc pas mesurée par ses succès mais par son humilité !

Deuxièmement, l'apologète doit être doux parce qu'il doit porter une attention toute particulière aux personnes avec lesquelles il est en interaction. Une fois de plus, cela ne signifie pas qu'on ne sera pas parfois un peu vif avec certaines personnes. Je dis souvent à mes étudiants que certaines personnes, rares d'ailleurs, ont besoin d'être secouées afin de pouvoir commencer à discerner la puissance de l'Évangile. Et pourtant même dans ces cas nous pouvons faire preuve de douceur. Pourquoi ? Parce qu'agir avec douceur ce n'est pas flatter ou « passer de la pommade », c'est porter attention aux faiblesses de l'autre et ne pas les utiliser contre lui. Ainsi, avec certaines personnes, peut-être plus fragiles ou qui ont traversé des épreuves difficiles les ayant éloignées de la foi, l'apologète devra être celui par qui la petite flamme continue de briller. Si nous pratiquons une apologétique qui écrase les autres afin de les faire venir à Christ, nous avons mal compris cette grande responsabilité que Dieu nous confie !

 La puissance de l'apologétique

Faire preuve de douceur, vous l'aurez compris, ce n'est donc ni « être gentil », ni « être faible ». Bien au contraire, d'ailleurs : « Plus on est fort, plus il faut avoir de douceur ». Imaginez ceci : vous venez de vous casser la jambe au cours d'une ballade en montagne et quelqu'un doit vous porter pour que des soins vous soient donnés. Il vaudra mieux avoir quelqu'un d'assez fort pour vous porter sans risque de vous lâcher ! D'un autre côté, vous ne voulez pas avoir affaire à une force  brutale, mais à une force empreinte de douceur, de bienveillance puisque vous êtes déjà en bien mauvais état. L'apologète doit être celui qui, à travers son témoignage, ses réponses, ses arguments, pourra porter ses interlocuteurs jusqu'aux pieds de Christ.

Car la douceur, c'est la puissance capable de se restreindre afin ne pas écraser. C'est une puisance humble. Je ne peux que rappeler l'importance cruciale de cela. Un apologète peut facilement utiliser sa pratique et écraser ses interlocuteurs : il a souvent plus d'expérience pratique ! Les occasions de défendre notre foi ne manquent pas ! Par contraste, certains de nos interlocuteurs n'ont pas toujours pris le temps de formuler pourquoi ils ne croient pas. Nous pourrions les prendre de haut, ou faire tomber sur eux tous nos arguments, comme si le ciel leur tombait sur la tête. Ce n'est pas faire preuve de douceur.

Soyons encouragés à défendre et présenter notre foi d'une manière qui porte attention aux personnes à qui nous parlons. Si certains ont besoin d'être secoués, nous devons tout faire dans la douceur, afin de ne briser aucun d'entre eux.

Yannick Imbert

Professeur à la faculté Jean Calvin

d’Aix-en-Provence